Glückwunsch! Deine Unterstützung wurde an den Autor gesendet
avatar
Épisode 105 : Retour
Fiction
Tale
calendar Veröffentlicht am 14, Okt., 2026
calendar Aktualisiert am 16, Okt., 2026
time 19 min
Creative Transparency Label
All audiences
Image / Image co-created with AI
Text / Human creation

Épisode 105 : Retour

🎧 Musique : Seether – Failure (Official Audio)

Pour profiter pleinement de l'expérience de lecture en musique, si vous n'avez pas d'abonnement YouTube Premium, je vous conseille de lire ce texte sur ordinateur et d'ouvrir le lien musical dans un nouvel onglet. Ça marche tout aussi bien et ça a l'avantage d'être gratuit 🙂

-----------------------------------------------------

Une fois arrivés à l'endroit où ils ont enlevé Seppi, les hommes de Siegfried le font pivoter plusieurs fois sur lui-même, le placent dos au fourré par lequel ils ont prévu de s'échapper, lui donnent l'instruction de compter jusqu'à dix avant de faire le moindre mouvement, puis lui arrachent son bandeau et disparaissent dans son dos en une seconde.


Seppi, désorienté, met du temps à retrouver ses esprits et à se resituer sur le chemin. Il a toujours affreusement mal à l'arrière du crâne.


Il rentrerait bien directement chez lui, mais s'il le fait à cette heure inhabituelle, femme et enfants lui poseront immanquablement des questions auxquelles il ne saura quoi répondre. Lui-même ne comprend rien à ce qui vient de se passer, et les autres protagonistes de toute cette péripétie lui ont très clairement fait sentir qu'il n'avait pas intérêt à en raconter quoi que ce soit à quiconque.


Alors il choisit de se diriger vers la ville et de se rendre dans l'un de ses estaminets favoris. L'aubergiste, comme d'habitude, le laissera tranquille dans son coin et le servira sans lui poser de questions. Pour une fois que ça ne l'attriste pas d'être seul...


Alors bien sûr, dans sa saoulographie, il risque de devenir un peu trop bavard. Mais qui prête vraiment attention aux délires d'un vieil ivrogne ? Il pourrait raconter toute la vérité, ou toute sa vérité, sur son aventure du jour, jusque dans les moindres détails, sans que quiconque le prenne le moins du monde au sérieux. D'ailleurs, si d'aventure quelqu'un lui demandait à qui il a eu à faire, il serait bien en peine de le dire. Il a juste entendu des voix, qu'il n'a pas su identifier. Il n'a vu personne. Autant parler des hallucinations d'un vieux fou.


Attention quand même à ne pas laisser échapper trop de réflexions critiques sur le comte Siegfried. Certes, les initiatives moralisantes prises par le comte ces trois dernières années enchantent de moins en moins de monde à Lucilinburhuc, mais Seppi n'a aucune envie de finir ses jours dans les oubliettes de la Petite Forteresse, et il sait à son âge que d'accord ou pas d'accord avec les initiatives du comte, une simple pièce d'argent en tente plus d'un de retourner sa veste et de dénoncer même ses meilleurs amis – alors lui, Seppi, le vieil ouvrier incapable dont plus d'un a envie d'être débarrassé, qui se gênerait pour le sacrifier ?


Tout ce qu'il espère, c'est d'arriver sans autre encombre au terme de cette journée et de s'endormir en paix chez lui, dans une famille qui ne verra aucune raison de lui poser de questions parce que pour eux, tout se sera passé comme d'habitude et ce dimanche aura ressemblé à beaucoup d'autres. Personne pour poser des questions, ça veut dire pas de réponses à inventer... et aussi pas d'ennuis à risquer. La paix. Ce vieil ouvrier a avant tout besoin de paix.

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Dès qu'ils sont arrivés – sans faire de bruit parmi les fourrés – hors de portée de vue et de voix de Seppi, les hommes de Siegfried font un long détour par la forêt avant de rentrer en ville par un autre côté.


Chemin faisant, après être restés longtemps silencieux à marcher côte à côte en baissant les yeux – et pas uniquement pour n'être entendus ni par Seppi ni par quiconque... – ils commencent à échanger peu à peu quelques regards dans lesquels chacun lit chez l'autre un commentaire explicite sur ce qui vient de se passer – dans les yeux qui s'agrandissent, les visages qui s'allongent, les mâchoires inférieures qui tombent de stupeur. Tous deux ont entendu une grande partie de ce qui s'est échangé dans ce souterrain, et franchement, ils n'y comprennent pas plus que Seppi. Ils trouvent inouīe la mise en scène du comte. Une mauvaise blague jouée par un méchant gamin morveux – sauf qu'en l'occurrence, le gamin morveux se trouve être un adulte, et pire encore : le comte en personne.


