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Épisode 93 :  La clé d'un mystère
Fiction
Tale
calendar Veröffentlicht am 2, Okt., 2026
calendar Aktualisiert am 2, Okt., 2026
time min

Mystère, mystère… La fluidité de ton expression m’enchante Jackie. Je suis au théâtre, devant une scène joliment agencée.

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Épisode 93 : La clé d'un mystère

🎧 Musique : Alien Hand - Long Way Home

Pour profiter pleinement de l'expérience de lecture en musique, si vous n'avez pas d'abonnement YouTube Premium, je vous conseille de lire ce texte sur ordinateur et d'ouvrir le lien musical dans un nouvel onglet. Ça marche tout aussi bien et ça a l'avantage d'être gratuit 🙂

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Quelques minutes passent en silence.


— Le plus incroyable de tout, c'est que je n'en ai jamais rien vu. Rien vu, rien remarqué. Pendant vingt-cinq ans, mon Père... Pendant vingt-cinq ans. Vingt-cinq ans !... J'aurais immanquablement dû remarquer quelque chose... enfin, normalement, une queue de poisson, ça se remarque, quand même ! Même avec un sortilège qui donne deux jambes à la place, ça doit quand même laisser des traces ! Et moi, je n'ai rien vu du tout... Rien du tout ! Je ne me suis jamais douté de rien !


Le Père Adalbéric opine du chef en silence, le regard fixé quelque part sur le sol.


Après quelques minutes, Siegfried reprend la parole.


— Ce qui m'inquiète maintenant, ce sont les enfants... J'espère pour eux qu'ils ne portent aucune trace de... de... de leur vraie descendance. S'ils en portent... comment mes fils pourront-ils prendre femme ? comment mes filles vont-elles trouver un mari ?... Au plus tard lors de leur mariage, des questions vont se poser. Probablement même bien avant... Tout le monde ne va pas forcément tenir sa langue... Des rumeurs vont circuler... Peut-être plus que des rumeurs... Des lignages entiers viendront me trouver pour me demander des comptes ! Si c'est le cas, que vais-je pouvoir leur répondre ?...


Le Père Adalbéric réfléchit un moment.


— A-t-on déjà remarqué des anomalies de conformation physique chez vos enfants ? Ne serait-ce que chez l'un d'entre eux ?

— Pas à ma connaissance. Le physicien en tout cas n'a jamais parlé de rien. Geerty, qui en plus d'être femme de chambre est aussi sage-femme, n'a jamais rien mentionné non plus. Personne ne semble avoir rien remarqué d'anormal. Chez aucun d'entre eux. Aucune des personnes qui ont pris soin d'eux n'a jamais rapporté quoi que ce soit. Pas à moi en tout cas. Peut-être s'en sont-ils ouverts à... à leur mère.


Siegfried laisse échapper un rire sarcastique.


— Évidemment, si c'est le cas, elle s'est bien gardée de m'en dire quoi que ce soit.


Il garde le silence pendant quelques minutes. Quand il reprend la parole, son ton est redevenu plus calme.


— Il me semble tout de même que si qui que ce soit avait remarqué quelque chose, il ou elle l'aurait dit, on en aurait parlé au château, les gens sont trop prompts à se saisir de n'importe quel détail intriguant, inhabituel ou différent qui pourrait alimenter la conversation et les spéculations. Au moins ça leur fait passer le temps et ça les change un peu de la monotonie du quotidien. On invente des histoires pour bien moins que ça. J'aurais forcément fini par entendre parler de quelque chose. Même si personne n'avait eu le courage d'aborder le sujet directement devant moi. Nos enfants eux-mêmes, pour autant que je sache, ne se sont jamais plaints de quoi que ce soit de bizarre et ne se sont jamais étonnés de rien qui ait pu les différencier des autres. Les enfants sont beaucoup plus ouverts pour poser ce genre de questions. Ils sont encore innocents. Ils ne doutent encore de rien.


Le Père Adalbéric arque la bouche et lève les sourcils.


— Si la comtesse Mélusine était une sirène, alors elle était aussi une sorcière hors pair. Pour réussir aussi bien pareil sortilège.

— Elle était une sirène. Je l'ai vue, mon Père. Je vous assure. Je l'ai vue de mes deux yeux. Je l'ai vue comme je vous vois. Je l'ai vue juste avant ce... cette catastrophe...


Le Père Adalbéric croise les bras et se prend le menton dans la main.


— Et comment se fait-il que vous l'ayez vue à ce moment-là ? Et seulement à ce moment-là ?


Siegfried contrôle sa respiration pour contenir les larmes qui menacent de revenir.


