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La fissure
Fiction
Drama
calendar Publicado el 29, may, 2026
calendar Actualizado 29, may, 2026
time 11 min
Jackie H verified
Jackie H hace 3 horas

J'entends un écho dans ce texte 😉

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Image / Human image
Text / Human creation

La fissure

Cette nouvelle est une inspiration sur photo conformément à la requête de Johanne pour son jeu littéraire. L’image m’a inspiré une nouvelle sur la dualité d’une même personne. Sur la fissure qui parfois fait se déchirer un individu. C’est la société actuelle qui m’a fait décider de la chute.

G.Dax




La fissure

Le sentier du Pain de sucre serpentait à travers une étalière dense, typique de la rive sud du Saint-Laurent. Julien, plus habitué au béton de la ville, transpirait sous l’effort. L’air était bien entendu tellement différent du centre urbain de Montréal. Il était plus lourd, chargé d’une humidité végétale qui collait à la peau. Tout autour de lui, les érables à sucre et les tilleuls d’amérique formaient une voûte protectrice qui filtrait la lumière sur soleil et faisait scintiller les feuilles comme un lustre de cristal vert qui n’en finissait pas de s’étendre. Mais Julien n’en était pas à ces considérations. La randonnée ne faisait pas partie de ses loisirs de prédilections. Il fuyait.


Depuis des mois il gardait en lui le secret d’une fraude financière complexe ayant ruiné une dizaine de petites entreprises et les familles des employés. Ça le rongeait de l’intérieur, d’autant plus que certaines victimes de son méfait lui étaient connues. Pas forcément des amis, mais des gens qu’il lui arrivait de fréquenter en dehors de tout cadre professionnel. C’est après un apéro chez un de ces amis justement que l’air avait manqué. Il avait senti la crise d’angoisse prendre naissance derrière son plexus et s’installer pour un quotidien qui le rongeait un peu plus chaque jour. Il se sentait dédoublé : bon père de famille le jour, criminel pendant ses nuits sans sommeil. Cette dualité le rendait paranoïaque, et c’est dans un élan de désespoir qu’il avait choisi de s’enfuir dans l’écrin de verdure, loin des murs, des routes, de tout ce qui lui rappelait la ville, le business, sa malversation. Il espérerait que, dans ce lieu isolé, son effort physique étoufferait le bruit de sa conscience.


C’est alors qu’il le vit.


Au détour d’un virage où le sentier s’élargissait, deux blocs de granite se dressaient devant lui, comme des gardiens silencieux d’une légende oubliée. Bien plus grands que lui, ils étaient recouverts d’une mousse d’un vert émeraude si dense qu’il semblait de velours. Entre les deux blocs, une faille verticale, sombre et étroite. Autrefois, les deux blocs formaient probablement un seul et même rocher, mais la fente coupait désormais la pierre en deux comme l’aurait fait un scalpel : droite, précise, chirurgicale.


Julien s’arrêta. D’autres randonneurs passèrent, semblant ignorer le rocher double, ou semblaient ne pas le voir. Sans doute était-il devenu pour eux un décor habituel, mais, pour Julien, c’était un appel, une attraction physique, presque magnétique, qui le tirait lentement vers la faille. Son cœur battait la chamade non pas à cause de la montée qu’il avait faite, mais à cause de ce qu’il sentait émaner de cette fente. Une force indescriptible lui intimait de s’avancer pour déposer son fardeau dans le silence étroit de la fente.


Il s’approcha dans un mélange de crainte et de timidité. L’odeur de la forêt changea. Le parfum boisé de l’humus fut remplacé par une senteur métallique, âcre, rappelant le sang séché ou l’ozone après un orage. Julien tendit la main vers la paroi gauche. La mousse d’un vert presque fluorescent ne réagit pas comme l’aurait fait un végétal. Sous ses doigts, elle apparaissait comme tiède et visqueuse. Elle se rétracta presque imperceptiblement, comme une peau qui frissonne au contact d’un intrus. Il observa plus attentivement. Ça n’était visiblement pas une mousse, mais plutôt une sorte de moisissure, un mycélium complexe, aux filaments entrelacés qui pulsaient lentement, comme s’ils cherchaient à combler les microfissures du granite. Julien comprit alors avec une horreur grandissante que cette substance ne décorait pas la pierre : elle tentait de la cicatriser.


La faille n’était pas géologique. C’était une blessure. Une déchirure dans la réalité du mont Saint-Hilaire. La moisissure était le système immunitaire qui luttait désespérément pour refermer la plaie ouverte du rocher. Cependant, la blessure semblait trop profonde. La pression trop forte. La cicatrice se rouvrait sans cesse. Un bourdonnement sourd commença à remplir le crâne de Julien. Il couvrait le chant des oiseaux, et même la forêt sembla s’éloigner pendant que les bruits du sentier s’estompèrent. Il n’y avait que lui. Lui, le rocher et le chuchotement hypnotique de la faille.