— Non mais qu'est-ce qui lui a pris ?

— Si je le savais...


L'échange se passe à voix basse, même s'ils sont seuls dans la forêt. Parce que les arbres pourraient avoir des oreilles, certes, tout comme les murs, les portes ou les fenêtres. Mais aussi parce qu'ils se sentent écrasés par le poids de ce qu'ils viennent de vivre. Effrayés, aussi.


— C'est monstrueux, ce qui s'est passé là. Ce qu'il a fait, ce qu'il a dit... Ce qu'il a pensé.

— Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?... On peut déjà être bien contents que le pauvre bougre s'en tire sain et sauf.

— Ouais... à part une grosse bosse sur le crâne.

— Oh ça, pas de problème, il s'en remettra. Les bosses, au bout d'un temps, ça disparaît. Ça aurait pu être bien pire.

— Tu crois que... que le... enfin, que – lui, là-haut, il aurait osé... ?

— Osé quoi ?

— Le... Enfin, lui faire vraiment du mal.

— Tu veux dire, le blesser ?... Avec une arme ou un bâton ? Ou même à mains nues ?... Lui briser les os ? Lui tordre les articulations ? L'amputer d'un membre ?

— ... Ou même pire.

— Tu veux dire... ?


Celui qui vient de parler se passe une main en travers du cou.


— Oui. Ça. Tu crois qu'il aurait vraiment pu aller jusque là ?

— Ma foi, j'en sais rien. On n'est jamais sûr de ce que des gens comme lui peuvent faire. Celui-là, il n'est pas clair. Ce n'est pas pour rien qu'on lui donne le surnom qu'il a en ville.

— Quel surnom ?

— Comment ? Tu n'es pas au courant ?


L'autre secoue la tête.


Lui-même jette un regard circulaire et baisse encore la voix.


— Siggi le Fou. D'après des gens que je connais au château, ça fait déjà des années qu'on le surnomme ainsi là-bas. Tout le monde sait au château qu'il n'est pas bien dans sa tête. Et ça n'a pas l'air de s'arranger avec le temps. On dirait plutôt le contraire.


L'autre fait de grands yeux.


— Dis... Tu crois qu'on ferait bien de continuer de parcourir la ville avec lui pour faire régulièrement la morale à tout le monde ?


Son interlocuteur sourit en coin.


— Tu crois qu'on a le choix ?... Tu sais ce qu'on risque avec des gens comme lui si on ne suit pas le mouvement. Il y a des oubliettes là-haut. Je n'ai pas envie de moisir là jusqu'à la fin de mes jours. Je suis comme le Seppi, moi – j'ai une famille. Toi aussi d'ailleurs.

— Oui, c'est vrai. Mais quand même – j'ai peur. Dans un cas comme dans l'autre, j'ai peur. Ce qui vient de se passer maintenant... ça va trop loin.

— Moi non plus, je n'aime pas ça. Mais parfois, dans la vie... je ne vais pas dire qu'on doit choisir, parce que le choix, on ne l'a pas. Mais ce que je dirai, c'est qu'il y a des priorités. On ne peut pas toujours se permettre d'avoir des scrupules de conscience. Il faut laisser ça à ceux qui en ont les moyens. Les gens comme nous, ils doivent survivre. Après on peut penser au reste.

— Ouais, c'est sûr. Mais dis-moi, ça ira jusqu'où ?

— Ça, Dieu seul le sait. Dieu – ou le diable, j'en sais rien.

— Et nous, nous devrons aller jusqu'où ?

— Si tu n'étais pas prêt à aller jusqu'au bout, alors il ne fallait pas t'engager là-dedans.

— Et comment j'aurais pu savoir ce que le... enfin, ce qu'il avait en tête ?... Moi, au départ, j'étais plutôt d'accord avec lui. Tant qu'il s'agissait de dire aux hommes de ne pas passer leur vie à traîner dans les cafés, de dire aux femmes de s'habiller correctement, aux hommes et aux femmes de se respecter mutuellement et aux enfants d'obéir à leurs parents, et à tout le monde de ne pas manquer la messe du dimanche, d'aller régulièrement à confesse et de bien faire ses prières tous les jours matin midi et soir, là j'étais d'accord. Ça ne pouvait pas faire de mal. Et c'est vrai que certains avaient grandement besoin d'être remis sur le droit chemin. Il y en avait bien qui râlaient et qui disaient que ce n'était pas à lui de faire ça, mais pour moi ce n'était pas un problème du moment que quelqu'un le faisait. Fallait bien que quelqu'un fasse le boulot.

