Chapitre 5
L’été arriva, et avec lui la fin des sorties après le travail. Qui aurait envie de descendre en ville, là où l’air est étouffant lorsqu’aucune brise ne vient apporter un semblant de climat tempéré ? Ceux qui vivaient en centre-ville ou en bas des collines ne le faisaient jamais par choix, et le peu de boutiques qui restaient était équipé de climatiseurs qui rendaient la chaleur extérieure encore plus insupportable. Les boutiques avaient petit à petit été désertées au profit des centres commerciaux en périphérie de la ville, et ne restaient plus que les bars, les restaurants et les coiffeurs qui n’avaient pas d’autre choix que la proximité avec leurs clients. Cassie n’avait pas de voiture et s’approvisionnait à l’épicerie de son quartier qui leur livrait chaque semaine des fruits et légumes de la plaine, lui évitant un long trajet avec des sacs chargés.
Le travail aux archives avait cet avantage d’être dans un endroit relativement tempéré, et Cassie était presque heureuse d’y aller. Les étudiants avaient fini leurs travaux pour la plupart et il ne restait que quelques personnes habituées dans la grande salle de travail. Un lundi matin, Cassie s’étonna de ne pas voir Loris à son poste, et un supérieur vint lui demander de prendre son secteur en plus pour ce jour. Le secteur était parfaitement organisé, et Cassie n’eut aucun mal à trouver les documents qu’elle devait rapporter. Alors qu’elle feuilletait un ouvrage entre deux demandes, un mouvement attira son œil. Elle se pencha pour regarder entre deux ouvrages ce qui se passait dans le rayon d’à côté. Une blouse d’archiviste comme la sienne lui tournait le dos, rehaussée d’une tignasse violette coiffée d’un casque de sécurité auditive, et fouillait dans un rayon. Cassie fronça des sourcils : elle ne savait pas que le nouveau avait été affecté à ce secteur. Elle se redressa et fit le tour de l’allée pour aller se présenter. Elle dut faire un bruit en s’approchant car le jeune homme se retourna, l’air effrayé. Il ouvrit la bouche, puis ses yeux se froncèrent quand il vit l’absence de casque, et enfin se posèrent sur le badge que Cassie portait à la poitrine. Lorsqu’il vit la petite oreille barrée, il referma la bouche, serra sur sa poitrine le livre qu’il feuilletait auparavant, fit un petit sourire contrit et enchaîna un demi-tour rapide vers la sortie. Cassie avait encore la main levée pour le saluer, elle resta interdite. Il était parti sans un mot, comme si ça ne valait pas la peine de lui parler ! Elle prit une grande respiration, ce n’était pas la première fois que quelqu’un la pensait stupide et préférait partir. Et au vu de l’énorme ecchymose qui recouvrait sa pommette et son nez, elle ne perdait pas grand-chose à ne pas le connaître personnellement.
Malgré la chaleur, Cassie décida d’aller chez Loris. Cette dernière ne répondait pas aux messages, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Cassie prit la ligne qui descendait en centre-ville et monta dans un bus déjà bondé. La colline sur laquelle vivait Loris était à l’écart de la ville. Il y avait un peu plus de verdure, mais l’obligation de prendre les transports en commun et le peu de lieux de vie sociale en faisaient un quartier peu prisé. Cassie fit le trajet debout, serrée entre un caddie débordant de victuailles et un homme qui s’était aspergé de parfum sans parvenir à cacher l’odeur de transpiration qui émanait de sa personne. Heureusement, le trajet ne durait qu’une vingtaine de minutes. Cassie venait rarement dans le quartier, puisqu’il n’y avait rien à faire, mais elle avait déjà rendu visite à Loris lorsqu’elle s’était cassé le poignet et avait besoin d’aide pour les courses.
Arrivée en bas de son immeuble, Cassie sourit à un groupe d’enfants qui jouaient au ballon malgré la chaleur, puis elle monta au douzième étage. Loris n’avait pas plus les moyens qu’elle d’habiter en haut des collines, mais elle pouvait au moins loger dans les étages supérieurs de son immeuble. Le haut des collines offrait de l’air et souffrait moins de la pollution et des rejets de climatiseurs, il coûtait donc plus cher. Il en allait de même dans un immeuble entre les étages inférieurs, qui en prime ne bénéficiaient pas de la lumière du jour lorsque le ciel était couvert, et les étages supérieurs, qui avaient une meilleure ventilation, la lumière naturelle, et parfois même la vue sur les six autres collines de Saint-Etienne.
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Kommentar (1)
Laurence David vor 7 Stunden
Le thème est d'actualité !
Attention, au début du 3e paragraphe, le premier "Elle" renvoie à Loris tandis que le "Elle" suivant renvoie manifestement à Cassie ; il faudrait modifier :)
Elsa Reymondier vor 7 Stunden
merci beaucoup !