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Sur le pouce
Fiction
Horror
calendar Veröffentlicht am 11, Aug., 2026
calendar Aktualisiert am 11, Aug., 2026
time 15 min
Creative Transparency Label
15+
Image / Human image
Text / Human creation

Sur le pouce

Avertissement : "Sur le pouce" est une nouvelle mêlant horreur et érotisme. Elle est destinée à un public averti. En poursuivant, vous allez entrer dans mon univers fictif, dans la commune de Gascq, une petite ville très sympathique, nichée au cœur de la forêt des Landes. Je vous souhaite un agréable séjour.

G.DAX


© Valentin Balan


Sur le pouce

La D652 étirait son ruban d’asphalte brûlant au milieu des pins maritimes de Seignosse. Il était seize heures et la chaleur des Landes pesait sur les épaules comme une couverture de plomb. David fit un signe de pouce sitôt sorti du parking de l’Intermarché. Les voitures étaient nombreuses et leur vitesse réduite. Il avait enfilé une tenue propre et engageante afin d’augmenter ses chances d’être pris en stop.

Après quelques touches infructueuses, c’est un SUV sombre, presque silencieux qui fit un léger écart pour se rapprocher de David. La vitre côté passager s’abaissa, révélant le visage d’une femme d’une quarantaine d’années, aux traits généreux. Sa chevelure noire se déversait en cascade pour s’écouler au trou de ses épaules dénudées. Elle sourit. Un sourire qui ne demandait rien, mais qui offrait un voyage extraordinaire vers un paradis bien au delà de Seignosse.

— Vous allez loin ? demanda-t-elle d’une voix claire et limpide.

— Capbreton, bafouilla David en ne réussissant pas à assurer son timbre. En fait, poursuivit-il, n’importe où tant que c’est à l’ombre.

— Je dois juste faire un crochet chez une amie pour récupérer un colis, expliqua-t-elle en déverrouillant la porte. Si ça vous va, montez, l’air conditionné a décidé de fonctionner aujourd’hui, c’est votre jour de chance.

David s’installa, séduit par la fraîcheur immédiate de l’habitacle, mais, pour lui, le jour de chance avait plutôt l’allure de la conductrice.

— Je m’appelle Claire, Claire Pouchet, dit-elle en lui tendant la main.

— David Calgary, répondit-il en lui serrant délicatement les doigts.

Sa peau avait la douceur d’une pêche, bien que ce soit la vanille qui se répandait dans l’habitacle, avec une pointe d’odeur métallique indéfinissable. Il chassa cette idée de mettre un nom sur la fragrance, et revint à la contemplation de cette main dans la sienne, sans voir le regard fugace, mais intense, qu’elle porta sur sa propre main.

— Comme la ville ?

— Comme la ville, répondit-il.

— Je suis désolée, se reprit-elle en reprenant sa place dans le trafic. Tout le monde doit vous dire ça.

— Pas aussi agréablement.

Claire lui jeta un œil souligné d’un sourire qui lui vrilla le bas ventre. La climatisation devenait une nécessité vitale.


Peu après la sortie de Seignosse, la voiture quitta la route vers Capbreton pour bifurquer vers celle dite des lacs, en direction d’Hossegor. Les arbres se resserrèrent, l’ombre envahissait l’asphalte. Claire ralentit l’allure.

— Si ça ne vous dérange pas, ici, je coupe un peu la clim, vous allez vite comprendre pourquoi en ouvrant la fenêtre.

— C’est votre voiture et c’est la conductrice qui décide, se contenta-t-il de répondre tandis qu’elle baissait déjà la vitre.

Un parfum de pin maritime s’engouffra alors violemment dans l’habitacle. Il en devança la chaleur à peine étouffée par les ombres des arbres. La vanille disparut instantanément et, tandis que David se tourna vers elle pour manifester son émerveillement, il constata qu’elle avait ouvert également sa fenêtre, laissant l’air tourbillonner tout autour d’elle, soulevant les manches et l’entrebâillement de sa chemise. Il déglutit.

