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Chapitre 17 – La terre
Fiction
Adventure
calendar Veröffentlicht am 25, Sept., 2026
calendar Aktualisiert am 25, Sept., 2026
time 37 min
18+

Chapitre 17 – La terre

Après plusieurs mois en mer, il est parfois difficile de se rappeler la sensation d’avoir de la terre ferme sous ses pieds. Le mouvement constant de la frégate, ses ballottements au gré des flots créent une nouvelle réalité pour les voyageurs et les membres d’équipage. Devoir évoluer sur un pont de quelques centaines de mètres carrés, sans pouvoir sortir se promener créent des sensations parfois imperceptibles de manque de la terre. Avant d’aller sur les mers, les humains sont avant tout des créatures de la terre et être privé si longtemps de ces repères peut engendrer des sensations et émotions compliquées à gérer. De simples choses telles que le bruissement du vent dans les feuilles d’une forêt, les animaux de la ferme qui n’existent plus. Elles sont remplacées par le bruissement du vent dans les voiles, les mouvements des cordages, le bruit incessant des flots et leurs clapotis contre la coque. Le bateau devient une ville, un pays, une terre dont la survie de chacun dépend. La moindre avarie doit être réparée au plus vite, pour espérer arriver au bout du périple.


***


Cela faisait des semaines que l’équipage du Poing de l’Océan n’avait pas aperçu de la terre, seulement la mer, tout autour d’eux. Les instructions de Thalion étaient précises et Sylvara savait qu’ils allaient dans la bonne direction. Ils avaient pu faire une halte sur un petit archipel que le capitaine avait noté sur sa carte. Tout le monde avait accueilli cette escale avec énormément de joie. Même les hommes qui étaient marins depuis toute leur vie étaient heureux de voir un morceau de terre émerger du bleu de l’océan. Ils y étaient restés presque une semaine pour attendre le Titan Écarlate qui avait reçu les mêmes instructions. Les deux équipages avaient été ravis de se revoir et il y eut quelques changements d’équipage, afin de briser la monotonie du trajet. Le capitaine Garrik semblait s’être totalement remis de ses blessures suite à l’attaque de la Seiche Dorée. Il gueulait toujours autant, ce qui était manifestement bon signe.

L’archipel en question était très petit et complètement sauvage. Mais il y avait plusieurs sources d’eau douce, des cocotiers comme sur certaines îles du sud et des petits animaux que personne n’avait jamais vus. Leur chair pouvait être mangée et le goût s’apparentait fortement à du porc. Il fut décidé de les appeler des « cochons des îles de l’ouest ». Peu original, mais au moins personne n’avait trouvé à y redire. Avant de repartir, une bonne quantité fut chassée et la viande fut mise en saumure ou séchée. D’après les indications de Thalion, il ne restait après cette escale que cinq ou six semaines de voyage. Sylvara avait revérifié plusieurs fois les positions et les cartes pour tracer une route qui serait sûre. Les deux navires étaient repartis côte à côte et se suivaient désormais de plus près que lors de la première partie du trajet.


***


Sylvara n’avait pas eu à essuyer de quelconque mutinerie à son bord. À l’inverse, le capitaine Garrik avait dû mettre aux fers plusieurs marins qui manquaient de discipline. Ce n’était pas rare dans ces conditions, et l’ardoise avait été effacée afin qu’ils puissent terminer le voyage en tant que main-d’œuvre utile.

Garrik avait vu la frégate d’Altharion au loin, avec son mât abattu et sans consigne reçue, n’avait pas voulu engager quoi que ce soit. Quand bien même il ne pouvait pas bien se déplacer, il n’en restait pas moins dangereux. Sylvara lui raconta leur escarmouche et put ainsi révéler l’identité de ce mystérieux pirate.

Voryn travaillait toujours dur sur le bateau de sa maîtresse, son corps s’était endurci et il connaissait désormais beaucoup de choses en marine. Cet apprentissage au grand air l’avait rendu bien plus polyvalent qu’avant leur départ où il était plutôt un jeune homme habile en société mais peu formé aux métiers manuels.

