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Ces histoires que l’on ne comprends pas. Partie 2 : Maroc

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Chacun de nos voyages est une expérience nouvelle. Nous apprenons sur nous-mêmes autant que sur les autres. Mais pour cela il faut sortir de sa zone de confort et oser vivre comme les locaux. C’est ce que m’ont appris deux jeunes berbères au fin fond du Sahara marocain.

 

 

Nous sommes à une croisée des chemins, en plein milieu d’un reg qui parait infini. Un reg, c’est un désert caillouteux, plat, soufflé par les vents. On ne trouve pas beaucoup plus hostile comme terrain. On aperçoit un puits et deux arbres, les seuls depuis ce matin. Le soleil est au zénith et c’est avec plaisir que nous profitons enfin d’un peu d’ombre. Quand je dis nous, c’est ma famille et moi, ainsi qu’un guide et un chamelier, tout deux nomades berbère. J’avais 16 ans lors de ce voyage, un de moins que notre guide et trois de moins que notre chamelier. La proximité de l’âge et la popularité toujours grande du français dans le pays fait que nous arrivons a communiquer sans trop de difficulté. Ils m’expliquent alors que nous sommes à un point assez particulier : c'est le dernier puits avant un désert nu de toute construction humaine, si ce n’est pour quelques bases militaires aux frontières sud-est. De ce point, il n’y a rien autour de nous à plus de 70 kilomètres à la ronde.

 

Une question me vient en tête alors que nous profitons de la pause pour manger du pain à la farine de maïs cuit la veille dans le sable. Comment arrivent-ils a se repérer dans ce paysage qui semble identique en tout point sur plusieurs dizaines de kilomètres ? Est-ce grâce au soleil ou à des repères géographiques comme les montagnes que je discerne en arrière plan ? Cela me parait peut probable vu la précision qu’il faut pour tomber sur le seul puits aux alentours. Je me décide alors à poser la question à ‘Momo’ le guide. Sa réponse me surprend : «On a pas le choix car si on ne le trouve pas on ne peut pas poursuivre le voyage. Il nous faut de l’eau ! » Alors oui, il n’a pas dis ça exactement de cette façon, mais je prends la liberté de vous retranscrire ce que j’ai compris de nos échanges, heureux mélanges de paroles, bruitages et mimes.

 

 

«On a pas le choix», cela ne répond pas à ma question mais cela a pourtant l'air de lui suffire. Il sait où se trouve le puits, il le sait depuis qu’il est petit. Il n’a pas besoin de le chercher. Ce chemin il l’a fait des milliers de fois et ses pieds savent où aller, même quand sa tête ne le sait pas. Comme si une sorte de boussole interne le guidait afin d’assurer sa survie. Il m’explique que petit, il s’est perdu dans une tempête de sable, seul, pendant trois jours. Quand celle-ci c’est enfin arrêtée il pu retrouver le chemin de sa caravane en quelques heures. Il avait alors 7 ans. Une sorte de sens inné de la survie combiné à des années à arpenter ce désert dans tous les sens, voilà son secret.

 

Je me sens alors bien bête. On a presque le même âge et j’utilise mon application GPS presque à chaque fois que je dois aller quelque part. A quel point cela a-t-il affecté mon sens de l’observation et de l’orientation ? Sûrement bien plus que ce que je ne veux bien croire. C’est alors la première fois que je me rends vraiment compte de l’impact qu’on certaines technologies sur nous, et surtout sur moi !

 

 

Ça fais maintenant 5 jours que nous marchons dans le désert. Je n’ai pas été dans une telle forme physique depuis bien longtemps. Nous marchons plusieurs dizaines de kilomètres chaque jours et cela sous un soleil de plomb. «Normal, me direz-vous, dans un désert». Ce qui m’a le plus marqué c’est mon sommeil. J’ai toujours peu dormi et fais alors des insomnies depuis 3 ou 4 ans déjà. Mais de la tombée de la nuit au lever du soleil c’est un soleil profond qui viens me chercher tous les soirs. Enfin, je dis soir mais à la Toussaint le soleil se couche avant 20h, et sans lumières électriques la nuit tombe vite. Comment ce fait-il que je dorme aussi bien ici ? Sans doute en partie grâce aux efforts qu’on fait la journée. Mais encore une fois une discussion avec ‘Momo’ le guide va me mettre sur une piste : à quel point les lumières artificielles peuvent dérégler notre horloge interne et perturber notre sommeil ?

 

Il a fallu attendre que je rentre en France afin de mettre ma théorie à l’épreuve. Depuis que je suis revenu, le bruit de la route la nuit me dérange et je dors vite moins bien. Je pars alors pour une semaine de camping sauvage en Auvergne avec trois amis. Je décide de ne pas prendre de téléphone afin de recréer les mêmes conditions, et parce que c’est cool de ne pas recevoir 140 messages ou notifications par heure. Pas de réveil, pas de moyen de savoir l’heure, juste la lumière du Soleil et de la Lune pour rythmer nos journées. Et ça marche ! Le soir je m’endors sans difficultés et je me réveille avec les lumières du jour. Encore mieux, je me réveille facilement et de bonne humeur. Vous trouvez peut-être ça niais mais je vous assures qu’un réveil naturel est tellement plus confortable qu’une sonnerie de téléphone, même placée suivant de savants calculs au meilleur moment de votre cycle de sommeil.

 

 

Et alors, qu’est ce que j’en ai retenu ? Je suis bien obligé d’avoir un téléphone et de mettre un réveil le matin, on ne sais jamais. Mais je dors volets et rideaux ouverts et c’est souvent que je me réveille avant mon alarme et que mes nuits sont bien plus reposantes.

 

Je ne vous partage pas ces expériences afin de promouvoir la vie dans le désert ou de prôner l’abandon des nouvelles technologies. Tout ce que je souhaite c’est vous montrer que l’on a tous à apprendre de l’Autre, pour peu qu’on prenne la peine de lui adresser la parole. Sur ce, bonne nuit et bon courage lorsque votre alarme sonnera demain matin !