Action !
J'avance seule. L'idée d'acheter un appartement est venue de ma mère, comme un placement pour l'avenir. Mon travail est stable, le moment semble propice. Nous parcourons donc les annonces et je me mets à fréquenter les agences immobilières.
Comme pour tout premier achat, évaluer la somme disponible me permet de constater que l'appartement ne sera pas très grand et que je peux vite m'éloigner de la proximité de mon travail. Des bâtiments anciens à rénover, des bâtiments neufs qui se réduisent à un studio, le choix n'est pas évident.
Finalement, je ne me sens pas très pressée, j'opte pour un appartement neuf dans une résidence à construire. Ma mère me conseille un investissement en limitant la somme pour continuer à vivre aisément.
Mon petit chez moi aura une pièce principale avec un balcon, une chambre, une salle de bain, et une place de parking. La résidence de dix appartements sécurisés est parfaite pour un premier achat.
Après avoir repéré l'emplacement, effectué la visite du terrain, étudié le plan de la construction, avoir eu la validation de mes parents, j’ai rendez-vous pour la signature du compromis de vente. Ainsi quelques semaines plus tard, je me rends pour la première fois chez le notaire. Il lit l'ensemble du contrat et répond à toutes mes questions. L'appartement sera livré l'année suivante, en juin. Le promoteur est présent, discret sur une chaise près du notaire, il acquiesce aux précisions du notaire.
Je signe, heureuse, mon nouveau projet.
Noir, blanc, noir, blanc, les périodes sombres et les éclaircies, comme la roue du yin et du yang, les périodes positives et négatives s'alternent, la vie est comme une roue qui tourne en permanence, en haut, en bas, en haut...
Après la mise en route de ce projet, je ressens le besoin d'un voyage plein de zénitude. Le stress, à la fois positif et négatif de mon quotidien est trop présent.
Alors je m'offre un second voyage en Thaïlande, les bonnes ondes bouddhiques ne peuvent qu’être favorables.
Ayant déjà fait le circuit touristique des grands sites, je peux profiter de l’agréable climat thaïlandais, loin du tumulte des agglomérations, pour découvrir un autre visage du pays.
Cette fois, je choisis les îles du golfe de Thaïlande pour un séjour sportif, une semaine de catamaran et une semaine de plongée identiques à mon programme de l’île des Saintes. Un excellent mixte de mes voyages précédents. Je connais l'organisme de voyage, le pays et les activités, je pars confiante, exactement ce dont j’ai besoin.
Mon séjour se déroule sur deux îles différentes.
Ma première destination est l'île de Koh Pha Ngan.
Une case en bord de mer, un restaurant en plein air à taille familiale où les premiers repas donnent le ton d'un séjour extrêmement plaisant. Ma colocataire est une étudiante en fin de formation, ce séjour est la récompense offerte par ses parents pour la réussite de ses études.
Koh Pha Ngan est une île de pêcheurs, on peut les observer debout dans la mer avec leurs tenues traditionnelles, un pantalon noué autour de la taille, léger et confortable. La lumière du soleil fait briller l'eau. Les délicates silhouettes se détachent sous forme d'ombres chinoises au coucher du soleil, faisant de magnifiques cartes postales.
Mon stage de catamaran ne ressemble en rien à celui de l'île des Saintes. En effet, le vent est capricieux, très, très capricieux !
Soit il est absent et nous sommes comme un bateau pirate où l'équipage attend les conditions favorables, l'ennui nous laissant rêveurs sur nos catamarans. Nous avons le temps de faire des clapotis avec nos mains pour créer du mouvement dans ce grand calme.
Puis tout à coup, le vent se lève, irrégulier et fort. La vitesse nous rend alerte, sur le qui-vive, la moindre erreur peut nous faire dessaler. Ces changements de rythme créent du stress, même les plus aguerris terminent à l'eau. Je finis sur le catamaran du moniteur, nous tournons autour des autres embarcations pour les remettre à flot. Ces conditions particulières font perdre de l'intérêt à la navigation, les caprices du vent annulent plusieurs sorties.
