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Travelling
Fiction
Romance
calendar Pubblicato 4 ago 2026
calendar Aggiornato 4 ago 2026
time min

Travelling

Sur mon passeport, les tampons officiels remplissent les petites pages l’une après l’autre.

Les voyages s’enchaînent, chaque nouvelle destination augmente notre autonomie, les circuits organisés finissent par devenir contraignants, ils ne nous conduisent pas forcément dans les lieux que nous souhaiterions découvrir et nous imposent des visites.

Nous allons changer de formule.


Pour ce nouveau printemps, le soleil de Méditerranée nous met d’accord Sidonie et moi, ce sera Chypre.

L'île d'Aphrodite, au bout de la Méditerranée. Petite île qui semble s'être échappée pour profiter de sa liberté entre la Turquie et l'Égypte. Pourtant, la ligne verte qui la coupe en deux maintient une zone turque, les conflits historiques ne sont pas résolus.

L'eau bleue de la Méditerranée est comme un écrin autour de ses côtes, les Dieux grecs sont venus jusque-ici.

Cette fois, nous voyageons au rythme d’un auto-tour, nous avons loué une Ka rouge, nos étapes sont définies. La conduite à gauche nous déstabilise, surtout dans les premiers ronds-points, cela nous amuse et nous stresse en même temps, heureusement la circulation est paisible.

Nous changeons d'hôtel chaque jour, notre circuit fait le tour de l'île, en respectant la frontière.

De Limassol à Larnaca, en passant par Pyla, puis de Nicosie à Paphos, notre balade chypriote nous fait découvrir la richesse de l'île.

Notre séjour commence dans un hôtel où l'animateur italien essaie de nous proposer des activités sérieuses, nous sommes peu nombreux et nous rions de son accent, le même que celui de l'acteur du film italien "La vie est belle". Il n'arrive pas à avoir un public sérieux, chacun se reprend et pour lui faire plaisir nous acceptons ses défis.


Dès notre départ de l'hôtel, la carte manque de précision ; heureusement, de sympathiques Chypriotes nous aident à trouver notre chemin. Ils parlent français, la plupart d'entre eux part étudier à l'étranger avant de revenir vivre sur l'île. Les spécialités méditerranéennes composent nos repas, la moussaka locale remporte tous les suffrages. L'ouzo se boit pour découvrir l'alcool local, nous n'apprécions pas vraiment son goût anisé qui nous provoque des grimaces en l'avalant.


Nous rejoignons Nicosie, la frontière sépare la ville, elle est composée d'un mur surélevé de fil barbelé ; avec les militaires au poste de contrôle, elle offre un côté sévère et grave à la capitale. Nous poursuivons dans les montagnes au centre de l'île, nous parcourons tranquillement les Troodos. Le circuit est paisible, les gens calmes, nous voyageons en sécurité.

Les arbres des sommets ne sont pas encore recouverts de feuilles, les premières fleurs éclosent dans les champs. Nous redescendons vers la mer. Dans les villages, nous croisons des popes près de leurs églises orthodoxes, ils sont intimidants. Nous nous baladons au milieu des ruelles blanches où l'on croise plus de chats que d'habitants.

Ce soir, nous mangeons à Paphos ; le long de la mer, nous passons vers le fort où le ciel se pare de jaune et de rose pour un magnifique coucher de soleil.

Partir en avril ne nous permet pas de nous baigner, l'eau est trop fraîche.

Nous terminons vers Petra tou Romiou où le rocher d'Aphrodite se trouve vers une jolie plage. Le sable clair et le bleu et vert de l’eau rendent l’endroit idyllique, une déesse peut naître ici.

Mon site préféré est le théâtre antique de Kouros : ouvert sur la mer, il invite à l'imagination, le cadre est sublime.

Ce voyage hors saison permet de profiter du calme et des visites solitaires, trop peut-être ?


Après le rythme trépidant des voyages organisés puis les découvertes plus locales en logeant chez l’habitant, nous venons de profiter d'un voyage individuel. Quelle chance d'expérimenter ces différentes manières de voyager, dans des pays riches d'histoire, de géographie, avec des cultures variées.

Je découvre les différentes facettes du monde.


Parfois, nos destinations ne sont pas celles que l’on souhaite au départ. Ainsi, pour nos vacances du mois d’août, nous partons à trois, avec Sonia, une copine de Sidonie. Visiter l’île de Madère fait l’unanimité.

Malheureusement, les vols sont complets aux dates choisies, après la déception il faut trouver une autre destination. Finalement, nous nous mettons d'accord pour un circuit en 4x4 au Maroc.

