Ragnarok
Je me souviens seulement de la chute.
Engloutie par la fumée, j'ai plongé dans le néant.
Mes mains cherchaient à s'agripper mais il n'y avait plus rien autour, seulement les dernières guerrières qui tombaient. Des regards se croisaient parfois avant l'impact et la peur cédait la place au soulagement, car le calvaire allait vite prendre fin. Puis, la longue nuit.
Je pensais me réveiller auprès d'Odin ce soir là. Peut être n'étais-je pas digne de me joindre aux banquets des Dieux car je n'étais pas morte de la main d'un guerrier. Peut-être m'étais-je jetée moi-même dans le vide pour que tout s'arrête. Tout était si flou... Mais plus rien n'avait d'importance.
J'ai ouvert les yeux et je ne sentais plus mes jambes. Je ne voyais que la poussière et les flammes. Le goût du sang dans ma bouche me rappelait que j'étais toujours en vie. Il devait y avoir une raison... Les larmes embuaient mes yeux mais il fallait que je me souvienne des mots de l'Oracle.
Par-dessus les cris des guerrières qui continuaient de tomber, le vent chuchota :
« Souris dans le noir en bas du monde d'Odin,
Car le corbeau ne viendra pas pour toi.
Tu as déjà vu la mort tant de fois,
Valkyrie, ton combat ne prendra jamais fin »
Les grands loups noirs s'approchèrent et soudain je compris. L'histoire se répétait depuis des millénaires. Le combat... La chute... Ma vie de mortelle s'était achevée il y a bien longtemps. J'avais été choisie pour participer à une guerre perdue d'avance. Chaque jour je renaissais de mes cendres pour tomber à nouveau le soir même dans le monde souterrain où Hel, la déesse des enfers, me ramenait à la vie. Une vie maudite.
Car peu importe le nombre de fois où je me relèverai, nous ne pouvions rien contre le Ragnarok.
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