Les visites sur l'île s'avèrent plus intéressantes.
Je trouve un compagnon de route idéal en la personne de Mickaël. Il est originaire de la région parisienne, il ne s'intéresse ni aux filles, ni aux garçons, il est magicien. Ses tours sont très réussis, il n'est pas professionnel, mais occupe tout son temps libre à la création de nouveaux tours.
L'île est tranquille, ce n'est pas la grande période touristique, les bars s'étalent le long de la mer, l’ambiance est plutôt calme.
Avec Mickaël, nous visitons l'île, nous terminons nos journées en sirotant un cocktail au bord de la plage où il teste sa magie avec une spectatrice attentive et coopérante.
Notre pique-nique à Phaeng Waterfall se termine sous la pluie, protégés par nos k-ways. Des Thaïs nous invitent à nous abriter sous leur toit fait de feuilles de palmiers. La barrière de la langue empêche les paroles qui sont remplacées par des sourires.
La fabrique de caoutchouc, une activité locale, occupe une autre de nos journées.
Un après-midi, Mickaël souhaite faire une prière dans un petit temple, je l’accompagne et je profite pour brûler un bâtonnet d’encens en pensant à Adda, dont les mois suivants son mariage semblent plus difficiles.
Parfois, d'autres vacanciers se joignent à nous, l'île n'est pas grande alors on se croise à plusieurs reprises et la conversation s'engage spontanément, nous terminons en formant un groupe improbable pour siroter nos cocktails.
Le soir, les cracheurs de feu et les danseurs illuminent les plages sur la musique électrique et envoûtante des Full Moon Party. Celles-ci ont lieu une fois par mois, des hordes de touristes débarquent pour faire la fête et s'enivrent sur la plage ; la prochaine a lieu dans quinze jours.
La douceur de la nuit et la tranquillité des soirées, rendent l'ambiance sereine, les danseurs font tournoyer leurs boules de feu au rythme de la musique ; quand la fatigue se fait sentir, un autre prend le relais ; le feu entretenu ne laisse aucun temps mort, ils dansent encore alors que nous regagnons nos chambres, certains restent dormir sur la plage.
Mon compagnon de route n'est là que pour une semaine, il disparaît comme il est arrivé, par magie.
La deuxième semaine, je rejoins l'île de Koh Tao où l'ambiance est plus festive, un groupe participe à la découverte de l'île, ils sont plus agités. Le premier soir, ils rient tous de leur journée passée sur un bateau à moteur. Celui-ci leur a permis la visite des côtes de l'île dans une odeur de gasoil qui les a anéantis. Nombreux sont ceux qui, penchés au-dessus du bastingage, ont donné à manger aux poissons. Malgré cette déconvenue maritime ils ont retrouvé leur santé, ils mangent et boivent gaiement.
Un charmant jeune homme, grand brun, reste plus discret, nous engageons la conversation, il est là pour une semaine de séjour découverte.
Il est négociant en vin dans la région de Bordeaux, il me parle poliment tout en étant souvent dérangé par ses collègues de groupe, à grande majorité féminine, qu'il ne laisse pas indifférentes. Je le rencontre aux moments des repas, nous nous retrouvons chaque jour pour échanger sur nos journées qui diffèrent, lui visite, moi je plonge.
Les lieux de plongée varient, mais les différents spots sont tous marqués par les ravages des derniers cyclones. Les coraux sont atteints, morts et sans couleurs, ils révèlent un triste paysage sous-marin.
Le moniteur alterne les profondeurs de plongées entre cinq et vingt mètres, ce qui permet de faire varier les espèces observées. Peter est charmant, il porte des tatouages, son air "mauvais garçon" contraste avec sa douceur. Cela lui donne indéniablement un grand pouvoir de séduction. Il est australien et vit sur l'île avec sa copine américaine. Devant les commentaires élogieux de quelques-unes sur sa personne, une réunionnaise s'offusque : "Que personne ne tente de le séduire ! On ne brise pas un couple pour une idylle de vacances..." Apparemment, cela semble résonner avec une situation personnelle vécue.