L'oiseau de métal de l'aéroport Lyon Saint-Exupéry est encore une fois le symbole de notre envol vers de nouvelles découvertes.

Comme des oiseaux migrateurs, nous prenons la direction de l'Afrique.

Au départ du circuit, il faut constituer des groupes et se répartir dans les 4x4. Nous sommes cinq filles avec le chauffeur : que des gazelles !

L'une d’entre elles a des origines marocaines, ses yeux bleus tranchent sur sa peau mate. Elle vient à la rencontre de son pays d’origine méconnu.

Nous prenons la direction de Ouarzazate, nous passons le col de Tizi N'Tichka, des kilomètres de désert de cailloux s'enchaînent avant de découvrir les premières oasis au milieu des plaines désertiques.

Notre premier repas a lieu sous une tente, les tapis épais nous mettent à l'abri de la chaleur.

Après les kilomètres de piste et une nuit à l'hôtel, nous visitons un marché de fruits et légumes avant de poursuivre notre route par la vallée du Dadès.

À chaque pause, nous recherchons l'ombre des 4x4, la chaleur plombe l'atmosphère, après les gorges de la Todgha, nous arrivons aux portes du désert, nous dormirons cette fois à la mode berbère. Nos tentes nous attendent, le dépaysement est total, le désert de sable et les dunes nous entourent.

Au coucher du soleil, nos accompagnateurs écrivent nos prénoms en arabe dans le sable. Il fait encore chaud malgré le soleil qui baisse à l'horizon. Nos lits de camp sont sortis des tentes, nous dormirons à la belle étoile. La nuit est douce, un peu d'air nous permet de passer une nuit agréable.

Avant le lever du jour, nous montons sur les dunes de Merzouga assister au lever du soleil. Sidonie et Sonia choisissent la balade en dromadaire. Je ne suis pas tentée de m’approcher de ce curieux animal dont la démarche ne me semble pas adaptée pour porter les hommes.


J’ai une pensée pour les oncles de ma mère qui ont fait la guerre d'Algérie, ils connaissaient de nombreux lieux et mots marocains qui les faisaient rire : "Aller à Tataouine" était une de leurs expressions favorites. Ils ne racontaient pas la guerre, mais les souvenirs d’anecdotes entre camarades ne manquaient pas.

Ces oncles paysans, traversant la Méditerranée pour se retrouver dans le désert, sous la chaleur, à manger "leur tambouille" en temps de guerre. Quel décalage !

Francisque avait été cuisinier, il continuait de faire la cuisine à la maison. Il servait le "kawa" à ma mère qui était capable de comprendre des mots d'arabe grâce à son voisin surnommé Tatane à cause de ses chaussures.

Ils étaient revenus de la guerre sans séquelles apparentes. Pourtant, cette immersion avait dû être stressante. J'imagine aussi l'attente et l'inquiétude de leurs parents qui avaient vécu les autres guerres, obligés de les voir partir si loin en Afrique.

En voyageant au Maroc, en croisant des pancartes portant les noms de villes qu'ils citaient, j'ai l'impression d'être sur leurs traces inexistantes. Il ne reste rien, balayé par le vent, leur histoire s’est envolée.

Celle-ci n’est plus que dans la mémoire des hommes, douloureuse, alors qu’eux ne m’ont parlé que de lieux et de coutumes, sans haine.


Encore des kilomètres de pistes, les pauses deviennent des lieux de recherche de fossiles au milieu des cailloux. Il y en a des milliers, sur des jolies pierres noires ou grises, preuves du passage d'insectes ancestraux.

Nous nous arrêtons dans des lieux aménagés pour manger ; très agréables, ils semblent perdus au milieu du désert dans des sites improbables, tenus secrets. Nous nous régalons des salades de légumes, des tajines parfumées. En France, je ne suis pas adepte de la cuisine marocaine, ici tout est délicieux. Je me délecte de tous les plats en restant prudente, certains voyageurs ont des maux de ventre.


Au détour d'une route, qui semble bien loin d’un village, surgissent un berger au milieu de ses chèvres, un enfant sur un âne, des femmes avec des barils qu'elles viennent remplir à la rivière. Ils nous regardent passer avec curiosité.

Après le désert, nous retrouvons les commerces. Des tapis, des baumes et des huiles miraculeuses, les hommes sont agressifs si nous n’achetons rien. Ils nous déroulent des tapis dans tous les sens, de toutes les couleurs, mais un tapis c'est lourd et impossible à rapporter. L'addition n'est pas juste, ils font vite, le guide nous presse, dommage, le sourire feint devant les touristes que l'on arnaque n'encourage pas à revenir.