— Comme vous le savez probablement, je la faisais surveiller depuis quelque temps. Je voulais savoir enfin ce qu'elle faisait de ses samedis. Où elle allait. Où elle les passait, et avec qui. À faire quoi.

— Vous pensiez...

— ... qu'elle voyait peut-être quelqu'un d'autre. Oui. Je voulais m'en assurer.

— Votre surveillance durait-elle depuis longtemps ?

— Un an.

— Quels en étaient les résultats ?

— Nuls. Personne ne la trouvait jamais nulle part. Comme si elle s'était évaporée. Comme si... Comme si... Comme si la terre l'avait déjà avalée. Alors j'ai décidé de faire le boulot moi-même.


La voix de Siegfried commence à grincer.


— Et finalement j'ai bien trouvé quelque chose. Pas vraiment ce que je m'attendais à trouver, mais... quelque chose quand même.

— Et comment se fait-il que vous ayez trouvé quelque chose là où les autres n'ont rien vu ?

— Je suis chasseur, mon Père, l'avez-vous oublié ? Je sais m'approcher sans attirer l'attention. Je crois que c'est parce que mes... envoyés n'ont pas su le faire qu'ils n'ont rien vu. Ils ont attiré l'attention. Comme elle était... comme elle était... sirène, elle devait avoir accès à plus de cachettes. Elle les a probablement entendus venir, et elle a pu se sauver là où ils ne pouvaient pas aller. À mon avis, c'est ça qui s'est passé.

— Et bien entendu, ils n'ont jamais envisagé qu'elle pouvait être... ce que vous dites qu'elle était.

— Je le dis parce qu'elle l'était, mon Père ! Je l'ai vue !


Le Père Adalbéric s'éloigne un moment pour réfléchir.


À vrai dire, il ne doute ni de la sincérité ni non plus de la véracité du récit de Siegfried. S'il ne doute pas de sa véracité, c'est à cause de la façon dont brusquement tous les éléments du récit autour de Mélusine tombent ensemble.


La comtesse Mélusine... Une sirène.

Évidemment, ça explique sa morphologie un peu particulière, d'une, euh, fluidité si frappante – qui a probablement suffi pour que le comte Siegfried en soit tombé éperdument amoureux.

Ça explique pourquoi elle vivait dans une grotte près d'un fleuve au beau milieu de la nature.

Ça explique pourquoi elle ne voulait pas quitter le Bockfiels, pourquoi elle ne voulait ni ne pouvait vivre dans un lieu comme Koerich ou Feulen où il n'y a ni rivière pour nager et se régénérer, ni rocher ou grotte pour s'abriter et cacher sa vraie nature à un monde hostile.

Ce qui explique à son tour pourquoi le comte Siegfried a fait construire ce château sur le Bockfiels et a voulu pour ce faire acquérir la vallée de l'Alzette, quitte à l'échanger contre un autre comté.

Ça explique pourquoi elle n'avait pas de famille, pourquoi personne n'a jamais vraiment su d'où elle venait ni qui elle était – puisqu'en fait jusqu'à aujourd'hui, personne n'avait jamais vraiment su ce qu'elle était non plus : lui-même vient de l'apprendre seulement maintenant, le comte Siegfried l'a appris il y a seulement deux jours, et à part eux deux, personne n'a jamais été au courant et personne ne l'est encore aujourd'hui.

Ça explique pourquoi elle était à ce point ignorante des us et coutumes de l'humanité tout entière, des plus simples jusqu'aux plus puissants.

Ça explique pourquoi elle était ignorante de tant de choses sur le fonctionnement d'un véritable corps humain.

Ça explique sa voix un peu bizarre, les modulations caractéristiques de son chant.

Ça explique pourquoi elle semblait si peu concernée par la religion : pourquoi et comment aurait-elle pu se sentir concernée par un message qui concerne et cible spécifiquement l'être humain, alors qu'elle n'était même pas un être humain en tout premier lieu ?...

Ça explique beaucoup de choses en fait. Ça explique même tout à soi tout seul. Toutes ces bizarreries restaient jusqu'ici inexplicables et mystérieuses, et certaines hypothèses en expliquaient bien certaines mais pas d'autres. Ici on tient une raison qui à elle toute seule suffit à les expliquer toutes et qui, plus encore, leur donne une logique au sein d'un ensemble cohérent qui a du sens.

C'est pour cela que le Père Adalbéric pense que le comte Siegfried n'est pas juste halluciné – sincère certes mais halluciné – mais qu'il dit bien la vérité avec son histoire de sirène.


Épisode 94 : Jalousies et excuses


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© Jackie H, 2024–2026

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Kommentar (1)

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