Tourner la page
Cette nouvelle est inspiré par la contrainte d'un jeu littéraire : le #PanodysseySpark. Elle est construite autour d'une phrase imposée qui doit également apparaître dans le texte.
Désormais, le temps s’était arrêté, non pas parce que l’horloge était brisée, mais parce que quelqu’un avait oublié de tourner la page du jour.

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Le chronos
Dans le laboratoire souterrain d’Axel Bagrid, l’atmosphère était maintenu sous contrôle. La température et l’humidité devaient absolument rester constantes. La seule variation permise était celle de l’air qui dégageait une odeur d’ozone et le musc des corps en sueur. Vêtu d’une blouse immaculée, le scientifique s’affairait autour d’une table d’examen où sa muse, Julie Lorentet, était allongée. Son corps dénudé était parsemé de veines d’où pulsait encore des restes de fluide temporel. Axel commençait à retirer les électrodes cérébrales tout en vérifiant les différents cadrans de la console quand Julie tourna le regard vers lui.
— Encore, souffla-t-elle.
Ses yeux étaient humides d’une extase qui dépassait la simple jouissance. Elle voulait ressentir de nouveau cette éternité dans chacun de ses nerfs et figer son prochain orgasme jusqu’à ce qu’il devienne une extase interminable.
Axel, lui aussi restait sous l’emprise de cette dernière expérience. Il acquiesça avec un sourire d’approbation. Dans son pantalon, son membre était encore dur et ses contractions résiduelles lui criaient l’envie de replonger dans cette sensation que seule son invention permettait : ressentir l’extase de l’autre. Alors, il reconnecta Julie au Chronos, sa machine conçue pour grignoter le fil du temps jusqu’à l’instant choisi, puis connecta son propre système nerveux.
Juste avant d’injecter à Julie une nouvelle dose de son composé, il déposa un baiser sur ses lèvres puis appuya sur le piston de la seringue. Aussitôt, les premiers bourdonnements du Chronos se déversèrent dans les silences du laboratoire. Les mamelons de Julie se dressèrent et devinrent aussi durs que deux perles de marbre rose. Puis, une goutte de sueur qui roulait un instant auparavant sur sa tempe, resta suspendue à une micro-pilosité. Alors, les battements des cœurs des amants cessèrent, non par des arrêts cardiaques, mais parce que la seconde suivante refusait d’arriver.
Pourtant, ni le regard de Julie ni celui d’Axel n’exprimait le plaisir à venir. Au contraire, dans les yeux figés du scientifique une terreur criait en silence. Elle hurlait toute la souffrance de la compréhension trop tardive. Le couple n’avait pas atteint l’extase perpétuelle, il venait de pénétrer dans une prison d’inexistence, tandis que minuit refusait de venir. Sur un des cadrans de la console, les aiguilles restaient immobiles dans leur frénésie interrompue. Le Chronos avait besoin d’arracher des morceaux du présent tout en conservant un futur à grignoter, mais dans leur désir érotique, Julie et Axel avaient voulu posséder l’instant en entier et le garder intact, sans le laisser mourir. L’excès de flux temporel dans les veines de Julie fut alors l’excès de trop. Désormais, le temps s’était arrêté, non pas parce que l’horloge était brisée, mais parce que quelqu’un avait oublié de tourner la page du jour.
Autour des deux amants, les ombres cherchaient quelqu’un ou quelque chose à quoi se raccrocher. Pour Julie et Axel le temps se délitait de ne plus être. L’horreur les enserrait dans une conscience d’immobilité forcée. Le scientifique voyait le flux temporel qui refusait de circuler dans les veines de Julie. Il voulut hurler, mais sa voix restait coincée dans la seconde précédente. Julie et lui existaient toujours, mais ils restaient prisonniers d’un désir qui n’existait plus et qui pourtant refusait de finir. Au cœur du souterrain secret caché dans la foret de Gascq, le Chronos attendait qu’on accepte de laisser mourir ce moment pour que le monde puisse à nouveau respirer.
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Comentario (1)
Harold Cath hace 5 horas
J'ai adoré ce jeu sur le fil du temps... Il y a juste une chose qui me turlupine avec le mec, est-ce que son...<== commentaire bloqué dans cette foutue seconde... 😉