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A cette pluie intime…
Non-fiction
Kurioses
calendar Veröffentlicht am 15, Juli, 2026
calendar Aktualisiert am 15, Juli, 2026
time 5 min
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A cette pluie intime…

Chère toi,


Depuis que nos chemins se sont séparés, je me suis surpris à disséquer le moindre de nos silences. Les mots que tu écrivais. Ceux que tu n’écrivais pas. La façon dont tu baissais les yeux avant de me repousser. Les portes que tu refermais avec douceur, parce que les portes fermées avec douceur font parfois plus mal que celles qu’on claque.


Pendant deux ans, j’ai bu ton absence comme on boit des bières de fin de nuit. Celles qui coûtent trois fois rien, qui réchauffent sur le moment et qui te laissent le ventre retourné au réveil. J’en ai vidé des bouteilles. J’en ai vomi des illusions. Il paraît que le temps soigne les blessures. Je crois surtout qu’il apprend à vivre avec leurs cicatrices.


Puis il y a eu ce soir-là.

Une bouteille pétillante. Des bulles qui avaient le goût des conversations dangereuses. Rien n’annonçait ce qui allait suivre. Je m’attendais presque à repartir encore une fois avec cette vieille sensation d’être venu chercher un peu de chaleur pour rentrer finalement les mains vides.


Nous avons parlé. Comme toujours, il y a eu ce silence. Celui qui dit davantage que les phrases bien construites.


Tu m’as demandé si je profitais de ta fragilité. Je t’ai répondu que si mon intention avait été de profiter de toi, je n’aurais pas attendu ta permission pour franchir certaines frontières.

Alors le monde s’est mis à ralentir.


Mes mains ont commencé à explorer ton corps comme on redécouvre un pays que l’on croyait perdu. Les cartes existaient encore dans ma mémoire, mais les saisons avaient changé. Je suivais les reliefs avec la prudence d’un voyageur qui sait qu’une montagne n’appartient jamais à celui qui la gravit. Elle accepte seulement, parfois, de le laisser passer.


Je suis resté longtemps sur tes sommets, là où l’hiver semblait avoir déposé une neige douce que tu m’as laissée découvrir sans un mot. Tout paraissait irréel. Comme si le temps avait décidé de suspendre son travail pour nous laisser voler quelques heures à la réalité.


Plus bas, un fleuve dessinait sa route. Mes doigts le remontaient, le redescendaient, ignorant les frontières comme le font toujours les rivières. Les hommes inventent des lignes sur les cartes. Les corps, eux, s’en moquent.


Je poursuivais mon voyage sans savoir si j’étais un explorateur ou un naufragé. Chaque paysage semblait répondre au précédent. Chaque détour ouvrait un horizon que je croyais avoir oublié. Jusqu’à cette source discrète, cachée sous la soie, où le désir avait le goût des choses vivantes. Celui qu’aucun poème n’arrive vraiment à raconter.


Pendant ce temps, tes mains cherchaient aussi leur chemin sur moi. Comme si nous étions deux voyageurs perdus essayant de retrouver le nord dans la même nuit.

Puis il n’y eut plus de géographie.

Seulement deux êtres qui, pendant quelques heures, oublièrent le monde entier.


Et le lendemain…

Tu m’as parlé d’une impulsion.

Tu m’as dit que ce n’était pas bien. Que tu ne voulais plus de couple. Que tu ne voulais pas me faire souffrir.


J’ai souri.


La vie possède un humour assez particulier. Elle t’ouvre parfois la porte de la maison dont tu rêvais depuis deux ans, juste assez longtemps pour te rappeler au petit matin que tu n’as jamais eu les clés.


Deux jours plus tard, tu m’as proposé un autre verre.


Comme si les tempêtes avaient parfois besoin d’une seconde représentation.


Nous nous sommes retrouvés une nouvelle fois là où les mots deviennent inutiles.


Je ne confonds pas ces instants avec une histoire d’amour. Je ne les prends pas pour des promesses. Je sais qu’on peut partager un espace sans partager un avenir.


Mais je refuse aussi de les réduire à une simple impulsion. Parce qu’une impulsion ne laisse pas une empreinte aussi profonde. Une impulsion ne revient pas deux jours plus tard. Et surtout, une impulsion ne continue pas à habiter un homme longtemps après que la porte s’est refermée.


Ces deux nuits n’ont peut-être rien changé pour toi. Pour moi, elles ont eu le goût étrange des plus belles choses.


Celles qui ne durent jamais assez longtemps.


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