Les échanges sont sympathiques, mais les confidences sur les conditions de travail ne semblent pas idylliques. Il faut répondre aux demandes des touristes et les moniteurs plongent à un rythme bien plus élevé que le veut le respect de leur santé.
Les jours de plongée se suivent, les différents spots permettent de plonger tout autour de l’île, le rocher blanc est le plus beau, les étages d’observation rendent la plongée attractive et les découvertes se font au rythme de nos passages, certaines espèces préfèrent se camoufler.
Lors des derniers jours de plongée, Peter est accompagné d’un stagiaire qu’il forme pour le brevet de moniteur. Le stagiaire prend donc le groupe en charge, il est l'éclaireur, je dois le suivre en second, Peter ferme la file de plongeurs. La balade est variée, nous parcourons plus de distance que d'habitude, je l'informe donc que mon niveau d'oxygène baisse. Il poursuit la balade sans tenir compte de ma remarque. Nous palmons encore et nous ne sommes toujours pas sur le retour. Je n’apprécie plus vraiment les fonds marins et les poissons, mes yeux sont rivés sur mon manomètre.
J'attire de nouveau son attention en lui montrant mon niveau d'oxygène, il est tranquille et poursuit la balade sous-marine. Je n'ai plus la capacité de faire le chemin retour avec la quantité d’oxygène restante. Je fais une dernière tentative de transmission à mon accompagnateur, qui ne semble rien comprendre. Peter est loin derrière ; désemparée, je prends la décision de remonter à la surface. Nous n'évoluons pas très en profondeur, les paliers de décompression ne sont pas nécessaires. Je suis bien énervée d'en arriver là, je palme jusqu'à la surface puis je rejoins notre bateau, de mauvaise humeur !
Les autres nous rejoignent peu de temps après, Peter me demande ce qui s'est passé. Je lui explique donc la situation, plutôt fâchée.
Peter s'amuse et je découvre alors avec surprise que c'est une "technique de drague". En effet, le moniteur stagiaire avait suffisamment de réserve d'oxygène et un second embout pour me ramener jusqu'au bateau, tout près de lui, je n'ai rien compris !
Mon sens de l'humour n'est pas au plus haut, je ne parviens pas à lui trouver du charme.
Ce soir-là, le négociant en vin me fait la conversation de manière plus personnalisée, mais mes déboires du jour m’ont rendu hermétique aux techniques de drague étrangement subtiles. Comment identifier les intentions de ces messieurs ? Bien qu'intéressée, je reste distante.
Ma dernière plongée me fait oublier la précédente. Comme d’habitude en tenue néoprène, après les contrôles d’usage, les bouteilles fixées dans le dos, les palmes aux pieds, le masque ajusté, nous sautons du bateau.
Cela fait déjà un certain temps que nous observons les fonds marins quand une ombre imposante passe à plusieurs reprises près de nous. L'eau n'est pas suffisamment claire pour identifier l'animal, mais l’ombre crée des interrogations.
Le moniteur décide d'abréger la plongée. Nous remontons sur le pont et rangeons le matériel quand l'incroyable se produit : un requin baleine nage autour du bateau, sa peau grise, tachetée de blanc est facilement reconnaissable. L’ombre suspecte est identifiée.
Il est imposant mais inoffensif, nous pouvons l'observer trois ou quatre fois remonter à la surface avant qu'il ne s'éloigne. Selon les Thaïs, il porte bonheur. Voir un si gros poisson, si près de nous, est impressionnant ; il alimente nos conversations pour le reste de la journée.
Notre dernière journée se termine sur le marché où des milliers de vêtements et de baskets inondent les étals. Des contrefaçons en pagaille, des imitations de grandes marques à prix imbattables tentent les touristes.
J’achète un pantalon de pêcheur et un coussin triangulaire typique thaï, je le choisis rouge, jaune et orange. Le vendeur me fait un paquet avec une anse en plastique idéale pour le transporter.