La relation entre Voryn, Sylvara et Lyssara s’était un peu étiolée. Passé les émotions du début, la jeune femme était moins souvent appelée dans la cabine de la capitaine pour passer des soirées et parfois des nuits. Voryn avait expérimenté de nombreuses choses avec elle, sous contrôle de sa maîtresse qui ne voulait pas que son jouet soit trop utilisé par cette femme.

Le jeune homme était en train de refaire des cordages sur le pont, abrité du soleil. Lyssara était sortie de sa cabine et traînait sur le pont, un peu comme une âme en peine. Elle avait lu tous les ouvrages de la bibliothèque du bord et commençait à s’ennuyer. Elle s’approcha de Voryn :

— Comment allez-vous Voryn cet après-midi ?

— La routine, j’ai hâte que nous arrivions, peu importe ce que nous trouverons là-bas. Et puis Lyssara, je t’ai dit de me tutoyer d’accord ?

— Pardon Voryn. Tu crois qu’on va bientôt la trouver cette terre ?

— Je l’espère sincèrement. L’équipage commence à être tendu, et nous aussi. La vigie dit avoir vu des oiseaux hier. Normalement ils ne s’écartent pas trop des côtes donc peut-être qu’on approche, ou alors il y a un archipel non loin de là.

Elle lui jeta un regard un peu coquin :

— Cela fait un moment qu’on a passé un peu de temps ensemble tu ne trouves pas ?

Joignant le geste à la parole, elle frôla Voryn et lui caressa l’épaule. L’assistant de la capitaine se raidit :

— Ne fais pas ça ! Si Sylvara nous voit comme ça elle va être folle de rage !

— C’est pas comme si elle était là. Elle était du quart du matin, elle dort non ?

— Oui mais les marins parlent, dit Voryn en regardant furtivement autour de lui.

Il était stressé. Sa relation avec Sylvara était devenue étrange depuis quelque temps. Il aimait être utilisé par sa maîtresse lors de leurs rapports sexuels mais là c’était autre chose. Elle était devenue froide et distante avec lui, ne le sollicitant presque plus que pour le baiser. Les sentiments qu’il avait cru voir émerger chez elle avaient disparu. Elle l’appelait, comme son chien, pour qu’il la besogne rudement, sans sentiment, ou alors pour lui demander de la lécher. Elle prenait, semblait-il, du plaisir mais ne se souciait pas du tout de lui. Était-ce elle qui avait changé ou lui ? Il se souvenait bien qu’elle l’avait embauché pour devenir sa petite pute personnelle, selon ses dires. D’aussi loin qu’il se rappelle, elle n’était jamais venue à lui pour lui donner du plaisir. Elle lui demandait de la satisfaire. Mais avant, elle venait ensuite se blottir dans ses bras, ils s’endormaient ensemble. Elle lui souriait aussi, tout simplement. Il se sentait relégué au rang d’objet qui devait toujours être disponible, accessible.

Malgré son stress, il accueillait avec plaisir les moments sur le pont avec Lyssara. C’était quelqu’un de cultivé, parler avec elle était toujours intéressant. Elle se souciait de lui. On ne pouvait pas reprocher à Sylvara quoi que ce soit au sujet de sa captive. Elle était traitée comme son rang l’exigeait, accédait aux livres et aux vêtements de la capitaine. Pourtant elles n’avaient pas développé de connivence particulière. En fait, Sylvara s’était petit à petit refermée sur elle-même, discutant moins, passant moins de temps avec les marins à bord. Hormis ses quarts, elle passait beaucoup de temps dans sa cabine sans que l’on sache ce qu’elle y faisait réellement. Voryn espérait qu’arrivés sur la terre ferme, la situation évoluerait.


***


Le soir arriva, monotone, avec le même coucher de soleil à l’ouest. L’ouest qui semblait si loin. Le jeune homme était bien sur le pont. Quelques marins jouaient à des jeux de cartes ou aux osselets. Il y avait souvent des histoires d’argent et Voryn n’aimait pas jouer avec eux.

