HPI expliqué pour les non-HPI
INTRO :
Les HPI envahissent notre quotidien, livres, films, séries télé, reportages, et réseaux sociaux, ils sont partout. Et rapidement deux récits opposés s’imposent. Pour les uns, c'est presque une malédiction : hypersensible, incompris, anxieux, condamné à souffrir. Pour les autres, c'est la promesse d'un destin exceptionnel, d'un génie qui sommeille et transforme en succès tout ce qu’il touche du doigt.
Hum… moi je me demande si la réalité ne serait pas beaucoup moins spectaculaire... mais tellement plus intéressante. On explore ça tout de suite dans le premier épisode d’HuM6cho.
SUJET :
Je vais commencer par une déclaration officielle : « Je ne suis pas HPI ». Non, parce que y en a qui vont être confus, donc je préfère que se soit clair tout de suite : Pas HPI ! Et normalement, les HPI devraient comprendre pourquoi dans cette vidéo d’ailleurs.
Dans les années 1970 à 1990, on les appelait « surdoués ». Et à l’époque le terme désignait les enfants ayant un quotient intellectuel très élevé (≥ 130).
Le problème de cette appellation c’est qu’elle suggérait naturellement :
- un don exceptionnel ;
- une supériorité globale ;
- une facilité dans tous les domaines.
Or, ce n'est pas ce que mesure un test de QI. Celui-ci évalue certaines capacités cognitives, mais pas le talent artistique, la créativité, l'intelligence émotionnelle ou la réussite dans la vie. Étant moi-même né en 1970, j’en profite pour préciser que je ne suis pas plus surdoués qu’HPI.
Le terme HPI (haut potentiel intellectuel) s'est progressivement imposé, notamment en France, sous l'impulsion de psychologues, neuropsychologues et associations dans les années 2000.
L'idée était de proposer une expression :
- moins valorisante ;
- plus descriptive ;
- davantage centrée sur un fonctionnement cognitif que sur une supposée supériorité.
Le mot « potentiel » laisse entendre qu'une capacité existe, mais, sans préjuger de la manière dont elle s'exprimera dans la vie.
Comme les années 2000 arrivent avec leur lot de malaises sociaux, d’anxiété générale et de recherche de soi, le terme et les tests vont peu à peu envelopper aussi les adultes.
Au niveau des critères, c’est très simple : un dépistage de HPI se fait via un test standardisé de QI (Le WAIS-IV ou V quand il sera disponible) qui doit être administré par un psychométricien ou psychologue dument habilité. Et un score de 130 ou plus est nécessaire pour valider l’identification HPI.
Alors… Ça implique au moins deux choses :
1.Si vous faites un test de QI sur Internet, aussi fiable soit-il… Ça compte pas, il manque le professionnel pour valider, et le référentiel WAIS n’est pas respecté.
2.L’avantage d’avoir un humain à proximité, et pas juste remplir un QCM, c’est qu’il peut interpréter d’autres signaux faibles. Un score sous-estimé, une hétérogénéité importante entre les différentes phases de l’examen, ou une anxiété un peu paralysante qui vous aurait ralentit.
Alors, j’aime l’idée de cette présence humaine, mais dès qu’on introduit du subjectif… C’est difficile de valider objectivement, en même temps, n’étant pas moi-même HPI, je me fou pas mal de la fluctuation des critères d’admittance. Quoi qu’il en soit, ça explique en partie que HPI reste une étiquette, et au final une note de QI, plutôt qu’un diagnostic officiel.
Et le QI, comme je l’ai déjà dit ne mesure que des capacités cognitives, essentiellement il évalue plusieurs fonctions cognitives, notamment le raisonnement, la compréhension verbale, la mémoire de travail et, selon les épreuves, la vitesse de traitement. Ce qui n’a RIEN à voir avec une quelconque finalité.
Mais voyons ça sous un autre angle. Imaginez deux personnes qui vont faire un Paris-Marseille en voiture. Le HPI dispose d’un moteur de Ferrari, le « véhicule normatif » d’un moteur de Clio. À votre avis, qui arrivera le premier ?
