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Panoayan
Chapitre I - La nuit du vent tourné
Fiction
Adventure
calendar Veröffentlicht am 14, Mai, 2026
calendar Aktualisiert am 14, Mai, 2026
time 9 min
PascalN verified
Pascaln vor 9 Stunden

" Je dis bien « quelque chose de complètement différent » car je me lance dans un registre dans lequel je n’avais jamais écrit auparavant. " EC Wallas.

À la découverte de ce premier chapitre,, Nul ne peut imaginer que ce soit une première tentative d'écriture dans c registre, tant tu sembles y être chez toi et à ton aise. J'aime beaucoup, à suivre avec curiosité et plaisir. Merci Wallas.

Chapitre I - La nuit du vent tourné

En nahuatl, langue des peuples de la Mésoamérique centrale, panoayan désigne un lieu de passage, plus précisément l'endroit où l'on traverse un cours d'eau, un gué, un point de franchissement entre deux rives. Le mot dérive du verbe pano, traverser, et du suffixe locatif -yan, qui transforme l'action en lieu. Panoayan n'est donc pas un être, ni un état, mais un endroit : celui où la traversée devient possible.




Le vent avait tourné trois jours avant que quiconque ne s'en aperçoive, sauf lui. Ce n'était pas un changement de direction ordinaire, la sorte qu'un marin ou un fermier nomme sans y penser, mais quelque chose de plus sourd, comme si l'air lui-même avait changé d'humeur et décidé de se taire sur ce qu'il savait.


Panoayan ne dormait pas. Il n'avait pas dormi depuis deux nuits et il avait cessé de lutter contre l'insomnie comme on cesse de lutter contre une marée, non par résignation mais par quelque chose qui ressemblait à de la lucidité. Il avait pris ses livres, quelques-uns seulement, ceux qu'il relisait quand les mots du monde présent ne lui suffisaient plus, et il était monté jusqu'au promontoire qui surplombait Atlan, son village, ce petit assemblage de toits de paille, de tuiles et de murs blanchis que la mer encerclait sur trois côtés. Les anciens disaient qu'Atlan devait son nom à l'eau, en nahuatl atl, parce que la mer était là avant que ne le soit le village, et que c'était elle qui avait décidé qu’ils s'installeraient là et nulle part ailleurs.


De là-haut, la nuit était claire et le village dormait avec cette tranquillité qui l'inquiétait depuis des semaines. Une tranquillité trop dense, trop installée, celle des époques qui s'ignorent elles-mêmes. Il avait lu assez de l’Histoire pour savoir que les grandes catastrophes ne naissent jamais du tumulte mais du calme, de ces longues périodes plates où les peuples finissent par confondre l'absence de guerre avec la promesse qu'elle ne reviendra jamais.


Il posa le livre ouvert sur ses genoux sans le lire, les yeux sur les lumières lointaines du village, et il pensa qu'Atlan était heureux depuis trop longtemps. Quarante ans de paix, peut-être davantage, personne ne comptait plus parce que personne n'en ressentait le besoin. Et l'armée de Saravan, que les anciens appelaient encore Huehcatlan, le pays du lointain, on la disait désormais pacifiste. Leurs ambassadeurs vantaient ce corps de parade et de cérémonie qui n'avait pas bougé depuis une génération. Pour Atlan, le lointain était resté lointain, et c’était suffisant pour que l’on cesse de le regarder.


C'est ce soir-là qu'elle bougea.


Il ne les entendit pas d'abord, ce fut la lumière qui l'avertit, ou plutôt son absence : les feux du village s'éteignirent les uns après les autres avec une simultanéité qui ne ressemblait à rien de naturel. Pas le glissement progressif d'un village qui s'endort, fenêtre par fenêtre, mais une extinction brusque, presque ordonnée, comme si quelqu'un avait soufflé sur chaque flamme à la même seconde. Puis, dans le silence qui suivit, il perçut le mouvement en contrebas, un flux sombre et régulier qui descendait depuis le col nord, trop ordonné pour être une rivière.


Il se leva, le livre tomba sans qu'il ne l'entende, et il resta longtemps immobile sur le promontoire à regarder ce qui envahissait Atlan. Les soldats de Saravan avançaient sans torches, sans cris, sans le claquement habituel du métal sur le métal, dans ce silence absolu que même les armées les mieux entraînées ne savent pas tout à fait garder. Il distinguait depuis le promontoire des visages de toutes origines, des hommes de peuples différents qui marchaient d'un même pas, le regard fixe, orienté vers le village comme si rien d'autre n'existait sur ce continent.