Il s’intéressa de plus près à un couple, probablement mari et femme, qui jouait une partie de Sous les Cartes. Leur jeu était ouvragé et bien fait, les dessins des personnages étaient beaux et réalistes. La femme semblait maîtriser le jeu, la corsaire qu’elle jouait avait déjà perdu deux pièces de vêtement et avait accompli la moitié du chemin. En regardant de plus près, Voryn remarqua que son personnage ressemblait étrangement à Sylvara, avec cet air de défi dans le regard et ses longs cheveux blonds qui tombaient en cascade. Le compagnon de la joueuse la dévorait des yeux, pas forcément par simple envie, mais aussi pour lui donner des informations sur ses cartes et s’entraider.

Un autre matelot jouait de l’accordéon. Il n’était pas très bon musicien, mais s’acharnait à jouer. Malgré tout, cela rompait avec les bruits rébarbatifs de la mer, donc personne ne lui disait d’arrêter. Une femme d’un âge moyen était assise en tailleur sur le pont et contait des histoires à des enfants, assis en rond autour d’elle. Ils semblaient captivés, presque effrayés par les aventures extraordinaires qu’elle racontait. Voryn entendit des claquements de bottes derrière lui. C’était Sylvara. Elle avançait vers lui d’un pas décidé. Il ne se retourna pas car il savait déjà ce qui allait se produire. Elle empoigna ses cheveux qui avaient bien poussé et tira un peu dessus. Elle souhaita une bonne soirée aux marins et repartit. C’était le signal que Voryn était attendu dans sa cabine. Le jeune homme se leva et s’en alla rejoindre sa maîtresse. Il entra dans la cabine et ferma la porte :

— Vous vouliez me voir, maîtresse ?

— Oui, enlève tes vêtements !

Le ton était froid. Cela n’excitait pas Voryn du tout mais il s’exécuta. Sylvara ôta ses vêtements de son côté. Elle était toujours aussi belle. Son teint s’était hâlé mais cela lui allait bien. Elle s’avança vers Voryn et prit dans ses mains sa queue qui était toujours molle.

— Bande ! Je veux que tu me baises !

— Oui, maîtresse.

Voryn essaya de se mettre en situation. Il regarda sa capitaine, dont la beauté aurait rendu la plupart des hommes fous, tenta de convoquer des souvenirs croustillants pour se stimuler. Sylvara commença à se toucher, allongée sur le lit. Ses gémissements excitaient Voryn qui commença à ressentir du désir pour cette femme. Son érection commençait à être suffisante et il s’approcha d’elle. Elle était déjà mouillée et continuait à caresser sa vulve et ses seins. Les tétons pointaient.

— Prends-moi Voryn ! articula-t-elle entre deux râles.

Voryn se mit à genoux entre ses cuisses écartées. Sa chatte était déjà gonflée d’excitation, les petites lèvres roses étaient écartées. Il voulait la lécher mais elle ne lui avait pas demandé. Il posa son gland contre sa fente et s’enfonça d’un coup, sans cérémonie. Elle poussa un petit cri et se mit à haleter alors qu’il faisait de vifs mouvements de va-et-vient. Voryn ne prenait pas de réel plaisir, sinon simplement physique. Il accéléra pour compenser et continuer à bander. Son bassin butait contre le pubis de Sylvara. Il mettait toute son énergie pour la contenter. C’était rapide, brutal, leurs regards ne se croisaient pas. Voryn voyait les seins de sa maîtresse qui ballottaient à chacun de ses mouvements. Ce spectacle était excitant, et pourtant il n’arrivait pas à prendre de plaisir. Il commença à perdre son érection durement acquise. Sylvara s’en rendit compte et repoussa le jeune homme :

— Tu ne me sers à rien en ce moment Voryn ! Ma main fait mieux que toi ! Si je ne peux pas t’utiliser de cette façon, alors je vais devoir te punir.

Voryn soupira. Pas encore ! Sylvara ne l’avait frappé qu’à deux ou trois reprises mais à chaque fois il s’était senti diminué et rabaissé, complètement humilié.

