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Chapitre 5
Non-fiction
Biography
calendar Veröffentlicht am 12, Okt., 2026
calendar Aktualisiert am 12, Okt., 2026
time 11 min
All audiences

Chapitre 5

Un retour sensoriel



Le décor de ce matin-là était identique à la veille : la prise du café face au Cougouyon. Vêtu de ma tenue de traileur en herbe, je me suis autorisé un jus de fruit, laissant de côté la cigarette. Je préparais mentalement ma sortie.

Je n’avais pas fait de choix de musique en particulier, j’ai préféré laisser ma playlist défiler. J’avais à peine franchi le portail du jardin que l’application me signalait le départ de ma course à pied. Dès les premiers mètres, je cherchais une foulée naturelle. Celle qui était la mienne, j’ai cru un moment que cela serait évident mais plus de trente années séparaient mes enjambées d’adolescent de celles que j’étais en train de réaliser. J’avais pris le même départ que les jours précédents. Mes sensations physiques étaient bonnes et je n’avais pas encore atteint un kilomètre au premier virage quand j’ai dû m’arrêter net. La musique dans les oreilles, j’ai été surpris par la présence d’un chien de type malinois. Ayant une peur des chiens que j’ai du mal à maîtriser, j’étais figé. J’ai enlevé mes écouteurs, mon cardio montait en flèche, le chien, à une dizaine de mètres, était immobile lui aussi, ne laissant apparaître aucune réaction. Ni il ne remuait la queue, ni il ne montrait les dents. Il était neutre, me regardant avec ses yeux noirs. À une centaine de mètres en amont, une dame arrivait vers nous. Quand elle m’aperçut, j’ai été soulagé de voir que c’était la maîtresse du chien. Elle le rappelait à l’ordre mais il ne bougeait pas. Une fois à notre hauteur, je m’excusais.

« Je suis désolé, j’ai peur des chiens. »

« N’ayez crainte, elle est gentille », rétorqua-t-elle.

Je me répétais mentalement :

« Elle est gentille mais elle n’écoute pas, pauvre idiote. »

Elle a tenu sa chienne et m’a laissé reprendre mon footing.

Sur la balade ombragée je reprenais ma foullée en musique. Le rythme cardiaque encore perturbait par la montée d’adrénaline vécu sur l’instant passé. Tout en me questionnant sur cette incompréhension de cette peur des canidés. Je régulais naturellement mes enjambés avec les battements de mon cœur. Le désir de faire mieux que les jours précédents était bien présent dans mon état d’esprit du moment. Le sentiment de l’instant était préoccupé par la performance. J’étais bien concient que je n’étais pas en mesure d’aller vite . Je débutais dans le domaine et j’avais décidé de me focaliser sur la distance et non sur l’allure. j’avais anticipé un parcours identique sans trop de dénivelé positif. J’avais passé le cinquième kilomètre , je me sentais bien musculairement , je crachais quelques glaires du fumeur mais je ne me sentais pas à bout de souffle. J’étais bien , un changement de musique de ma playliste me mit soudainement à l’arrêt pour la deuxième fois . Dès les premières notes je reconnus cette chanson. Celle qui avait résonné dans l’église le jour où j’avais mis sur mon épaule le cercueil de mon père. Je me tenais au milieu du chemin, les mains sur les genoux, le regard au sol embrumé par les larmes de tristesse. Je pensais fortement à cet homme qui avait été le plus grand pilier de ma vie. je me suis redressé , j'ai pris une grande inspiration et je me suis mis à courir avec détermination et rapidité , libérant cette nervosité de peine. J’ai cru un moment que j’étais invincible où je me voyais courir des kilomètres sans interruption mais la réalité de mes capacités physiques m’ont été rappelées au bout de quelques centaines de mètres. Je me suis mis à marcher laissant les dernières larmes s’extrairent de mon corps. J’avais malgré tout accompli ma mission j’avais passé les (6 km 500).

Je suis rentré à la maison, j'ai pris une douche et je me suis vêtu d’un short , d’un t-shirt et d’une paire de claquettes aux pieds, la panoplie d’une tenue vestimentaire d’été. J’ai rejoint mon épouse dans le jardin pour lui faire part de mes ressentis. Elle était là, les mains dans la terre du potager.

“Ça va mon chérie” me dit-elle

“Oui j’ai fait une sortie plus longue mais j’ai été perturbé à deux reprises.

_ Ah bon et pourquoi?