La soirée se termine par une animation typiquement locale, rien d’officiel, il faut se rendre sur un terrain à l’écart en s’éloignant du bourg. Les combats de coqs et leurs paris créent une ambiance euphorique, un carré de terre avec quelques brins de paille sert de ring. La foule est dense, les Thaïs nous permettent d'observer un combat aux premières loges, sans que nous ne comprenions les règles. Plusieurs coqs vont encore s'affronter, les combats vont s'enchaîner, chaque Thaï présente le sien, la soirée prendra fin au lever du soleil.
Après une dernière nuit et un petit déjeuner avec les fruits locaux, nous quittons l'île pour rejoindre l’île de Koh Samui pour nous envoler vers Bangkok.
Nos adieux se font dans une ambiance amicale de fin de séjour, je pense un moment que le négociant en vin va me demander quelque chose mais il ne demande rien, je ne verrai donc jamais les côtes bordelaises en sa compagnie.
La rencontre avec le requin baleine est un signe positif, l'année devrait se terminer sous de bons auspices, je rentre optimiste.
Chacun de mes voyages est comme une boucle que l'on ouvre et que l'on referme en rentrant. Des souvenirs plein la tête et des photos dans un album bien rangé, des personnes croisées en chemin dont j’oublie le nom s’il n’a pas été noté.
Comme sur une palette de peintre, chaque voyage ajoute des nuances de couleur à mes connaissances du monde, les couleurs s’associent, se mélangent, restent uniques.
Le soleil n’a pas la même lumière, le ciel n’est pas du même gris-bleu, le climat ne donne pas la même atmosphère. Ma vie est colorée et riche de toutes ces émotions et de ces rencontres.
Des petits bouts de chemin partagés, mis bout à bout, qui créent un parcours unique dans l'universalité du monde et de la vie, d’un hémisphère à l’autre de la terre.
Cette année-là, le changement d'année et les cotillons s’organisent avec les étudiants de nos vacances d'été et nos cousines.
Un repas choisi chez le traiteur, un appartement en location, de la musique, des chapeaux, des sarbacanes et des serpentins, et un inoubliable striptease de ces messieurs.
Comme un retour à l'origine de la vie, l'homme ivre oublie et éprouve le besoin de se mettre à nu.
Quand le spectacle se fait en musique, une cravate autour du cou, vêtement après vêtement sur la route entre les talus de neige, des chippendales au milieu de la campagne enneigée le spectacle est unique.
Bonne année grand-mère !
Ça tourne !
La nouvelle année s'annonce sous de nouveaux auspices. Le requin baleine me porte-t-il bonheur ? En tout cas, l'avenir s'éclaire.
Début février, mon avocat m'informe par téléphone puis me confirme par courrier, qu'il a obtenu un non-lieu. Ma responsabilité n'est plus engagée, j'ai fait mon possible et au vu des circonstances, aucun autre geste ne pouvait être attendu dans la limite de mes compétences.
Putain de compétences ! Qui invente des études pareilles, avec des compétences limitées ? Pourquoi n'étions-nous pas formées à aller au bout des actions ? Dépendre d'un médecin à distance engageait toujours un risque potentiel sur le trajet. Cette hiérarchisation d'un autre temps personne ne la remettait en cause. Les compétences de chacun étaient définies par un cadre législatif, chacun devait rester à sa place. Être formé et autorisé, lors de circonstances exceptionnelles, à pratiquer une ventouse, n’aurait nui à personne.
Ou peut-être pas ? Notre salaire d’infirmière spécialisée qui ne reconnaissait pas nos compétences médicales, serait remis en question ? Je n’allais pas refaire le monde.
L'affaire se poursuit avec la mise en accusation du médecin, mon avocat me confirme que je serais donc appelée à témoigner.
Évoquer cet épisode bouleverse toujours mes émotions et je n'arrive pas à expliquer cette réaction.
