Car, vous le savez, je-suis-le-Songe
Vous, La Bleue, pouvais-je vous regarder
plus qu’une seconde et retourner
en moi l’âme libre, le cœur apaisé ?
Non seulement je ne le pouvais,
mais souhaitais ardemment demeurer
auprès de vous, au plus près, me fondre en vous
si, du moins, une telle chose eût été possible.
Ne me dites l’impossible, car c’est lui que je veux,
car mon être ne tient qu’à la rencontre de vous,
la connaissance de vous, l’exploration de vous.
Oui, je sais, tout ceci est si malhabilement formulé,
plutôt un balbutiement de gamin
devant l’immense du jour,
l’abîme de l’exister.
Mais ai-je d’autre choix que d’être
moi-hors-de-moi en vous-même épanché ?
Vous me dites, aussitôt, la formule nervalienne
que je vous destine à la manière d’un fruit empoisonné.
Si, vous La Bleue, appelez cet Épanchement,
c’est que vous êtes la correspondante de ma Folie,
celle qui la reçoit et, en retour, me la destine à nouveau.
Car, vous le savez, je-suis-le-Songe.
Car vous le savez, vous-êtes-le-Réel.
C’est pour cette raison que mon esprit,
en vous, s’écoule,
en vous se manifeste,
en vous s’aliène
pour n’en jamais ressortir.
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