Claire roulait prudemment, scrutant la route et le bas-côté sur la droite. David faisait mine d’apprécier le paysage, mais il ne cessait de regarder la langue de Claire venir humecter ses lèves. Elle conduisait de la main gauche, tandis que la droite caressait machinalement sa cuisse qu’un petit short de toile mettait délicieusement en valeur. Jusqu’à présent il avait évité de dévisager sa partenaire de route, par respect ou timidité, ou les deux à la fois, mais maintenant, il ne parvenait plus à détacher le regard. Les lèvres, la langue, l’ouverture de la chemise, devant, sous les manches courtes, le short, les cuisses, chaque détail le saisissait et ajoutait à son trouble.

— Ça doit être par là, déclara-t-elle.

David ne savait plus du tout de quoi elle parlait. Claire était tellement absorbée par sa recherche qu’elle n’avait même pas remarqué que le vent avait fait sauter quelques boutons de sa chemise. Le mamelon dressé sur un sein qui émergeait du tissu venait de lui insuffler une vigueur entre les jambes. Il les serra immédiatement tandis que sa gorge s’assécha par une chaleur qui n’avait rien à voir avec la soif d’un été caniculaire.

— J’ai toujours du mal à trouver le chemin, dit-elle. Julie a beau tout raser, ça repousse toujours. Parfois, faut même tout écarter pour s’enfoncer dedans.

David ne répondit pas. Il était dans un état second où s’emmêlaient les visions du sein qui lui faisait des clins d’œil, les propos à forte connotation sexuelle, la chaleur qui pulsait dans ses veines et le parfum enivrant des pins des Landes.

— Hou ! Attendez, c’était pas là ! s’exclama-t-elle en se penchant vers sa fenêtre.

David tressaillit. Tandis qu’elle se penchait, il avait une vue plongeante sur sa poitrine. Il voulait regarder dans la direction qu’elle cherchait, vers la forêt, mais ses propres yeux semblaient se tordre pour rester dans le décolleté. Elle sentait aussi bon que le pin des Landes. Son grain de peau était un tapis d’aiguille qu’il avait envie de parcourir. La résine de pin devenait un parfum envoûtant de luxure. Il sentait son cœur manquer des mesures, sa respiration devenir forge. Il resserra encore plus ses jambes, presque à se broyer les testicules.

— Et mince ! souffla-t-elle, tout en posant sa main sur sa cuisse, trop près de l’aine, beaucoup trop près. C’était là.

Elle reprit sa place comme il faut derrière le volant et freina en s’assurant que personne n’était dans les environs. Puis, en se tournant vers l’arrière, fit reculer la voiture. David s’efforça de regarder par sa fenêtre, mais, en vrillant son corps pour la marche arrière, Claire exhibait encore cette poitrine nue que seul l’air saturé d’essence de pin soutenait. Le vent semblait même avoir défait encore quelques boutons.

— Bingo ! C’était là.

Claire dépassa une minuscule entrée que les fougères masquaient partiellement et enclencha la marche avant. Les plantes s’écartèrent et la voiture glissa dans la verdure. David ne savait plus quoi dire ni quoi faire. Jamais il n’avait autant désiré une femme plus âgée que lui, d’au moins dix ans, selon lui.


Tandis que le véhicule cahotait sur le chemin de terre, David en était à s’imaginer prendre Claire. Chaque secousse devenait un coup de reins. Il avait les mains sur ses genoux, mais, dans sa tête, il lui agrippait les seins, tout en s’enfonçant en elle. De temps en temps il se penchait pour sucer ses mamelons à tour de rôle, aspirant jusqu’au liquide qui s’en épanchait sous l’extase. Tandis qu’il allait et venait, changeant de rythme, changeant d’angle, changeant de puissance, il pouvait sentir la pression des cuisses de Claire lui enserrer les hanches. Elle lui agrippait les fesses. Il enflammait son clitoris de son pouce. Elle lui prenait la main et suçait à son tour la cyprine qui ruisselait de son doigt. Il roulait des yeux à son tour, ne sachant plus du tout s’ils étaient encore à rouler ou si elle avait arrêté la voiture. Un instant, il la prenait, la retournait, la reprenait. L’instant d’après, elle le chevauchait, faisant basculer ses reins à chaque mouvement. Ses seins battaient la mesure. Il sentait son sexe glabre aller et venir le long de sa verge.