Je lui racontais en détails mon sentiment de peur face au chien de la touriste et de ma chute émotionnelle à cause du refrain musical qui m’était parvenu aux oreilles.

elle savait très bien de quoi je parlais , elle connaissait bien cette appréhension que j’avais à chaque rencontre des canidés et elle était à mes coté le jour où cette musique m'avait accompagné pour les adieux de mon père.

“Je pense que je vais prendre congé une dizaine de jours pour me ressourcer un peu et continuer mon ascension de course à pied”. Lui dis-je.

C’était un peu le seul avantage que j'arrivais encore à trouver dans mon domaine professionnelle, ils n’étaient pas très regardant pour cela. Je pouvais poser des jours la veille pour le lendemain sans que mes désirs du moments soient à remettre à plus tard.

L’esprit libéré de ne pas me rendre au travail dans les jours à venir , je commençais à me consacrer à l’évolution de mon ascension sportive. Me remémorant mes derniers moments de coureurs en herbe j’ai réalisé que je ne devais plus partir avec de la musique dans les oreilles. Je devais être plus à l’écoute de mon intérieur et des éléments de l'environnement extérieur. Je devais entendre battre mon cœur et être attentif au silence musical de la nature. Les chants d’oiseaux , les vents sifflants entre les branches , les eaux ruisselantes sur les roches des montagnes et les craquement des brindilles sous le poid des semelles de mes baskets devaient être toute mon attention pour me sentir libre.

Le soir même , j’ai commencé par faire le tour avec mon téléphone des commerces en ligne pour changer mes équipement de trailleur. Je savais au fond de moi que ce ne sont pas les outils qui font de bon ouvriers mais j’étais conscient de l’expression c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Il fallait que j’exerce pour devenir meilleur en la matière mais je désirais des tenues et des baskets plus adéquates avec les exercices à venir.

Je prenais connaissance de l'ampleur qu’avait pris ce sport ces dernières années. Un effet de mode où le choix de l’équipement était grand et coûteux . J’ai commencé par choisir une nouvelles paires de baskets pour le bien-être de mes pieds. Elles devaient être taillées pour les sentiers ardus des montagnes. Je me suis équipé d’un gilet conçu exprès pour la course à pieds où on pouvait y mettre deux petites gourdes. Le petit plus qui me fit craquer pour me sentir au point était une montre idéale pour le running. J’avais allégé mes quelques économies . Il avait suffi de vingt quatre heures pour me vêtir de mon nouvel équipement me rendant fière matériellement .

La montre était parfaite pour me guider , pour suivre mes parcours et enregistrer mon évolution. Les baskets plus belles qu'efficaces et le sac pratique pour l’exercice.

On était au début du mois d'août, dès le lendemain matin , en congés j’ai enchaîné les sorties un jour sur deux. Je n’avais aucun plan d’entrainement. La seule chose que je m'étais imposé c’est un minimum d’un jour de repos pour ma récupération musculaire et pour éviter les blessures. Ce premier mois de jogging fût difficile en termes de volonté , de persévérance , d’oxygénation et de courbatures. C’était un cap à franchir pour aller plus loin. Même si les performances n’étaient pas exceptionnelles elles avaient été exponentielles. Les jours de repos j’avais tendance à toujours me faire des apéros plus aux moins soutenus . Les jours d’activités je ressentais l’acide lactique dans les mollets.

En ce premier mois d’exercice j’avais parcouru 115 km , j’avais effectué des parcours de 5 à 12 km par sortie variant de 70 à 500 mètres de dénivelé et j’avais évolué d’une moyenne de 8:15 à 6:30 min par kilomètre. Ce bilan me rendait fière de ce que j’avais entrepris. Mon corps se sentait mieux malgré quelques courbatures. Les muscles de mes jambes commençaient à retrouver des formes oubliées. Ma tête et mon esprit accentuaient un effet de bien être. Je devenais plus lucide dans mes questionnements et dans ma réflexion. En courant à travers les bois sur les sentiers et sur les pistes forestières j’avais touché du doigt ce plaisir d’adolescent qui était ancré en moi. Je me sentais parfois comme l’enfant que j’avais été descendant les vallons à coup de bons à travers la garrigue. Mon environnement et le décor étaient différents, les terres étaient moins arides, il y avait des cours d’eau à profusion , il y avait moins de chênes et plus de mélèzes. J’étais passé du lapin au chevreuil.




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