Dans ce contexte, je poursuis ma formation, toujours passionnante, de cadre hospitalier. J'apprends sur moi-même et j'engrange des outils et des techniques d'organisation, de communication, de gestion. Le management, "l'empowerment" font partie du programme, ainsi que l'utilisation de techniques pour comprendre les comportements humains et m’adapter.
Je suis comme un poisson dans l'eau, ou presque.
Lors d'une session de formation, l'intervenante commence par nous demander de choisir l'animal qui nous semble le mieux nous représenter. Je choisis un poisson d'eau douce qui remonte les rivières, un saumon canadien ou une truite des torrents des Alpes, je nage à contre-courant, la formatrice me met en garde contre l'épuisement.
En effet, mes propositions d'organisation du travail vont à l'encontre de l'organisation classique du milieu hospitalier.
Ce qui semble logique pour répondre le mieux possible à la prise en charge des mères et de leurs bébés perturbe la vieille organisation hospitalière. Ainsi, je demande aux auxiliaires de puériculture, aux infirmières et aux sages-femmes de gérer le couple mère-enfant en coopération.
Exit les bains à heure fixe, les soins doivent s'organiser en fonction du rythme de l'allaitement, des capacités de la mère et de la présence du père. Travailler ensemble, coopérer, remet en question le fonctionnement et les compétences de chacune. Elles doivent reprendre des gestes qu'elles ne pratiquent plus forcément au quotidien.
Je ne suis pas à une tempête près pour défendre mes convictions.
La grande affiche derrière la porte du bureau ne me laisse pourtant pas beaucoup d'espoir :
"Il était une fois quatre individus qu'on appelait :
Tout le monde - Quelqu'un - Chacun - et Personne
Il y avait un important travail à faire,
Et on a demandé à Tout le monde de le faire.
Tout le monde était persuadé que
Quelqu'un le ferait.
Chacun pouvait l'avoir fait,
mais en réalité Personne ne le fit.
Quelqu'un se fâcha,
car c'était le travail de Tout le monde !
Tout le monde pensa que Chacun pouvait le faire
Et Personne ne doutait que Quelqu'un le ferait...
En fin de compte,
Tout le monde fit des reproches à Chacun
Parce que Personne n'avait fait ce que
Quelqu'un aurait pu faire."
Celle-ci reflète malheureusement l’état d’esprit du service.
Certaines professionnelles adhèrent au projet, mais elles sont nombreuses à s’opposer.
Cela ne m’étonne pas : en dehors de la mauvaise volonté, placer le rythme de la mère et de l'enfant au centre de notre organisation au lieu du rythme du personnel inverse la vision ancestrale de notre position professionnelle.
Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Je navigue à vue, mais mettre les voiles dans le même sens pour avancer n'est pas gagné.
On tourne un peu en rond, les infirmières mettent moins d'opposition et le cap est pris.
La logique d'organisation ne fait plus de doute pour répondre aux besoins des mères et des nouveau-nés. L'équipe avance doucement, il faut faire de la médiation, de l'information, ne pas froisser l'une, ne pas favoriser l'autre, trouver des intérêts communs. Parfois, même sans que cela ne paraisse, certaines se sentent moins reconnues. J'ai ri avec celle-ci, j'ai parlé plus de dix minutes avec telle autre, tous les comportements sont disséqués et certaines jasent dans les couloirs.
Pourtant un jour, malgré mon absence, l'organisation est respectée.
Pour être capitaine, il faut faire preuve de sang-froid, de patience, imaginer le positif, l’horizon et la terre au loin pour ne pas sombrer dans le pessimisme et garder le cap pendant la tempête, la plupart du temps je dois tirer des bords pour remonter contre le vent.
Ma formation renforce mes compétences et me permet d’éclairer les problématiques de terrain, mais je prends aussi conscience et je constate le peu de ressources dont je dispose pour faire face. Je me sens bien souvent seule.
L'organisation est pour moi comme un jeu, je réalise les plannings comme un sudoku, je me plais à compléter les jours et les nuits en trouvant les meilleures combinaisons possibles, pour répondre au maximum aux désirs de mes collègues. Mon côté mathématicienne aime ce jeu permanent de coller sur mon logiciel des soirs, des matins, des nuits, en créant des équilibres acceptables pour chacune, personne ne se plaint du planning.