— Tu as de belles mains, David, lui souffla-t-elle dans un brasier de désir. J’aime les sentir sur moi. Agrippe-moi. Plus fort. Serre.

David redoublait d’efforts. Il serrait les dents en haletant bruyamment. Tenir, surtout tenir. Encore. Prolonger le moment. Il voulait tout lui faire. Il voulait qu’elle lui fasse tout. L’odeur des pins se mêlait à l’odeur du sexe. Il se sentait venir. C’était trop intense. Une barre lui fendait le front, lui compressait le cerveau. Il serra les dents comme si ça allait l’empêcher de jouir dans un râle guttural. Il se retenait, mais Claire accéléra la cadence, elle enserrait son membre et semblait courir au long de sa verge. David gémit, il ne tenait plus et sentait l’explosion arriver. Un premier son s’échappa, puis il se mit à hurler tandis que son fluide s’échappa violemment avec une douleur immense. Le sang gicla sur la poitrine de Claire. Hébété, encore immergé dans une léthargie terrifiante, David ne parvenait pas à comprendre s’il rugissait d’extase ou de souffrance. Claire riait. Il semblait pleurer. Il porta ses mains à son visage, il lui manquait un pouce. Sa tête tournait. La douleur lui vrillait le crâne. Il était dans la voiture, apparemment dans une petite clairière près d’une cabane de bois. Il revit Claire, à califourchon sur lui. Elle était nue. Elle était en sang. Mais ce sang, c’était le sien. Claire regardait son autre main qu’il tendait devant lui, devant elle. Il vit alors le sécateur. Son autre pouce au milieu des lames. Elle coupa. Juste avant de sombrer, il vit son sourire radieux, magnifique, gourmand qui se reflétait sur le métal tandis qu’elle s’emparait de son doigt.

— Tu es bon, David. Je vais garder les autres. Il faut plus qu’une dégustation sur le pouce, il faut une recette pour honorer tes doigts.

Le bruit infâme du sécateur lui indiqua qu’il venait probablement d’en perdre un autre. La douleur ne circulait plus. L’odeur des pins l’enivrait. Il sombrait. Même la voix de Claire lui semblait venir de loin, très loin.

— Lazare attendra pour les phalanges. Je vais déjà lui donner celles de tes pouces, mais il attendra les autres.

David ne comprenait rien. Ni au discours de Claire ni à sa situation. Il faisait du stop. Quelque part dans le sud-ouest.

— Tes doigts seront ses plus beaux bâtons de sucettes, j’espère qu’il créera une collection spéciale en ton honneur. Comme avec le petit Benjamin.

David aurait voulu crier à défaut de fuir, mais ses poumons semblaient collés par la résine, tout comme ses cordes vocales. Les sons s’étouffaient lentement, la douleur devenait présence. Il se contentait de regarder son champ de vision rétrécir, devenir noir.

— J’ai aimé baiser ton corps aussi, tu sais. Je veux que tu le saches avant que je l’immerge dans le lac.


Claire se rassit à sa place. Elle ajusta le rétroviseur qui avait valsé pendant ses ébats et pinça ses lèvres comme pour répartir son rouge à lèvres, puis démarra. La voiture s’engagea alors sur un autre chemin tout aussi cabossé. La fraîcheur du lac s’insinuait entre chaque branche tandis que la voiture s’enfonçait dans la forêt de Gascq. Une commune que David ne connaissait pas. Pourtant, il allait en devenir un résident permanent, comme tant d’autres avant lui.

— Le premier est toujours gratuit, murmura-t-elle, il en aura deux, mais les suivants vont lui coûter cher. Tu sais, d’habitude, je prélève dans la maison, ça salope moins la voiture. Mais franchement, tes mains…

Claire se perdit dans la contemplation d’un petit sac qu’elle agita devant elle. À l’intérieur, des tubes, du liquide et des doigts. Elle jeta un œil à David, mais il n’était plus là. Son esprit avait sombré bien avant que son corps n’aille rejoindre les eaux noires et huileuses du petit lac.



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