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Le Prophète du passé
Fiction
Absurd
calendar Veröffentlicht am 2, Juli, 2026
calendar Aktualisiert am 2, Juli, 2026
time 5 min
Jackie H verified
Jackie H vor 8 Stunden

Une vision dont la fin est le début de quelque chose...

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Le Prophète du passé


« Tu ne me dis même plus bonjour ? »

Elle me sourit. Elle retire lentement ses écouteurs blancs. Je retire les miens à mon tour.

— Pardon, je ne t'avais pas reconnue. Comment vas-tu ?

— Tu ne m'as pas reconnue, hein ?... Je vais bien. Qu'est-ce que tu fais là ?

— Je rentre à la maison. Et toi ?...


— Monsieur, vous ne vous sentez pas bien ?


Une main inconnue se pose sur mon épaule. C'est un jeune homme aux yeux effrayés. La chaleur de ses doigts traverse mes vêtements, et soudain, le temps ralentit. Je comprends. Je parlais au vide. À un fantôme que mon propre cerveau a façonné dans les souterrains de Bellecour, entre les murs froids du métro.


Est-ce que je vais bien ? Oui. Non. Je ne sais pas.


— Merci, ça va.


Les mots se coincent dans ma gorge comme du sable. Soudain, l'espace pèse sur mes épaules, s'alourdit. L'air est devenu une masse gluante qu'il faut fendre à la force du corps pour avancer. J'essaie de me rappeler ce que je fais ici, comment j'ai atterri là. Je ne sais plus qu'une chose : je rentre chez moi. Là-bas, au moins, les murs me connaissent.


Le train arrive. Le grincement des rails s'enfonce dans mon cerveau comme des aiguilles. Je monte dans le wagon et je sens que je me suis perdu dans les coutures du temps. Je ne retire pas mes lunettes ; je veux me cacher de moi-même, même si je sais que mon visage a l'air fou. Qu'est-ce qui m'arrive ?


Je m'assois dans un coin. Le wagon part dans la direction opposée. J'écoute le nom de la station : tout est en ordre. Cet absurde me rend fou. Un caniche noir est assis sur les genoux de quelqu'un. Je m'installe près de lui. J'ai pensé que c'était un animal, que sa chaleur me ramènerait peut-être à la réalité, qu'elle m'aiderait. Il ne m'a même pas regardé.


Le wagon glisse. Mon temps s'étire comme de la colle. Les secondes deviennent des heures. J'atteins ma ligne, je croise les regards des gens ; ils me fixent d'un air étrange, de biais. Mon esprit me fait l'effet d'une outre immense qui se gonfle, qui envahit tout l'espace.


Que faire ? Qui appeler ? Mon frère ? Un ami ? Je regarde mon téléphone et je réalise que j'ai perdu l'usage de la parole. Je ne peux plus parler, je ne peux plus émettre de sons. Une panique froide me saisit par la colonne vertébrale et me serre la gorge.


Alors que mon wagon file à contresens sur la bonne voie, le rideau de la réalité se déchire en deux. Je ne regarde pas le temps... Je regarde ce qui s'est passé dans ce temps.


Je vois des membres d'une même famille s'entretuer sur la terre de l'Inde ; sous un soleil de plomb, le sol se gorge de sang.

Je vois un prince jeter sa couronne d'or dans la boue, renoncer à son royaume et devenir le prophète du néant.

Je vois un homme à genoux dans le vent de la steppe infinie, répétant comme une prière le hurlement sorti de la gueule d'un loup.

Je vois comment on tranche les talons d'hommes vêtus de noir...

Je vois les lames froides de la guillotine. Les têtes perruquées tombent une à une, sourdement, dans les paniers.

Je vois une famille alignée contre un mur, fusillée naïvement avec ses jouets.

Des millions de personnes tournent en cercle autour d'une pierre quadrangulaire dans le désert.

Je vois un homme. Il maudit un figuier stérile, et l'arbre tombe en cendres.

Et enfin... je vois un vide infini. Un vieux châtaignier se tient là. À ses racines, un petit enfant est assis, la tête enfouie dans ses genoux, terrifié.


Je regarde tout cela en même temps et je sens mon âme s'étirer quelque part en moi. Je sors de ma peau, les limites de mon propre corps ne parviennent plus à me contenir. J'ai peur. J'ai terriblement peur.


Que faire ? Qui appeler, quand la douleur du monde s'est déversée dans ma poitrine ?


Mes lèvres bougent d'elles-mêmes :


— Ariane... J'ai besoin du fil.



Kommentar (1)

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Jackie H verif

Jackie H vor 8 Stunden

Une vision dont la fin est le début de quelque chose...

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