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Concours de nouvelles dans le cadre du Trail Passe Partout : thème "le dernier ravito".

Concours de nouvelles dans le cadre du Trail Passe Partout : thème "le dernier ravito".

Veröffentlicht am 11, März, 2026 Aktualisiert am 11, März, 2026 Crime stories
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Concours de nouvelles dans le cadre du Trail Passe Partout : thème "le dernier ravito".

Coureur menthe à l’eau


Mais qu’est-ce que je foutais là? La prochaine fois, avant d’ouvrir ma grande gueule de con et d’accepter une invitation sans réfléchir, je ferai comme me disait mémé : « Tourne sept fois ta langue dans ta bouche avant de parler Franck, ça t’évitera quelques soucis mon petit! ». Puis elle me tendait sa célèbre menthe à l’eau que je m’enfilais en deux secondes chrono.


Je pensais fort à elle à ce moment-là car cela faisait environ sept heures que je me débattais dans les montagnes vosgiennes, seul depuis près de deux heures car le Vévé m’avait lâché à la tombée de la nuit pour tenter de battre son propre record. Pour moi, c’était une première : courir dans les sentiers et sur les rochers, la nuit, à la lueur de la frontale, et ça sur une centaine de kilomètres…


Et dire qu’Hervé ne m’avait même pas forcé à m’inscrire à L’Infernale course il y a trois mois. Je faisais mon mariole lors des entraînements en juillet et en août, lui assurant que j’allais terminer cet ultra trail sans défaillir, les doigts dans le nez, facile… Mais à cet instant, je n’en menais pas large : aucune lumière derrière ou devant, juste moi, moi et moi, et j’étais de très mauvaise compagnie. Même la Lune était distante et se cachait derrière d’épais nuages. Un vrai désastre! J’attendais avec impatience le prochain ravito pour me reposer, peut-être même pour abandonner la course. Un trail trop éprouvant pour moi, trop d’imprévus pour le petit libraire que j’étais.


Et pour couronner le tout, je ne faisais que de ressasser dans mon cerveau le dernier roman de Niko Tackian Triangle noir. L’intrigue se nouant dans la forêt des Vosges, froide et sombre, j’avais l’impression d’être un des acteurs de l’histoire du roi du polar. Le synopsis et les images mentales que je m’étais faites à la lecture de cette histoire me tournaient dans la tête : je revoyais le corps de ces deux adolescents retrouvés morts sous un arbre, l’ambiance glauque et neigeuse me glaçant les os. C’était pourtant mon polar « coup de coeur » : j’en avais d’ailleurs fait un éloge à la librairie.


Je sentais mes forces s’amenuiser, j’avais froid aussi. Je ne tenais plus sur mes jambes : elles semblaient ankylosées et me faisaient mal. Ça tirait de partout. Il était vraiment temps que le ravitaillement arrive. J’en étais là de mes douleurs lorsque j’aperçus une lueur verdâtre à l’horizon, pile en face de ma ligne de mire. Dans un regain d’énergie, je courus plus vite afin d’atteindre cet espoir lumineux. On aurait dit une aurore boréale, mais pas exposée dans le ciel, plutôt explosée au ras du sol. Mon regard se concentrait pleinement sur cette tâche verte, oubliant de scanner le sentier abrupt disséminé de racines.


C’est un goût de terre et d’herbe humide qui me réveilla, et un putain de mal de crâne. La vraie gueule de bois, mais sans l’alcool. C’était le lever du jour… Attends, le lever du jour? Comment était-ce possible? Aucun runner ne m’avait croisé? Personne ne s’était inquiété? Et mon dossard de course piqué d’une puce électronique, à quoi avait-il servi pendant ces heures perdues? Et le Vévé, avait-il passé la ligne d’arrivée sans se préoccuper de moi? Mon meilleur pote? Ça n’avait aucun sens…


Je me redressai et observai autour de moi : un épais brouillard m’entourait. En regardant plus avant, je reconnus la lueur d’hier. Malgré une visibilité réduite, elle paraissait plus vivace, plus éclatante. De terne, sa couleur était passée à un vert émeraude étincelant. Je me relevai complètement, et entrepris de m’approcher de cette flamboyance. Mes jambes me portaient difficilement mais je m’en remis à elles pour mettre un pied devant l’autre et avancer.


Je n’avais ni montre ni téléphone sur moi. Pourtant, je me souvins avoir mis en route mon application sportive au départ du trail hier. Je n’eus pas le courage de revenir sur mes pas pour tenter de récupérer mon portable certainement à l’endroit où je m’étais évanoui. Je continuai ma route sans détacher les yeux de la boule verte qui semblait grossir au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient.


Quels étaient soudain ces sons que j’entendais en sourdine? Je reconnus les musiques de ma playlist « course » : les voix de Stephan Eicher, Alain Bashung, Damien Saez, The Offspring se mélangeaient subtilement, brisant le silence pesant qui s’était installé depuis tant d’heures maintenant. Je voulais courir vers eux, me remplir les oreilles de ces musiques familières et rassurantes. Je tentai de presser le pas.