Les soucis viennent surtout des incessantes critiques des unes par rapport aux autres.
Je suis admirative de la diversité et de la richesse humaine mise au service des clientes. Les sages-femmes, les infirmières, les auxiliaires de puériculture, les agents hospitaliers ont des origines géographiques différentes, avec des pratiques et des expériences variées ; cette mixité culturelle donne une plus-value au service que j'observe avec admiration.
Celle-ci est passionnée par les bébés, elle sait calmer un nouveau-né et donner confiance à une mère.
Celle-là peut être à l'écoute plus de temps et laisser son travail de rangement attendre pendant des heures.
Telle autre maîtrise les gestes techniques avec finesse.
Pourtant, la plupart des professionnels considèrent que leur façon de travailler est une référence et que les autres doivent modifier la leur.
Les protocoles de certains soins deviennent obsolètes avec les progrès des interventions. Une femme césarisée peut prendre une douche plus rapidement. Avec l'uniformisation des protocoles, les mises en pratique doivent trouver de la cohérence.
Cela nécessite des discussions d’équipe, il faut du temps supplémentaire pour des réunions, personne ne veut rester bénévolement, il faut négocier des heures de réunions rattrapables pour ne pas avoir à les payer.
J'organise des réunions, qui réussissent à mobiliser des groupes de travail. J'implique les personnes pour la mise à jour des procédures dans le respect des consignes pour les normes qualité, malgré cela, critiquer sa collègue reste un sport national ! Difficile de penser que la manière différente d’aborder son travail peut être une richesse pour les clientes.
Chacune utilise sa présence, sa technique, son savoir et répond de manière personnelle aux situations. Cela offre une diversité de réponse aux questionnements des parents en fonction de leur culture, de leur histoire familiale, pour la construction de leur nouvelle vie de parents.
L'insatisfaction permanente des professionnels est épuisante, ma semaine de répit en formation devient indispensable.
Dès le printemps, j'ai réglé les montants conséquents pour la mise hors d'eau et hors d'air de mon appartement, les trois quarts de la somme totale ont été versés. Pourtant, le chantier s'interrompt quelques jours ; puis quelques semaines, plus rien n'avance.
Je reçois un appel pour l'organisation d'une réunion entre copropriétaires. Les travaux en stand-by inquiètent tout le monde.
Dans un premier temps, le promoteur reconnaît un retard, l'appartement ne sera pas livré en juin mais en septembre.
L'immobilité du chantier laisse présager d'autres soucis. Nous faisons appel à un avocat pour avoir des conseils, une réunion a lieu.
Maître Loiseau se montre rassurant, nous parle de ses honoraires et nous propose un forfait. Peut-on lui faire confiance ?
Lui, qui semble avoir une réputation, file dans sa Jaguar avec assurance. La certitude d'avoir trouvé des clients pour longtemps, la justice même sans être rendue prend des années. Ce n'est que le début d’un nouveau dossier.
Je n’assiste pas à la seconde réunion de copropriétaires, ma présence ne change rien, sur le chantier le silence règne. Ma vie connaît un nouveau fâcheux contretemps.
Le creux de la vague s'annonce de nouveau, cela génère des doutes et de la lassitude.
Pour d’autres aussi, la vie se met entre parenthèse. Adda m’appelle un week-end, elle prend de mes nouvelles. Je lui raconte mes histoires d'appartement. Partager mes soucis l’incite à la confidence. Elle m’apprend que son mari souffre d’une maladie, il doit suivre des traitements lourds de chimiothérapie. Je suis désolée pour elle. Les phases de dépression font maintenant partie de son quotidien, les hauts et les bas de la maladie rythment leur vie.
Elle ose me confier que sa plus grande tristesse est de ne pas avoir d’enfant, ses espoirs semblent anéantis.
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Commento (1)
Alexandre Leforestier 15 ore fa
Action ? C’est le chapitre 1 ))