Ceux qui ont dit « le HPI »… ne le sont clairement pas…
En fait… c’est pas si simple, avoir le moteur le plus puissant n’est pas suffisant… Si le HPI n’a pas le permis de conduire par exemple… Ça va être dur pour lui d’arriver le premier. Si rouler à 250km/h le fatigue tellement qu’il doit s’arrêter 1h toutes les 2h (ou accessoirement s’il se fait gauler par la police), pas mieux. Par contre, si le « normi » est pilote, ou s’il est simplement capable de faire 800 km d’une traite sans arrêt ? Bref… Même Lafontaine nous a appris il y longtemps que d’aller plus vite n’était pas toujours un gage d’arriver premier.
Retenez bien ça : « Un HPI est quelqu’un qui résout en moyenne plus efficacement certains problèmes cognitifs. » C’est une simplification, bien sûr, mais elle va être utile pour la suite.
Maintenant que vous savez à quoi correspond réellement le terme HPI, nous allons passer en revue les 10 plus grandes croyances populaires sur les HPI, qui, ne l’étant pas moi-même, ne me concerne pas plus que vous, mais sont néanmoins intéressantes à connaître.
1. « Les HPI sont tous hypersensibles »
Faux.
C'est probablement la croyance la plus répandue en France.
Les études ne montrent aucune relation systématique entre un QI élevé et une hypersensibilité émotionnelle. Le QE (Quotient Emotionnel) est un tout autre concept psychométrique (pas encore stabilisé d’ailleurs) et totalement décorrélé du QI.
Alors, certaines personnes HPI sont très sensibles, oui, mais ce n’est pas la norme. D'autres ne le sont pas du tout.
L'hypersensibilité est une caractéristique indépendante du QI, cette croyance est donc fausse, et prouve de plus que je ne suis pas HPI.
2. « Les HPI pensent tous différemment »
Faux.
Ils obtiennent de meilleurs résultats à certains tests cognitifs de vitesse et de logique notamment.
Cela ne signifie pas qu'ils possèdent un mode de pensée qualitativement différent.
Il existe une continuité avec le reste de la population, pas une rupture. Il ne se passe pas un truc à 130 de QI comme le passage du mur du son. Ça ne marche pas comme ça.
Et OUI, ça veut dire que la fameuse pensée arborescente, N’EST PAS un attribut spécifique aux HPI. Certains l’ont, d’autres pas, mais surtout : beaucoup de non HPI ont une pensée arborescente, comme moi par exemple, qui, je le répète : ne suis pas HPI. Qui plus est, le terme scientifique exact est la « pensée divergente » et il est lié aux recherches sur la créativité, pas l’intelligence…
Ce qui nous amène à :
3. « Les HPI sont plus créatifs »
Faux.
Un QI élevé aide jusqu'à un certain niveau. La rapidité peut multiplier les échanges d’idées par exemple, mais les idées peuvent être plus nombreuses sans pour autant être exploitables dans un schéma créatif.
Il n’y a aucune preuve solide qui corrèle créativité et intelligence, ou le fait que je puisse être HPI.
4. « Les HPI sont des génies »
Faux.
Le HPI décrit un haut potentiel cognitif, pas des réalisations.
La majorité des personnes ayant un QI >130 ne révolutionnera jamais les mathématiques, la musique ou la physique.
Le génie dépend aussi :
- de la personnalité,
- de la motivation,
- du travail,
- de l'environnement,
- de la santé,
- de la chance.
Le potentiel n'est ni le talent, ni la patience, ni la hargne. Mais suffit à affirmer que je ne suis pas HPI.
5. « Les HPI sont tous en échec scolaire »
Faux.
Cette idée vient d'un énorme biais, à savoir que les HPI en difficulté consultent davantage, donc on entend plus parler d’eux.
Les HPI qui réussissent très bien n'ont généralement aucune raison de consulter un psychologue.
Les études scientifiques en population montrent au contraire que les HPI réussissent globalement mieux à l'école. Et c’est pour ça que ma scolarité globalement quelconque, montre bien que je ne suis pas HPI.
6. « Les HPI souffrent tous d'anxiété ou de dépression »
Faux.
Les méta-analyses montrent que le HPI n'augmente pas le risque psychiatrique.
Certaines études montrent même un léger effet protecteur.