J’avais le sentiment de marcher depuis des heures. Mon impression semblait trompeuse : je voyais toujours le même décor autour de moi : sentiers et forêts de sapins typiques des Hautes Vosges. Que se passait-il? Tout ça était tellement confus. Et la lueur verte? Et les chansons de ma playlist? Je ne comprenais plus rien, c’était tellement frustrant. Et puis toujours aucune nouvelle de Vévé… C’était ça le plus inexplicable.


Je m’arrêtai quelques instants, m’assis sur l’une des grumes longeant le chemin, et frottai mes yeux de mes mains glacées. Une image indescriptible se figea devant moi : sur ma droite Hervé, téléphone à la main, l’air fatigué et complètement défait, semblait chercher quelque chose de vital sur le petit écran de son portable. Sur ma gauche, une inconnue, tout de blanc vêtue, s’affairait à quelque chose, mais je ne voyais pas quoi. Je hurlai de tous mes poumons pour appeler Hervé. Il ne cilla pas, restant impassible à mes vocalises. Je me tournai vers l’inconnue, mais elle avait disparu. On aurait dit qu’un miroir sans tain nous séparait. Je tentai une dernière fois de sortir Vévé de sa torpeur mais son regard était encore et toujours rivé sur son téléphone, hermétique à mes appels.


Quelques secondes passèrent. L’image d’Hervé et de l’inconnue avait disparu. Après un effort certain pour me relever des grumes, je décidai de me remettre en route, toujours en direction de l’éclat vert qui semblait briller maintenant. En marchant, j’avais l’impression étrange que mes jambes ne m’obéissaient plus. La fatigue et le manque de nourriture commençaient à me griller les derniers neurones qui me restaient. Il s’avérait que mes besoins vitaux n’étant pas bien comblés, je devenais instable et fragile. Je détestais ce sentiment d’impuissance qu’on ne pouvait contrôler. Toutes ces incohérences me faisaient douter et la peur m’envahit comme une montée de sucre sur le bâton d’une barbe à papa.


Puis rapidement je sentis l’odeur de la menthe à l’eau de mémé. J’avais l’impression de m’être baigné dans une piscine remplie de ce célèbre sirop. C’était prégnant, comme si la boisson était réellement là, tout près de moi, que je pouvais y tremper mes lèvres et en boire jusqu’à ce que potomanie s’en suive… Et ces chansons qui tournaient en boucle… Fatiguant… J’étais peut-être dans l’entre-monde? Entre la vie et la mort? En tout cas je n’y comprenais rien.


Mais… Mais qu’est-ce que c’était que ça? Un bruit de sirène au loin, qui prenait le dessus sur ma musique. Où étais-je?


« Regardez, on dirait que votre ami reprend connaissance! »


Voix féminine inconnue…


« Putain c’te frayeur que tu m’as collée au corps et au coeur mon pote! Tu m’as lessivé bien plus que le trail mon Franckie! »


C’était la voix de Hervé! Il stoppa la musique qui sortait du téléphone. J’y reconnus ma playlist.


« Où est-ce?…Où est-ce qu’on est? Qu’est-ce qu’on … qu’on fout dans … dans cette ambulance? arrivais-je à bredouiller.»


Pas de réponse…


« Vévé! Réponds!


-Hey! Calme-toi! C’est pas ma faute si au dernier ravito t’es tombé dans les pommes, dans des kilos et des kilos de pommes Franck! C’était hallucinant : dès que tu as approché ton verre de menthe à l’eau à ta bouche, bim! Tes jambes ne t’ont plus porté, tu t’es écroulé au sol, embarquant toute la table du ravito dans ton incontrôlable chute. Tu sens pas ? Tu pues le sirop à la menthe à des kilomètres mon Franckie!


-Vous avez fait une syncope du sportif monsieur. C’est souvent très impressionnant, même « spectaculaire » pour ceux qui vous regardent et vous voient tomber, mais dans une grande majorité des cas, ça reste bénin, répondit la même voix féminine inconnue, de manière professionnelle et douce à la fois. »


Une syncope du sportif? Au dernier ravito? Mais où était passée la lueur verte? Et la bande son? Tout ça, ça s’était passé dans ma tête? Durant mon malaise? Apparemment, oui.


« On vous amène à l’hôpital le plus proche pour faire des examens complémentaires, mais il semblerait que ce soit votre effort soutenu de plus de 15 heures qui ait entraîné votre syncope.


-Vous venez de dire 15 heures d’effort? J’ai cru que j’en étais à 7 heures de course, en début de nuit, m’étonnais-je. Et toi, Vévé, tu as bien continué la course sans moi pour battre ton record, non?


-T’as pas les idées claires mon gars! On a dit qu’on faisait la course ensemble, jusqu’au bout! Et c’est ce qu’on a fait, du moins jusqu’au dernier ravito et cette sacrée menthe à l’eau! »



Et l’ambulance de se garer à l’entrée des urgences de l’hôpital de Remiremont pour un check up complet qui s’avéra tout ce qu’il y a de plus normal pour Franck.




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Jackie H verif

Jackie H vor 59 Minuten

Y a un truc avec les Vosges, c'est pas possible, j'en ai lu quelques-unes, de nouvelles fantastiques qui se passaient dans les Vosges 😯

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