Chapitre 39 - Quelques révélations
Chapitre 39 - Quelques révélations
Vendredi 9 octobre
Il était un peu plus de dix heures quand le major vint trouver Clarisse et Léo qui étaient affairés sur les recherches commandées par le substitut.
— J’ai obtenu un rencart avec un officier de la DNRT, vous venez avec moi pour lui donner tous les détails.
L’homme des Renseignements avait fixé le rendez-vous dans un grand bar proche de la gare Matabiau. À cette heure de la matinée, les clients entraient et sortaient, mais personne ne prêta attention à eux. Clarisse sortit une petite fiche cartonnée sur laquelle étaient inscrits les noms et adresses de leurs suspects. Elle avait aussi ajouté celui de l’association bénéficiaire du legs, ainsi que celui de son représentant.
— Nous pensons, expliqua Clarisse, que Pierre Dumergue est le fils d’un ancien milicien, rentré en France sous une fausse identité. L’homme qui a été assassiné était un journaliste allemand, spécialisé dans la chasse aux criminels nazis. Nous ne savons pas pourquoi il s’intéressait particulièrement à Dumergue, Georges Prax de son vrai nom, ancien chef de la Milice à Carcassonne, mais les documents trouvés dans son ordinateur montrent un lien sérieux avec le Maquis de la Montagne Noire et les combats et trahisons de 1944. L’hypothèse sur laquelle nous travaillons est que le fils Dumergue ne souhaitait pas voir son nom exposé comme celui d’anciens collabos, Touvier, Bousquet ou autres. Il aurait pu se faire aider de Mabillon, aux sympathies extrémistes, et connu pour son goût des armes et de la violence.
— Pierre Dumergue a peut-être milité au GUD dans sa jeunesse, ajouta Léo. En tout cas, il s’est distingué lors de manifestations musclées entre étudiants à la fin des années 70. Nous n’avons pas encore d’informations sur ses opinions actuelles, nous y travaillons.
— Très bien, reprit l’homme qui se faisait appeler Dubois, je vais regarder ce que nous avons sur ces braves gens, et je vous tiens au courant très vite, avant la fin de la journée.
Sur le chemin du retour, Roumiac proposa une approche opérationnelle à ses subordonnés.
— Vous deux, avec Sonja si vous en avez besoin, vous me trouvez tout ce qui est possible sur les Dumergue, père et fils, ainsi que sur Mabillon. Fouillez les réseaux sociaux, allez voir les gars de la section informatique si c’est nécessaire. Si nos suspects sont encore actifs, ils ont forcément laissé des traces. Moi, je vais commencer à organiser une perquisition chez Mabillon, on ne va pas y aller seul. Si ces gars ne se doutent de rien, inutile de précipiter l’opération. J’en parlerai à Dréant, mais je pense que lundi au petit matin, ce sera bon. Trouvez-moi quelque chose avant ce soir, si vous voulez profiter de votre week-end !
De retour au bureau, les gendarmes se partagèrent le travail, Léo sur le fils Dumergue, Clarisse sur Mabillon et Sonja sur l’association. En milieu d’après-midi, ils firent une pause pour échanger.
— Sonja, qu’as-tu trouvé ? demanda l’adjudante.
— Des choses pas très ragoutantes, répondit la jeune femme. L’association MPGF a bien une existence légale depuis les années 60. C’est une association à vocation politique et solidaire, qui a pour ambition d’entretenir la grandeur du pays et d’aider les vrais patriotes qui se sont engagés pour le défendre. En clair, des anciens de Jeune Nation ou Ordre Nouveau, des transfuges de l’OAS et autres joyeux drilles. Louis Marquesse était un des fondateurs et est resté président jusqu’en 1993, année de sa mort. Le nom de Georges Dumergue apparait dans certains procès-verbaux, il a été trésorier de l’asso de 1972 à 1988.