— Mets-toi à quatre pattes, par terre !

— Bien… maîtresse.

Le jeune homme s’exécuta de mauvaise grâce. Il sentait la rugosité du parquet de la cabine sur ses genoux et ses mains. Sylvara alla chercher dans sa malle une cravache de cavalerie, avec une poignée dorée. Elle était entièrement nue, terrible et armée. Elle s’approcha de Voryn qui la regardait :

— Baisse les yeux !

Elle était en colère, une vraie colère cette fois. Elle alla derrière Voryn et cingla ses fesses d’un violent coup. Le jeune homme serra les dents, surpris par la force qu’elle avait déployée. Il sentait encore quelques secondes après une vive douleur. Sylvara assena quelques coups supplémentaires. C’était un vrai supplice, son cul était devenu tellement douloureux.

— Tu ne me sers à rien Voryn ! hurla-t-elle en cinglant son dos. Je t’ai embauché pour que tu me donnes du plaisir !

Nouveau coup sur son épaule. Voryn avait les larmes aux yeux, autant de douleur que d’humiliation.

— Tu es insolent !

La cravache tomba cette fois sur une de ses cuisses. L’assistant commençait à se recroqueviller de douleur.

— Ne te détourne pas de moi ! Redresse-toi !

Elle le frappa de plus belle, à plusieurs reprises sur le dos et les fesses. Son corps n’était que douleur. Il sentait que certaines de ses blessures saignaient et que le sang perlait contre son flanc. Il ne pourrait pas endurer cela très longtemps si elle continuait ainsi.

— Puisque tu sembles adorer quand Lyssara te met des doigts dans le cul, moi aussi je vais te redonner de l’excitation !

Elle se mit à genoux derrière lui et présenta le pommeau de la cravache contre l’anus serré et non préparé de Voryn. Elle commença à pousser. C’était trop pour le jeune homme. Sans qu’il réfléchisse, il se retourna vivement et donna un violent coup de poing dans le visage de Sylvara.

Celle-ci tomba en arrière et porta sa main à sa joue. Sa lèvre saignait et une marque rouge commençait à apparaître sur sa pommette. Elle était choquée par ce changement de situation, elle qui contrôlait tout, tout le temps. Elle se leva vivement et sortit en courant de la cabine, nue sur le pont. Elle hurla des ordres et avant que Voryn ait pu reprendre ses esprits, Erik, le second, arriva avec deux autres marins. Ils se saisirent de lui et l’un des matelots lui envoya un violent coup de poing dans l’estomac. Voryn en eut le souffle coupé et se plia en deux. Sylvara apparut dans l’embrasure de la porte. Elle portait sur ses épaules le manteau d’Erik, qui dissimulait sa nudité.

— Cet homme a essayé d’abuser de moi ! Mettez-le aux fers sur le champ.

— Avec plaisir maîtresse, répondit Erik avec un sourire.

En descendant vers la cale du navire, Erik attrapa Voryn par les cheveux :

— Je ne t’ai jamais aimé espèce de petite merde ! Toi qui arrives comme ça, qui baise la capitaine et qui prend du bon temps. Pendant que nous on n’a rien ? Tu as de la chance qu’on respecte les ordres ici, parce que moi je t’aurais directement jeté par-dessus bord.

En arrivant au fond du navire, les hommes durent patauger dans de l’eau jusqu’aux genoux. Tout bateau avait toujours des petites voies d’eau que les pompes de cales servaient à vider, mais il en restait toujours un peu. Vivement qu’ils terminent leur périple, que la coque puisse être révisée entièrement. Voryn, parfaitement nu, les marques de coups à vif, fut enchaîné accroupi à des fers rouillés. La fermeture lui pinça les poignets. En guise d’au revoir, le capitaine en second lui balança un coup de pied dans les côtes.

— Bonne nuit Voryn ! On t’apportera ton petit déjeuner sur un plateau demain matin, service du chef !