— Et puis, avoue-le aussi, ça paie bien. Quand on a une famille, ça compte.

— Bien sûr. Mais là, ça va trop loin. Où est-ce que ça va s'arrêter ? Est-ce qu'on va devoir en arriver à... à tuer quelqu'un ? Moi, je ne me suis pas engagé pour ça. Ce n'était pas prévu au départ, ça. Si j'avais su que ça irait jusque là, je n'y serais pas allé. Parole !

— Ouais. Ben en attendant, on y est. Qu'on le veuille ou non. Même si ça ne nous plaît pas. Faudra bien vivre avec.

— Qu'est-ce qu'on peut faire alors ?

— Nos prières.

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Siegfried, lui, rentre de son côté à la Petite Forteresse. Le pas lourd. Et pensif.


En rentrant, il se rend directement dans sa chambre. Verrouille la porte.

Et là, il se met debout face à son miroir.


Trois ans ont passé. Il est encore un peu plus vieux. Le maintien plus fier que celui de Seppi, certes – après tout, il est le comte de Lucilinburhuc, pas un ouvrier ivre tous les dimanches soir qui travaille chez un forgeron qui le dirige à grand renfort d'injures, d'insultes, d'humiliations et de coups de pied au derrière. Mais il est aussi vieux, aussi grave, aussi soucieux, et aussi triste.


Bien sûr, pas pour les mêmes raisons.


Mais le résultat final est le même.


Au moins peut-il se dire que personne ne devine la véritable nature de ses soucis.


Sauf peut-être, à présent, ses hommes – qui doivent en arriver à se poser bien des questions. À moins de le tenir pour un peu dérangé depuis... la disparition de la comtesse.


Pour les autres, il est probablement un veuf triste qui se voit vieillir, qui sent peut-être la mort venir, et un seigneur préoccupé. Et puis un père de sept enfants. Rien de foncièrement anormal. Rien qui donne matière à se poser de questions particulières. En un sens, c'est rassurant. Jusqu'à présent, son secret est bien gardé.


Mais par ailleurs, il sait maintenant qu'aucun signe ne permet de déterminer avec certitude si quelqu'un d'autre est... dans la même situation que lui. Et de toute façon, toute son opération de moralisation de la vie à Lucilinburhuc – où il ne se passe au fond rien de notoirement immoral... – ne lui a pas apporté la paix. Où sont les saints qu'il devrait amener au pied du trône divin pour avoir une chance de se racheter ?... Siegfried est las. Il a nettement l'impression de se démener en vain.


Mais le pire, c'est que maintenant, ce n'est même pas ce qui le préoccupe le plus.


Il n'est pas fier de ce qu'il vient de faire.


Non, il n'en est vraiment pas fier du tout.


S'il le pouvait, il reviendrait en arrière et annulerait toute l'opération.


Il s'est rendu lui-même ridicule, face à Seppi bien sûr – heureusement que le vieil ouvrier ne l'a pas reconnu... – mais aussi face à ses hommes. Donc, virtuellement, face à toute la ville de Lucilinburhuc – qui, tôt ou tard, finira bien un jour par être au courant... y compris Seppi.


Il a bradé son autorité en ne se faisant pas reconnaître de lui et en ne le jetant pas directement aux oubliettes. Un seigneur se doit de se faire respecter et de ne pas laisser n'importe qui dire n'importe quoi de lui.


Il a peut-être éventé son secret – ses hommes doivent se demander où il a pu avoir l'idée du scénario qu'il a inventé, pourquoi, comment, ce qu'il en attendait... et son secret est probablement une des possibilités qu'ils sont en train d'envisager.


Mais le pire de tout, c'est qu'il s'est acharné sur un pauvre bougre dont le seul péché – si c'en est un – est de vivre dans la misère et le désespoir.


Il s'est acharné sur quelqu'un qu'il pensait coupable alors qu'en fait il était innocent.


Sur quelqu'un qui n'a pas su apporter à ses questions les réponses qu'il attendait.


Et dans toute l'histoire, il n'a pensé qu'à lui-même.


Certes, chacun pense en premier lieu à soi-même dans ce monde. Roi ou manant. Noble ou roturier. Mais en tant que seigneur, il a charge d'âmes. S'il ne lui revient pas de prime abord de veiller à leur salut spirituel – son autorité est d'ordre temporel – il lui revient tout de même de veiller à leur bien-être matériel. Pour quelle autre raison les bourgeois de Lucilinburhuc ont-ils si longtemps béni leur comte Siegfried ?