Ces troubles existent bien sûr chez certaines personnes HPI...mais pas davantage que dans la population générale. Et ouf, c’est faux ! Preuve, si l’en fallait encore, que je ne suis pas HPI. Je vous avoue que celle-là elle m’avait fait un peu peur.
7. « Le HPI est un trouble psychiatrique »
Faux.
Le HPI n'est ni :
- une maladie,
- ni un diagnostic psychiatrique,
- ni un trouble neurodéveloppemental, de la personnalité ou de l’humeur.
C'est simplement une position statistique dans la distribution du QI.
On parle d'ailleurs d'identification, pas de diagnostic. YES ! C’est pas un trouble psychiatrique, je ne suis donc définitivement pas HPI.
8. « Tous les HPI présentent une dyssynchronie »
Faux.
La dyssynchronie (globalement une désynchronisation entre développement intellectuel, affectif et psychomoteur) existe chez certains enfants, mais elle n'est ni universelle ni spécifique au HPI.
Elle dépend énormément du contexte familial et scolaire avant toute corrélation avec l’intelligence.
Bon, moi je ne savais même pas comment l’écrire avant la réalisation de cette vidéo, alors autant vous dire que je ne suis pas HPI.
9. « Les HPI ont forcément un cerveau différent »
Très exagéré.
On observe quelques différences statistiques mineures en neuro-imagerie.
Mais il n'existe aucun "cerveau HPI".
Et aucun neurologue ne peut regarder une IRM et dire : "Cette personne est HPI."
Franchement, ça ne me serait même pas venu à l’idée… comme quoi, je suis vraiment pas HPI.
10. « Les HPI sont tous maladroits socialement »
Faux.
Là encore, on a un biais de recrutement.
Les HPI suivis en consultation pour ce type de problèmes sont souvent ceux qui présentent aussi :
- un TSA,
- un TDAH,
- une anxiété sociale,
- une dépression,
- ou d'autres difficultés.
Les HPI sans difficulté sociale n’ont aucune raison de consulter, et donc ne ressortent pas. En fait, si 100% des personnes avec des troubles sociaux et qui sont HPI, consultent, on ne peut pas pour autant en déduire que 100% des HPI ont des troubles sociaux… Ce qui confirme à 100% que je ne suis pas HPI.
Voilà, on vient de voir les 10 plus grandes croyances véhiculées sur les HPI. 9/10 sont fausses, et la dernière très exagérée. Tous les éléments pour comprendre pourquoi sont là, mais je vous les résume ici.
·La fiction (livres, films, séries) focalise uniquement sur les profils extrêmes des HPI, qui ne sont pas du tout représentatifs. Mais c’est normal, c’est de la FICTION. Faut juste que la population générale fasse le distinguo.
·Les médias, et là c’est beaucoup plus embêtant, font la même chose que la fiction en amplifiant des profils totalement décalés. Sauf que là, c’est plus difficile de faire le distinguo.
·Les témoignages, personnels ou médiatiques sont principalement ceux dont le profil HPI est littéralement annexe à un trouble de la personnalité, ou de l’humeur ou psychiatrique. Projetant des symptômes de ces troubles sur la condition d’HPI.
Voilà comment on arrive à autant de clichés faux pour une identification, qui je le rappelle, n’est pas une condition médicale. Le plus souvent, ce sont les patients « doublement exceptionnels », on appelle ça les « 2e », se sont les personnes qui vont cumuler 2 conditions comme TDAH + HPI ou TSA + HPI ou Dyslexie + HPI, par exemple, et c’est eux qui vont beaucoup teinter la perception du HPI de par leur condition primaire qui vient biaiser le prisme d’observation.
Certaines personnes cumulent trois, parfois quatre conditions comorbides entre elles, mais ils sont beaucoup moins problématiques que les « 2e ». En effet, à ce niveau de troubles, ils tendent assez peu fréquemment à se présenter comme HPI. En fait, quelqu’un qui cumule déjà trois diagnostics par exemple, aura même plutôt tendance à affirmer qu’il n’est pas HPI, tellement ce n’est pas ça qui le défini du tout.
Je vous aie rebrossé un peu la définition d’HPI et de QI pour le coup, et éclairé sur les immenses biais auxquels la population générale est soumise. Je vais finir sur deux choses : les chiffres et les mythes.