Satisfait de sa blague, il partit dans un fou rire. Les autres matelots se mirent à glousser et disparurent vers la surface.


***


Voryn ne sut pas combien de temps dura sa captivité. Il n’était pas facile d’avoir une bonne notion du temps dans une cale sombre. Quoi qu’il en soit, il entendit à un moment du tumulte sur le pont, comme si tous les marins étaient de quart en même temps. Il se passa encore peut-être une journée avant que quelqu’un vienne le voir. C’était Lyssara, qui avait retroussé sa robe pour ne pas la mouiller. Elle apportait de l’eau et des gâteaux de mer pour le prisonnier.

— Lyssara ! Si tu savais comme je suis content de te voir ! articula Voryn, les lèvres gercées par la déshydratation.

— Oui, pour une fois ce n’est pas que mon petit cul qui t’intéresse c’est ça ? fit-elle en gloussant.

— J’adore aussi nos discussions tu sais.

Le simple fait de voir un visage ami lui avait rendu le moral. La jeune femme était probablement sa seule alliée actuellement. Il voyait ses jolies jambes qui baignaient dans l’eau. Il n’aurait pas été attaché, il aurait aimé la prendre dans ses bras pour ressentir un peu de douceur, ce dont il avait terriblement manqué ces derniers temps.

— Je ne sais pas si tu t’en es rendu compte, mais on est arrivé Voryn.

— Quoi ? On a trouvé le nouveau monde ?

— Oui ! Le bateau a jeté l’ancre à quelques centaines de mètres de la côte. Des chaloupes sont en train d’être descendues pour accoster.

— C’est beau ?

— Oui, un peu comme certaines îles du sud, mais après tant de jours sans voir la terre, on dirait le paradis !

Elle le fit boire, puis lui fit manger quelques biscuits. Il ne s’était pas rendu compte à quel point il avait faim. Cela lui laissait du temps pour réfléchir sur sa situation. Qu’allait-il advenir de lui ? Est-ce que Sylvara se sera calmée, ou restera-t-il dans la cale du bateau, comme un vulgaire prisonnier ? Lyssara lui donnait à manger de façon très sensuelle. Elle laissait ses doigts glisser très légèrement dans sa bouche, le collait d’un peu trop près de son corsage. Cela raviva quelque chose chez le jeune homme. Une érection commençait à poindre. Il était nu et rapidement Lyssara le vit. Il avait un peu espéré sur le peu de lumière dans la cale pour être dissimulé mais il s’était trompé. Elle lui dit, d’une voix coquine :

— Mais je vois qu’on reprend vite ses forces…

— C’est que… je… balbutia Voryn.

— Schhh. J’ai envie de toi, même si tu es attaché, dit la jeune femme en posant un doigt sur sa bouche, pour le faire taire.

Elle descendit sa main et se saisit de son sexe. Elle commença à le caresser doucement, en plongeant ses yeux dans les siens.

— Tu aimes ?

— Oui, c’est… je veux dire…

— Oui je sais, cela fait longtemps que quelqu’un ne s’est pas réellement occupé de toi.

— C’est ça, dit Voryn dans un soupir.

Elle le branla longtemps, l’embrassa, glissa sa langue dans sa bouche. Cela ne semblait pas la déranger qu’il soit dans cette cale depuis un certain temps déjà. Elle avait commencé à se toucher sous sa robe et poussait de petits gémissements.

— Moi aussi ça fait longtemps qu’on ne s’est pas occupé de moi, soupira-t-elle.

— Viens sur moi…

Lyssara ne dit aucun mot, monta à califourchon sur le jeune homme et prit son sexe en elle. Elle jouit presque instantanément, en mettant de grands coups de reins. Cela tirait sur les bras de Voryn qui étaient toujours enferrés mais cela ne dérangeait pas le garçon. Elle ouvrit un peu son corsage et sortit sa généreuse poitrine. Voryn se mit à lécher les tétons l’un après l’autre, pour les faire durcir. Il enfouit sa tête entre ses seins pendant que Lyssara continuait ses ondulations. N’y tenant plus, il éjacula rapidement en elle, en contractant ses bras autour de sa taille fine. Elle le garda contre elle et embrassa son front, très tendrement.