Or, pendant son entretien avec Seppi, il s'est aperçu qu'il ignore encore beaucoup de choses sur les habitants de sa ville. Beaucoup de choses qu'en tant que seigneur, il devrait savoir. Il vient de découvrir la misère dans laquelle vit vraiment Seppi. Combien de Seppi y a-t-il à Lucilinburhuc ? Siegfried ne saurait le dire. Et pourtant, il devrait. Il est gêné de devoir l'admettre, même seul avec lui-même. Cela fait trois ans qu'il parcourt la ville en tous sens plusieurs fois par semaine avec ses hommes, et pourtant, il est incapable de dire combien d'habitants partagent la condition de ce vieil ouvrier. En parcourant en tous sens cette ville qu'il dit aimer, il s'est occupé de salut spirituel alors qu'a priori ce n'est pas de son ressort, il a fait grincer les dents de plus d'un en le faisant et s'est probablement même fait des ennemis, mais il ignore tant de choses encore qui relèvent du temporel et qui, à ce titre, sont censées tomber sous sa juridiction. Il a passé les trois dernières années à se mêler de ce qui ne le regarde pas, dans un domaine où il ne connaît rien, et il ignore tout un tas de choses dans le domaine qui le regarde – mais qu'il a totalement négligé et où il se révèle de fait totalement incompétent.


Et tout ça pourquoi ? Parce que même s'il s'est pris d'un amour tardif pour sa ville, son sort, au fond, l'indifférait autant que le sort de Seppi avant cette opération. Tout ce qu'il avait en tête, c'était de se sauver lui-même. Tout ce qu'il a vu dans sa ville, c'était une opportunité d'échapper à son rendez-vous avec le diable s'il s'occupait vraiment d'elle. Et quand il s'est occupé d'elle, il n'a même pas su le faire comme il aurait fallu. Pas comme il l'aurait dû.


Il regarde son vieux reflet fatigué dans le miroir.


Tu n'as décidément jamais été à la hauteur dans ta vie, Siegfried. Tu es nul sur toute la ligne.


Personne n'est à ses côtés pour lui dire le contraire. Pour le rassurer. Pour le consoler.


Pas même... - non. Ne pas penser à ça.


Chaque fois qu'il a tenté quelque chose pour sauver son âme, il a échoué.

Lamentablement.


Siegfried est las. Il en a assez. Tout lui échappe des mains, de tous les côtés. Tout ce qu'il touche désormais vire à la catastrophe, tout ce qu'il entreprend vire au ridicule. Il ne sait plus quoi faire. Il a envie de tout laisser tomber, de laisser aller les choses, de les laisser suivre leur cours.


Après tout, cela vaut peut-être mieux ainsi.


Épisode 106 : Incompétence


Crédit images : toutes les images publiées dans cette Creative Room sont mes créations personnelles assistées par IA sur Fotor.com, retouchées sur Microsoft Photos


© Jackie H, 2024–2026

Tous droits réservés selon toutes législations et conventions nationales et internationales en vigueur, qu'il s'agisse d'individus humains, d'organisations ou d'intelligences artificielles

Texte entièrement rédigé par un être humain

Transparency around creation, AI use
Cover Image création personnelle assistée par IA sur Fotor.com, retouchée sur Microsoft Photos
Intellectual property & credits
© Cover Image toutes les images publiées dans cette Creative Room sont mes créations personnelles assistées par IA sur Fotor.com, retouchées sur Microsoft Photos
© Author's name / pen name Jackie H
Creative Commons license
cc_by_nc_nd
Attribution required, no modifications,
non-commercial use only
CC BY-NC-ND
The Kitty clause
Jackie H verified
Attention les vibrisses numériques : on sniffe, on regarde, mais on ne touche pas et on ne mord pas, sinon Maman Chat donne une tape sur le museau, et la patte de Maman Chat a des griffes acérées qui peuvent faire très mal ! Si on a faim, on miaule et on demande la permission à Maman Chat d'abord 🐱 et si elle dit "non", c'est non ! Par contre, on peut ramener les copains – et les copines. S'ils sont sages et s'ils se contentent de regarder, pas de problème les chatons !

Kommentar (0)

Du musst dich einloggen, um kommentieren zu können. Einloggen
Die Reise durch dieses Themengebiet verlängern Tale

donate Du kannst deine Lieblingsautoren unterstützen

promo

Download the Panodyssey mobile app