Côté chiffres, il n’y a pas eu d’explosion d’identification de HPI. On passe de 2,1% à 2,3% en 25 ans, principalement avec l’ajout des adultes. Ça prouve que le test WAIS-IV est une bonne approche, car les demandes d’évaluation, elles, se sont envolées avec la médiatisation du phénomène.
Côté mythes, Nicolas Gauvrit (chercheur et mathématicien) décrit deux récits extrêmes qui déforment la réalité scientifique sur le sujet :
- La légende noire : être HPI est presque un handicap (malheureux, incompris, dépressif, condamné à l'échec social).
- La légende rose : être HPI, c'est être un génie promis à un destin exceptionnel.
La littérature scientifique ne valide ni l'une ni l'autre. Un haut QI est avant tout un avantage cognitif, dont les effets réels dépendent ensuite de nombreux facteurs : personnalité, santé mentale, environnement familial, qualité de l'éducation, motivation et opportunités.
La plupart des caractéristiques sont normales : Être distrait, Introverti, Hypersensible, Créatif, Désorganisé, Fatigué. Sont des traits qui existent sur un continuum. La médecine, elle, intervient quand ces traits basculent du côté invalidant, avant ça… c’est juste avoir une personnalité.
C'est un point fondamental que le grand public comprend rarement : entre trait de personnalité et trouble de la personnalité, ou de l’humeur, pour un professionnel, il y a une vraie rupture.
Le HPI n'est pas un trouble. Il n'y a donc pas de thérapie visant à « traiter » le HPI. En revanche, si une personne HPI présente de l'anxiété, une dépression ou des difficultés d'adaptation, ces problèmes là peuvent répondre aux thérapies comme chez n'importe qui, je dirais même un peu mieux, parce que HPI est toujours plutôt un avantage.
En fait… Dire qu'une personne est HPI, c'est un peu comme dire qu'elle mesure plus d'1,90 mètre. C'est une caractéristique réelle, rare, objectivement mesurable... mais elle ne dit presque rien, à elle seule, de la personnalité, du bonheur ou de la réussite de cette personne.
CONCLUSION :
J’en ai fini. Si comme moi, vous n’êtes pas HPI, j’espère que vous repartez avec une meilleure compréhension de cette… identification, et surtout avec moins de clichés en tête.
Si vous êtes HPI, j’espère que de vous voir dépeint sous un angle plus scientifique vous aura plus. Je n’ai aucun doute que vous le sachiez déjà, mais pour les non-HPI, je le rappelle : vous n’êtes pas défini par ces trois lettres, une personnalité est bien plus complexe que ça, être HPI est à peine le début de l’équation.
Si vous souffrez de troubles, vous savez que ce n’est pas le HPI… Au mieux se sont des traits de personnalité un peu marqués, et la thérapie fera merveille, au pire… et je ne suis vraiment pas un défenseur d’aller voir un psychiatre pour rien, mais ne vous cachez pas derrière un HPI pour ignorer un autre trouble, qui lui, mérite un diagnostic.
OUTRO :
Franck : - 500 balles le test de QI, ben dis donc, c’est un problème de riche le HPI. Je suis content d’être assez intelligent pour ne pas le passer.
Attend, c’Est quoi ça ?
(Franck est rivé sur son écran, immobile, crispé)
Kanata : - Ha… je vois que tu es tombé sur le reportage HPI de TF1 ?
(Franck commence à se balancer et entame une litanie qui reste en fond)
Franck : - Je ne suis pas HPI… Je ne suis pas HPI… Je ne suis pas HPI… Je ne suis pas HPI… Je ne suis pas HPI…
Kanata : - Ben non, justement, t’es pas HPI, c’est pas ton problème, t’énerves pas, laisses tomber.
(Franck change d’expression, déterminée, il parle plus fort)
Franck : - Je ne suis pas HPI… Je ne suis pas HPI… Je ne suis pas HPI… Je ne suis pas HPI… Je ne suis pas HPI…
Kanata : -Non, mais… non, tu vas quand même pas commenter tout le reportage ?
Franck : - JE NE SUIS PAS HPI !!!!
(à suivre…)
Kanata : - Non, mais t’es clairement obsessif…
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