— Merci d’être là, dit Voryn.

— De rien, merci à nous.

Ils restèrent un moment comme cela, dans une longue étreinte, leurs sexes chauds encore entremêlés. Lyssara se releva.

— Je pense qu’on va bientôt débarquer, et toi aussi. J’en ai parlé rapidement à Sylvara. Elle est remontée mais je crois que l’orage va passer. Il faut qu’elle montre de la fermeté vis-à-vis des autres marins, cependant je suis persuadée qu’une fois à terre la situation évoluera.

Elle sortit de la cale. Elle avait eu vraiment beaucoup de chance de jouer la carte de la noblesse lors de la capture. Que se serait-il passé si elle avait annoncé qu’elle était une prostituée ? Aurait-elle dû s’occuper des officiers de bord, tout le reste de la traversée ? Cette pensée la fit tressaillir d’horreur. En tant que prisonnière, les hommes auraient rapidement pris des libertés qui auraient pu la mettre en danger. Elle était arrivée au nouveau monde. Fini ce statut, elle était devenue une femme respectable et elle serait respectée.


***


Voryn se sentait apaisé, bien que toujours prisonnier. Il comprit que c’était ce qui lui avait réellement manqué depuis des mois. Quelqu’un qui prenait un peu soin de lui. Quand bien même il ne ressentait pas d’élan amoureux pour Lyssara, il se sentait bien avec elle, elle lui faisait sentir qu’il existait, qu’il était une personne. Voryn se sentait vraiment bien, si on occultait le fait qu’il était les pieds dans l’eau, enchaîné dans une cale de bateau. Il entendait au-dehors des bruits de déménagement, des hommes qui gueulaient des ordres.

Un peu plus tard, deux marins vinrent le chercher, sans trop lui parler. Il semblait qu’ils étaient les derniers sur la frégate. Les fers de Voryn furent ouverts et il put remonter sur le pont. Il apprit qu’il fallait aller à terre dès maintenant. On lui lança ses vêtements qu’il soit un peu plus présentable, même s’il devait avoir piteuse mine après son séjour carcéral. L’un d’eux s’arrêta quelques instants quand il vit les nombreuses zébrures qu’il avait sur le corps, mais n’osa pas poser de questions. Ils lui mirent des menottes en fer grossier une fois qu’ils furent sur une chaloupe.

La nuit tombait, les premières étoiles apparaissaient dans le firmament. Elles semblaient identiques à celles qu’on voyait depuis le vieux continent, mais Voryn n’était pas un expert en la matière. La côte était bien visible, elle qui s’étendait à perte de vue du sud au nord. Des feux brillaient sur la plage. Ce devait être le campement des nouveaux explorateurs. Voryn vit que le Titan Écarlate était à l’ancre non loin du Poing de l’Océan. Ils avaient réussi. Malgré la situation, il s’estimait heureux d’être arrivé au bout de ce voyage, avec peu d’avaries ou de problèmes. Par contre, la situation avec Sylvara était devenue problématique. Il avait eu le temps d’y réfléchir pendant qu’il était prisonnier. Leur relation était toxique depuis le début. À bien y penser, jamais Sylvara n’avait agi autrement qu’en le dominant. Elle était égoïste, fausse et cachait son jeu, dans un jeu de domination pervers.

Il était tombé amoureux d’elle, un peu comme on tomberait sous l’influence néfaste d’une drogue. Il n’avait jamais été réellement heureux avec elle. Elle ne lui avait rien donné. Voryn pensa à son ancienne vie. Il avait tout abandonné pour arriver ici. Pour avoir suivi une femme qui ne le méritait pas. Il s’en voulait d’avoir été si aveugle, de ne pas avoir su réagir, de ne pas avoir écouté les signes. Le jeune homme se sentait honteux d’être tombé amoureux d’elle et d’avoir abandonné Lilith. Lilith… Il espérait qu’elle allait bien de son côté. Une poussée de culpabilité l’envahit. Il la jeta de côté. Il avait bien plus problématique à gérer. La chaloupe arrivait sur la côte. Comme c’était agréable d’entendre le bruit des vagues s’échouer sur le rivage. Les trois hommes sortirent de l’embarcation et Voryn tenta de les aider à la tirer hors de l’eau. Difficile avec les mains attachées. La plage était grande, très grande même. Jamais il n’avait vu de plage de cette taille proche de Fierval.