Depuis le promontoire il ne pouvait rien faire, et c'est cela qui fut le plus difficile à accepter, cette impuissance absolue, cette position de témoin qu'il n'avait pas choisie. Il voyait tout et ne pouvait rien, et Atlan en contrebas ne criait pas, ne résistait pas. Le village s'éteignait simplement comme un feu que l’on étouffe avec méthode.


Il ne sut pas combien de temps il resta là. Le ciel commençait à pâlir légèrement à l'est quand il redescendit, non pas vers le village mais vers le port, par l'autre versant, celui que les gens d'Atlan n'empruntaient presque jamais parce que les rochers y rendaient la marche difficile. Il trébuchait dans l'obscurité, se rattrapait aux herbes sèches, et quelque chose en lui fonctionnait encore par instinct pendant que le reste essayait de comprendre ce qu'il avait vu.


Le port d'Atlan était petit, trois quais de bois vermiculés et une douzaine de barques de pêche. Il y avait aussi un seul vrai bateau, une goélette marchande qui stationnait là depuis une semaine en attendant une cargaison qui n'arrivait plus.


C'est près de la goélette qu'il trouva la femme, debout sur le quai dans l'obscurité, les bras croisés sur la poitrine, les yeux tournés vers le village avec cette immobilité des gens qui ont déjà pris leur décision et attendent seulement que les événements les rejoignent. Elle était grande, les cheveux courts noués en arrière, le visage tanné par des années de sel et de vent. Elle portait sur elle cette autorité tranquille des gens de la mer qui n'ont plus besoin de l'affirmer. Quand elle vit Panoayan arriver en trébuchant sur les rochers du chemin, les mains écorchées, le souffle court, elle ne dit rien pendant un moment, le temps de lire sur son visage ce qu'il avait vu.


« Vous venez d'où ? » dit-elle.


Il désigna le promontoire du menton.


« Et vous avez vu ?

- J'ai vu. »


Elle le jaugea de haut en bas puis décroisa les bras.


« Allez, montez à bord. »


Ce fut tout, et c'était suffisant. Il comprit plus tard qu'elle l'avait regardé comme on regarde quelqu'un qui va se noyer, avec ce calcul rapide et froid qu'on fait avant de tendre la main. Il lut le nom peint sur la coque en montant, Acalli, et pensa malgré lui que c'était un nom juste pour une maison qu'on pose sur l'eau. Il s'assit sur un ballot de corde, les coudes sur les genoux, la tête basse, et pendant un long moment il n'y eut que le clapotis de l'eau noire contre la coque et le silence du village derrière eux. La femme finit par le rejoindre et s'accroupit devant lui avec une lanterne basse qu'elle posa entre eux deux.


À la lumière de la lanterne, elle vit un jeune homme au teint cuivré, les cheveux noirs tombant librement sur les épaules, le visage ordinaire de quelqu'un qu'on ne remarquerait pas dans une rue mais qu'on regarderait deux fois si on le croisait seul la nuit sur un quai. Sa tunique écrue portait des broderies géométriques aux couleurs encore vives malgré l'usure, les coudes soigneusement raccommodés, et la sacoche de cuir en bandoulière qu'il n'avait pas lâchée trahissait, plus que tout le reste, ce qu'il était. Ses mains n'étaient pas celles d'un pêcheur.


« Comment vous appelez-vous, jeune homme ? »


Il releva la tête. La lumière de la lanterne éclairait mal son visage mais suffisamment pour qu'il voie dans le regard de la femme qu'elle lui posait la question sérieusement, qu'elle avait besoin d'un nom pour quelque chose, peut-être pour décider si elle avait bien fait de lui dire de monter.


« Panoayan, dit-il. Mais Pan suffira. »





Illustration créée avec Gemini 3.

Kommentar (1)

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PascalN verif

Pascaln vor 9 Stunden

" Je dis bien « quelque chose de complètement différent » car je me lance dans un registre dans lequel je n’avais jamais écrit auparavant. " EC Wallas.

À la découverte de ce premier chapitre,, Nul ne peut imaginer que ce soit une première tentative d'écriture dans c registre, tant tu sembles y être chez toi et à ton aise. J'aime beaucoup, à suivre avec curiosité et plaisir. Merci Wallas.

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E C Wallas verif

E C Wallas vor 7 Stunden

Et pourtant… ! C’est bien ma première tentative.

Je suis flatté de votre retour Pascal, merci beaucoup ! J’ai de grands projets pour Panoayan, j’espère juste que ça rendra aussi bien que dans ma tête haha…

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