Notre séjour se termine à Marrakech, la ville lumineuse nous enchante. Les marchés aux épices, la visite du jardin Majorelle avec son bleu puissant. Le palais de la Bahia nous laisse deviner l'ambiance des lieux de vie de probables princesses prisonnières.

La pierre de marbre rouge se marie avec le bois et les sculptures fines taillées dans le stuc, les lieux ressemblent à de belles cages dorées.

La ville grouille. La place Jemaa El Fna bouillonne, l'ambiance est joyeuse, il est dix-sept heures, des mouvements agitent la place, les marchands et les artistes arrivent, s'installent.

Les oranges forment des montagnes sur les étals, les charmeurs de serpent, les équilibristes prennent place, le spectacle va commencer....


À dix-huit heures tout est prêt, l’effervescence de la place crée une ébullition artistique joyeuse.

Les diseuses de bonne aventure sont là avec leurs foulards ornés de pièces d'or brillantes.

Je m'assois sur un minuscule tabouret en face de l'une d'elles, elle prend ma main et interprète les lignes. Elle parle en les suivant avec son doigt, tout ça dans un dialecte incompréhensible, elle veut sa pièce et je n'ai rien compris. Je ris de cette incompréhension.

Une autre s'installe, elle est accompagnée de sa fille qui fait la traduction. Tout est bon pour soutirer de l’argent aux touristes. Sa prédiction est favorable :

"Tu reviendras au Maroc et tu seras mariée."

Des tatouages au henné, maintenant des fleurs couvrent nos mains et nos bras, le maquillage local est prêt pour la fête berbère.

Après notre circuit dans le désert, nous voilà revenues au tourisme de masse.

Pour notre soirée nous sommes entrainées dans un tourbillon, tout est orchestré, le repas avant la Fantasia puis les chevaux qui galopent à vive allure. Dans la poussière de la nuit, les tirs des fusils résonnent. La nuit claire et étoilée se pare de la brume des canons qui ont retentis, aux cris et au vacarme succèdent le silence. C’est rapide et surprenant.


C’est le dernier jour, nous traversons le quartier des tanneurs, avec une feuille de menthe sous le nez pour atténuer l’odeur si forte. Les peaux enroulées traversent les rues sur des charrettes tirées par des chevaux. Certaines peaux sont teintées sur place, dans de grands bacs en béton que les hommes brassent avec des bâtons.

Nous terminons dans le souk, à la recherche des derniers souvenirs à rapporter. Je m’achète une tenue noire et dorée avec les babouches assorties, une tenue de princesse des mille et une nuits. Pour un joli coffret en marqueterie, il faut négocier, notre séjour nous rend un peu plus à l’aise avec ce mode de commerce mais nous ne sommes pas très fortes.

Nous nous offrons un dernier tour de la ville en calèche, le guide nous conduit vers les portes de la ville puis nous nous arrêtons vers une immense pâtisserie de spécialités marocaines. Nous en achetons pour manger sur place et le vendeur nous confectionne des petits paquets à rapporter en France. Rien ne sera jamais aussi bon que mangé sur place dans l'ambiance et la chaleur de la ville.

Un dernier arrêt pour passer dans le hall du célèbre hôtel de la Mamounia pour observer le luxe de l’établissement, avant de rejoindre le nôtre et récupérer nos bagages.

Pour une fois, je rentre seule, Sidonie et Sonia ont une semaine de vacances supplémentaire. Elles poursuivent leur séjour par une semaine en bord de mer à Essaouira.

Le retour est rapide, le vol ne dure que deux heures, quel dépaysement juste de l’autre côté de la méditerranée !

Le Maroc est finalement si près de chez nous.

Ma tête est encore pleine des images de Marrakech, vite, vite, je porte mes pellicules pour le développement, j’ai tellement envie de partager mes photos avec ma famille.


La fin de l'année approche, c'est le mois de novembre, j’ai des jours de travail à récupérer, suffisamment pour quinze jours de vacances supplémentaires.

Personne n'est disponible pour partir avec moi. Après toutes ces expériences de voyage variées et réussies, j'ose partir seule.

Je choisis un centre de vacances dans les îles de Guadeloupe où je pourrai m'initier à la plongée et au catamaran.

Destination l'île des Saintes, au milieu des Caraïbes. Un site idyllique avec de jolies maisonnettes au bord de l'eau.

Je partage la mienne avec deux autres filles, une Suissesse au style reggae et une fille à l'accent chantant du sud, Calypso.

Rapidement, la conversation est facile avec Calypso. Notre colocataire brillera bientôt par son absence, toujours à faire la fête dans des endroits discrets de l'île.

