Sous l'écorce d'un Géant.
"On raconte qu’autrefois, dans les falaises de craie près de Corbie - dans la Somme - vivait un géant solitaire.
Immense comme un sapin, vêtu d’écorce et de feuilles, sa voix faisait trembler la roche. Quand il lui arrivait de gronder, la pierre se fendait, les nappes et les roseaux frémissaient.
À sa ceinture pendait une grande corne d’ivoire capable d’exaucer les souhaits.
Voyant que les hommes se déchiraient sans cesse, il fit le vœu que la région ne soit peuplée que d’enfants, pensant qu’ils seraient épargnés par les maux des adultes.
Il souffla dans sa corne, et des enfants apparurent, doux et joyeux.
Mais en grandissant, ils perdirent leur innocence. La violence revint, et le géant, impuissant, se mit à pleurer.
On dit que ses larmes creusèrent la terre jusqu’à la Somme, formant des rivières.
Un jour, alors qu’il dormait, des enfants tentèrent de lui voler sa précieuse corne. Comme ils n’y arrivaient pas, ils y percèrent un trou. Un vent furieux s’en échappa, soulevant sable et poussière, obscurcissant le ciel.
Le géant ne se réveilla plus.
La légende raconte que sa corne est silencieuse depuis… mais que les tempêtes sont encore annoncées par les corneilles noires perchées sur les tours de Saint‑Pierre."

Ceci est un résumé de ce qui est écrit sur la pancarte au pied du Géant de Corbie, une sculpture façonnée par les mains de l’artiste Marlaine Morin.
Pour celles et ceux qui me lisent, vous vous doutez bien que si j’ai choisi de poser ces mots dans l’Uppercut du Miroir, ce n’est pas sans raison.
C’est sur ce géant que mes yeux se sont posés il y a quelques années déjà.
C’est lui qui m’a ouvert la voie de cette forêt pour laquelle mon cœur a flanché.
À l’époque, il était bien moins abîmé que ce que l’on peut voir aujourd’hui.
Il me vient à penser qu’il est à l’image de notre société.
Que sa légende en est le reflet.
Rongé par un mal qui s’est installé sous l’écorce de ce géant.
Et c’est pour cette raison que je tenais à vous parler de lui, à vous partager son histoire.
Je pourrais même aller plus loin, dans un regard à une échelle individuelle.
À mes yeux, il est aussi l’exemple de ce qui ne peut être lissé, comme un être que la vie et le temps - celui qui passe, le beau et le mauvais - ont marqué, et ce, peu importe les chemins empruntés par chacun, qu'aucun artifice ne pourrait masquer.
@lapilafolie — Texte et Photographie
Note de l’autrice : La légende du Géant de Corbie est issue du panneau installé au pied de la sculpture de Marlaine Morin. Quant aux mots et aux images qui l’accompagnent ici, ils sont les miens. Même si je reconnais que mes photos sont loin d’être parfaites, il me tient à cœur de les réaliser moi‑même, de capturer les objets, les instants, là où l’IA ne peut porter son regard comme un être humain le ferait.
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Kommentar (2)
Pascaln vor 45 Minuten
Merci en grand pour ce joli partage en 2 temps finalement.
Tout d'abord la découverte de cette légende que je ne connaissais pas. Mais maintenant je l'adore avec ce côté magique façon "Brocéliande".
Et puis encore plus la sensibilité toute en transparence qui émane de votre texte personnel qui accompagne ce très touchant ensemble.
Merci pour ce moment
Line Marsan vor einer Stunde
Une mélancolie profonde et porteuse de sens se dégage de ce texte. 🫶
Lapil'à'folie vor einer Stunde
Merci pour vos mots. Si cette mélancolie porte du sens pour vous, alors cet écrit a trouvé sa place.