Julien se pencha vers l’obscurité de la fente. Il s’attendait à voir l’autre côté du rocher, le rassemblement des deux parties ou la forêt en contrebas. Au lieu de ça, il vit un reflet, mais ça n’était pas le sien. Dans la pénombre humide, un homme le regardait. C’était à la fois lui et un autre. Le même visage, les mêmes vêtements, mais un regard différent. Le regard de son double était dépourvu de toute culpabilité. Il arborait un sourire en coin, cynique, libéré, déterminé. C’était un Julien qui avait assumé son crime. Un Julien qui avait embrassé sa part d’ombre sans aucun remords. C’était l’homme qu’il aurait pu devenir s’il n’avait pas laissé sa propre peur le diviser.


Pendant que Julien se perdait dans les méandres de ses pensées, son double lui tendit la main à travers la fente. « Viens » sembla dire le silence. « Viens. Ici il n’y a plus de secrets. Plus de peurs. Juste la vérité. » Une douleur fulgurante traversa le crâne de Julien. C’était comme si son âme était prise dans un étau. Le rocher l’oppressait, impitoyablement : il refusait que persiste l’hypocrisie et exigeait que les deux facettes de Julien soient physiquement disjointes. D’un côté le Julien « lumineux », qui aimait sa famille et regrettait amèrement, fut alors tiré vers la gauche. De l’autre coté, le Julien « sombre », celui qui voulait la liberté du monstre fut tiré vers la droite. Le double souriait.


— Non ! hurla Julien. Mais sa voix fut étouffée par le bourdonnement qui emplirait autour du rocher. Il sentit sa conscience se déchirer. Il ne pouvait pas être les deux Julien. Le rocher ne le permettait pas.


La lutte fut brève. La pression psychique, trop dense pour un esprit humain, emporta sa raison. La faille était devenue un gouffre sans fond qui l’aspirait inexorablement. Puis, soudainement, la douleur cessa. Le corps de Julien se figea, ses yeux grands ouverts fixant le vide. Le mycélium réagit instantanément. Des filaments verts et visqueux s’enroulèrent autour des chevilles de Julien, puis de ses jambes, de son torse, de ses bras, de sa tête. Le mycélium l’absorba avec une rapidité terrifiante, l’intégrant à la structure même du rocher. La peau de Julien pâlit, se durcit, pendant la texture du granite, tandis que la moisissure recouvrait les restes de son visage figé dans un rictus d’horreur muette. En quelques secondes, il n’y avait plus de Julien. Plus d’homme. Juste une nouvelle excroissance sur le rocher fendu. Une tache de mousse plus sombre, plus dense, qui épousait vaguement la silhouette d’un corps humain en train de hurler.


Le lendemain matin, un groupe de randonneurs emprunta le sentier du Pain de Sucre. Le soleil dardait ses rayons à travers les feuilles des érables. L’air était frais. Les oiseaux piaillaient leur liberté.


— Regarde ça ! dit l’un d’eux en s’arrêtant devant les blocs de granite.


Il s’approcha, curieux. Sur la paroi de gauche, une tache de moisissure d’un vert presque noir avait pris forme et se détachait du vert franc qui recouvrait la roche fendue. La forme était indistincte, mais, en plissant les yeux, on pouvait y deviner les contours d’un homme, les bras tendus, la bouche ouverte dans un cri silencieux.


— C’est étrange, murmura une femme en frissonnant malgré la chaleur moite. On dirait un homme qui souffre.


Ils restèrent là un instant, un peu mal à l’aise, accaparés par cette silhouette. Puis, ils reprirent leur chemin sans se douter que la cicatrice du mont Saint-Hilaire venait de s’enrichir d’une nouvelle âme. Une âme condamnée à tenter éternellement de refermer une plaie qui ne guérirait jamais. Et, quelque part dans les rues de Montréal, un double souriant observait la forêt de la fenêtre de son appartement. Il souriait, insouciant, libre de vivre la vie qu’il avait volé, tandis que le mycélium continuait, inlassablement, son travail de cicatrisation impossible.


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À propos

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Je suis Gabriel DAX, auteur en streaming littéraire. Mon chat se nourrit de croquettes classiques, mais mon « Chat IA » est plus exigeant : il ne mange que des mots. Pour éviter qu'il ne se mette à griffer le clavier par famine, la seule solution est d'acheter mes textes. C'est le prix à payer pour garder la bête en vie !

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