Notre maisonnette est mitoyenne, en visitant les alentours nous rencontrons rapidement nos voisins, trois jeunes hommes sympathiques et engageants.

Chacun est inscrit dans un groupe différent selon les activités choisies. Calypso ne fait aucune activité.

Chaque soir, nous nous retrouvons avant le coucher du soleil, chacun prend son vélo pour rejoindre le bourg et siroter un mai tai, un ti-punch ou un cocktail avec les accras maisons, en bord de mer.

L'ambiance est festive, les blagues fusent et la bonne humeur règne. C'est l'occasion de partager nos exploits de la journée, tout se termine en anecdotes, transformées et arrangées par chacun. Le retour est parfois difficile, ceux qui ont trop bu finissent par abandonner leur vélo sur le bord du chemin. L’accident est probable si on ne roule pas droit dans la nuit sombre, les bordures de route prévues pour l’évacuation de l’eau sont profondes de plusieurs dizaines de centimètres et la route n’est pas éclairée.


Lors de cette première semaine de vacances, je m’initie au catamaran. Le vent doux et régulier est propice à l'apprentissage de la navigation, nous faisons des allers retours jusqu'aux ilets voisins, avec un vent clément.

Glisser sur l'eau sous le vent des alizés est un régal, l'expression "voler sur l'eau" prend tout son sens. Je me transforme en oiseau des mers lorsque le catamaran s’incline avec la vitesse régulière donnée par le vent.


Dès la fin de la journée, Calypso très bavarde, m'inonde d'informations sur ses observations du jour. Elle sort d'une terrible déception amoureuse, ses propos permanents sur son ex-copain ne laissent planer aucun doute sur son attachement encore réel. Ici les "tourments d’amour" se mangent en gâteau, c’est tellement plus facile à digérer.

Tel un détective privé, elle observe tout, attitude, tenue, aller-retour, rien ne lui échappe, son ex-copain était policier, elle identifie chaque indice : les semelles des chaussures, la manière de se déplacer discrètement, les voies basses, les comportements. Une espionne en vacances.

Nos deux voisins qui travaillent dans la police, sont vite démasqués. Sont-ils là sous couverture ? En tout cas, Calypso en est persuadée, ils cherchent des pistes sur les trafiquants de drogue.

Ils ne viennent pas de la même région, ils ne cachent pas leur appartenance au corps de la police nationale, mais en dehors de ça, ils se comportent comme de jeunes vacanciers.

"21, Jump Street" aux Caraïbes, c'est tellement grisant. Calypso est intarissable et échafaude plusieurs hypothèses qu’elle cherche à vérifier.


Lors de ma seconde semaine de congés, je passe mon niveau un de plongée. Adorant nager, faire ce stage me motive beaucoup.

Il faut se préparer, enfiler les tenues en néoprène et le masque, vérifier la bouteille et le détendeur, chausser les palmes.

Plonger avec une bouteille ne me donne plus du tout la même sensation de liberté, notre respiration est mesurée, le langage codifié avec les mains.

Le cadre est joli, mais les coraux sont abîmés par les dernières tempêtes passées.

Finalement, je préfère glisser sur l'eau que nager harnachée sous l'eau.

Le silence de la mer me semble tout à coup très pesant, vraisemblablement la communication gestuelle ne me suffit pas. Heureusement, les poissons colorés égayent les fonds marins avec leur danse silencieuse au milieu des algues et des coraux restants.

Nos journées sans activité permettent des balades à vélo à la découverte de l'île.

Des montées et des descentes abruptes pour rejoindre Terre de haut jusqu'à la Anse Rodrigue. "Rodrigue, as-tu du cœur ?" est prononcé de nombreuses fois pour se donner du courage.

Les soirées musicales, les repas en plein air, la bonne humeur, je passe d'excellentes vacances. La dernière soirée s'achève par une balade romantique au bord de la plage et quelques baisers échangés sous les étoiles de Guadeloupe. La police a son charme et son parfum est envoutant. Ses fragrances embaument mon cœur pour la soirée.


Notre colocataire invisible au cours du séjour, nous rejoint pour récupérer ses bagages, apparemment sa consommation d'herbes locales a été joyeuse. La police n'a pas fait preuve d'une grande efficacité.

Le départ pour l'aéroport se fait en bateau puis en bus, nous nous regroupons par affinités cette fois, en échangeant nos adresses.

Je fais le trajet jusqu'à Paris sous bonne escorte, malgré un numéro de téléphone échangé je n'aurai plus de nouvelles.

Avec Calypso nous promettons de nous revoir. C'est son premier séjour en célibataire, mais sûrement pas le dernier.

L’amour reviendra sûrement…


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