Le sable était fin, d’une blancheur éclatante. Il avait entendu dire que les îles du sud pouvaient avoir ce genre de sable sur les plages. Quelques crabes gros comme des assiettes avaient été surpris par la marée descendante et essayaient en toute hâte de rejoindre la mer de leur démarche claudicante.

Un campement sommaire avait été installé et plusieurs centaines d’hommes et de femmes étaient là, en train de vaquer à diverses occupations. Il paraissait parfois incroyable au jeune homme que les navires aient pu contenir autant de personnes à leur bord. Beaucoup de mobilier, des tonneaux, des tentes, des malles avaient été déchargés. Quelque part, Voryn était content de ne pas avoir eu à descendre tout cela avec les autres marins.

La plage immaculée, vierge de toute influence humaine portait déjà au bout de quelques heures la trace indélébile des conquérants. Derrière, il y avait une haute falaise avec ce qui semblait être une profonde forêt qui partait vers l’intérieur des terres. Des enfants courraient et jouaient sur le sable avec quelques chiens, qui étaient complètement fous de fouler de nouveau un sol qui ne tanguait pas au gré des marées. Le voyage avait dû leur paraître tellement long à eux aussi. C’était les enfants des marins et leurs femmes, ces familles qui avaient décidé de tenter l’aventure et quitter le vieux continent, sans savoir ce qui les attendrait.


***


Voryn et les deux marins marchèrent vers le centre du camp et arrivèrent autour d’un grand feu. Les autres matelots étaient là, en train de manger, de boire. L’ambiance avait un goût de fête. Sylvara était en train de discuter avec Garrik, le capitaine du Titan Écarlate. Elle se retourna et vit Voryn. La colère semblait l’avoir abandonnée mais Voryn craignait ce qui allait arriver. Elle marcha vivement vers lui, l’assemblée s’était tue. Tout le monde attendait. On pouvait presque sentir la tension qui venait d’envahir le campement. La capitaine écarta sa veste, dévoilant une longue dague qui était rangée dans un étui. Voryn frémit, mais elle porta sa main à une petite poche intérieure. Elle en sortit une clé et ouvrit les menottes du jeune homme. Elle se tourna et fit face à l’assemblée. D’une façon théâtrale, elle fit tomber les menottes dans le sable :

— Voryn m’a déçu. Il a voulu m’humilier. Mais je vais faire preuve de clémence, car en tant qu’impératrice du nouveau monde, je suis prête à pardonner les erreurs du passé. De pardonner à lui, mais aussi à tous ceux qui sont ici. Ici, vous êtes tous libres, libérés des charges qui pourraient peser sur vous. Désormais, tout le monde ici présent est lavé de ses péchés pour commencer une nouvelle vie. Suivez-moi, soyez fidèle et vous pourrez profiter de tous les bienfaits que cette terre nous réserve. Ce jour est un jour historique ! Trinquons mes amis, trinquons au nouveau monde !

La jeune femme commençait à faire de la politique, à peine arrivée sur une plage du nouveau monde. Voryn eut envie de vomir. De vomir celle qu’il avait suivie, qu’il avait adulée.

Un hourra ! parcourut l’assemblée. Le ton était vraiment festif. Sylvara planta ses beaux yeux dans ceux de Voryn. Il eut du mal à soutenir son regard mais parvint à articuler un “merci” timide. Elle se pencha tout près de son oreille et lui susurra :

— Je te pardonne cette fois-ci Voryn, mais n’oublie pas que tu es et que tu resteras ma chose, toute à moi. J’espère que tu vas te ressaisir maintenant que nous sommes arrivés…

Voryn ne sut que répondre. Il soutint son regard, avec un air de défi, mais elle était bien plus forte que lui et finalement il finit par baisser la tête, pour regarder le sol.