— Voilà qui renforce le lien entre le père et les nostalgiques de Vichy ! commenta Léo.
— Je suis certaine qu’en fouillant dans la liste des membres, on retrouverait bon nombre d’anciens collabos, ajouta Clarisse. Et toi Léo, parle-nous du fils.
— J’ai déjà évoqué son passé d’étudiant peu assidu. Il a quitté l’université sans diplôme, mais il travaille assez vite avec son père chez Talon. Il est chargé des relations avec un distributeur en Espagne, pays où il fait de fréquents séjours entre 1980 et 1983.
— Comment as-tu appris ça ? demanda Sonja.
— J’ai retrouvé le nom du dernier directeur de l’entreprise, dont le médecin de Moissac m’avait parlé. Il se souvenait de cette période.
— Bonne pioche ! commenta Clarisse, et ensuite ?
— On perd sa trace pendant quelques temps, mais il reparait dans les années 1990. C’est à ce moment qu’il s’est lancé dans les affaires à son compte, il a créé plusieurs entreprises qui avaient toutes comme particularité de faire du commerce avec des pays latino-américains ayant eu un passé autoritaire, spécialement l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay.
— Des pays qui ont accueilli les anciens nazis, observa Sonja.
— Oui, nul doute qu’il a du activer des réseaux, peut être en utilisant les contacts du père. Cette période ne dure qu’un temps, les affaires ne vont pas fort et les activités cessent au tournant du millénaire. Dumergue se tourne alors vers la sécurité privée qui commence à se développer. Il recrute presque exclusivement des hommes de nationalité française de longue date, seule exception, des anciens légionnaires. Son entreprise se développe bien, elle travaille sur un secteur allant de Toulouse à Montpellier, gardiennage de locaux, surveillance de propriétés privées haut de gamme, mais aussi service d’ordre pour des événements sportifs ou politiques, le tout pour un chiffre d’affaires d’une quinzaine de millions selon les derniers chiffres déclarés.
— Un lien avec Mabillon ? demanda Clarisse.
— Non, rien de documenté, mais ces entreprises emploient des gars au black pour les grosses opérations. Dumergue a tout à fait pu recruter Mabillon dans ces conditions.
— Autre chose, demanda Clarisse ?
— Oui, côté politique notre homme penche nettement à droite, sans avoir de statut officiel dans un parti ni avoir jamais été élu.
— Une histoire de famille ! plaisanta Sonja.
— Bon, allez je vous ai gardé le meilleur pour la fin, exposa Clarisse. Mabillon, je crois que personne n’en voudrait pour gendre. Il coche toutes les cases, suprémaciste, raciste, complotiste et pas seulement dans ses propos, même si c’est un pilier des réseaux sociaux, où il opère sous des pseudos tellement subtils qu’on n’a aucun mal à le reconnaitre, du genre « Résistance Cabardès ». Il a commencé à émerger en 2018 à l’époque gilets jaunes. Je vous passe le ramassis de conneries, il s’est donné à fond pendant la période Covid et aujourd’hui, il partage ses efforts entre les thèses complotistes, climatosceptiques et son sujet favori, le grand remplacement. J’ai passé un coup de fil au président du club de tir de Carcassonne et il a avoué être parfois ébahi par les propos de son adhérent, au point que certains membres ont maintenant établi une sorte de cordon sanitaire. Il vient s’entrainer une ou deux fois par semaine, mais il reste le plus souvent seul dans son coin. Il utilise des armes de poing de forte puissance, Smith et Wesson 686 ou Glock 17.
— Comme nous ! releva Léo.
— Oui, acquiesça Clarisse, mais toi tu ne t’entraines pas toutes les semaines.
— Si on doit l’interpeller, ça pourrait être chaud ! s’inquiéta Sonja.
— Oui, je crois que le major en est conscient. On ira avec les gars du PSIG, mais toi de toute façon, tu ne seras pas du voyage.
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