— Je préfère cela. Sois sage et tout ira bien. Je t’ai libéré aujourd’hui Voryn, mais je pourrai tout à fait te reprendre ta liberté demain. N’oublie jamais que tu m’appartiens.

La jeune femme se détourna et alla rejoindre les autres capitaines et seconds. Voryn croisa le regard noir que lui lança Erik. Il s’écarta un peu du feu et réfléchit à ce qu’il devait faire. Cette nouvelle terre était synonyme d’opportunités. Il comptait bien saisir sa chance et retrouver sa liberté. Il lui fallait un plan.


***


Dès le lendemain les explorateurs commencèrent leur besogne. Des équipes furent envoyées dans la forêt au-dessus de la falaise pour abattre des arbres et ainsi commencer à construire des habitations. Quelques éclaireurs furent envoyés dans diverses directions pour relever les endroits intéressants pour bâtir une ville. Des tâches furent affectées à chacun, les marins devinrent des terriens, avec des problématiques liées à leur nouvel environnement.

Voryn chercha Lyssara, qui était en train de discuter avec d’autres femmes, des prostituées qui avaient été embarquées il semblerait.

— Lyssara, je peux te parler ? commença Voryn.

— Oui, qu’y a-t-il ?

— Tu me fais confiance ?

— Je crois, oui.

La jeune femme semblait partagée entre curiosité et inquiétude.

— Est-ce que moi je peux te faire confiance ? continua Voryn.

Lyssara hésita une seconde avant de répondre :

— Oui, je vais t’aider à t’échapper. C’est bien ça ton plan ?

Cette femme avait déjà tout compris.

— Ça semble si évident ? Je n’ai pas l’impression d’être vraiment captif, pas au sens strict. Sylvara m’a libéré hier, elle commence à faire de la politique pour devenir “impératrice” comme elle le dit. Je pense que sa soif de pouvoir est grande et qu’elle ne reculera devant rien. Viens avec moi, partons d’ici.


Son amie baissa les yeux.

— Je ne peux pas Voryn. Moi aussi je suis prisonnière ici. Tu veux faire quoi ? Partir du camp, aller dans une nature sauvage que tu ne connais pas ? Où vas-tu te cacher ? C’est insensé tu ne crois pas ?

Elle ne voulut pas lui dire qu’elle avait un plan pour sa propre survie ici, mais qu’il fallait qu’elle reste. Voryn était un garçon charmant, très attachant. Leurs étreintes avaient été agréables et cependant il ne se passerait rien de plus entre eux maintenant, leurs chemins allaient s’éloigner.

Parfois, passion et amour peuvent facilement être confondus. Ils avaient eu quelques moments passionnels tous les deux, lorsque Sylvara n’intervenait pas trop. Mais jamais elle ne sentit d’élan amoureux pour Voryn. Il ne la faisait pas vibrer au fond de son cœur.

— Je préfère tenter ma chance que rester l’esclave de Sylvara, reprit Voryn. Si toi tu restes à ta place, tout devrait bien se passer. Mais pour moi, elle me retombera dessus, c’est sûr, et elle refera de moi ce qu’elle a fait l’autre jour.

Sa voix s’était éteinte sur ses derniers mots. Il était encore choqué de son comportement. Sylvara était dangereuse. Lyssara répondit avec sérieux :

— Je comprends. Je t’aiderai.

Voryn fut soulagé d’apprendre que son amie serait là pour l’aider. Il lui expliqua son plan qui était simple. Il avait juste besoin d’un peu de matériel qui lui permettrait de partir dans la forêt, de survivre quelques jours et ensuite il aviserait. Il était prêt à risquer sa vie pour sa liberté. Maintenant que sa décision était prise, tout était plus clair dans sa tête. Il savait quoi faire, même s’il manquait cruellement d’expérience pour se débrouiller dans la nature.

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