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La marche de trop

La marche de trop

Veröffentlicht am 13, März, 2026 Aktualisiert am 13, März, 2026 Horror
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Tout commença un mardi soir, quand la musique du dessus devint insupportable.


Il habitait au premier depuis sept ans avec sa femme et leurs deux fils, et il connaissait chaque bruit de l'immeuble comme on connaît les sons d'une maison qu'on a construite soi-même. Les tuyaux du matin, l'ascenseur qui grondait vers minuit, les talons de la voisine du troisième dans l'escalier. Mais cette basse qui traversait le plafond et faisait vibrer les verres dans le placard, c'était nouveau.


Il prit les escaliers, ce qu'il ne faisait jamais, l'ascenseur était suffisant pour un seul étage. Il monta, frappa au premier appartement du deuxième, attendit. La porte s'ouvrit sur un homme qu'il ne reconnut pas, la cinquantaine, un visage fatigué qui le regardait sans comprendre. Il n'y avait aucune musique. L'appartement derrière lui était silencieux, encombré de cartons à moitié vidés, comme si quelqu'un venait d'emménager ou s'apprêtait à partir. Il s'excusa et redescendit, un peu confus, sans trop savoir quoi penser.


Deux semaines plus tard, des cris cette fois. Il remonta, frappa à la même porte. L'homme qui ouvrit était différent, plus jeune, avec une expression méfiante, et derrière lui l'appartement était entièrement meublé, habité depuis longtemps à en juger par les murs couverts de photos. Il allait s'excuser à nouveau quand il reconnut le visage. C'était l'ancien locataire, celui avec qui il avait visité l'appartement du dessous sept ans plus tôt, avant de signer le bail. Il ne l'avait pas revu depuis.


L'homme ne le reconnut pas.


Il essaya de se présenter, d'expliquer qu'ils s'étaient rencontrés, que c'était lui qui habitait en dessous, mais l'autre secouait la tête avec la fermeté polie des gens qui ont déjà décidé que la conversation était terminée. Quelque chose se noua dans sa poitrine, une pensée absurde qu'il chassa aussitôt, et il força le passage d'une épaule pour jeter un coup d'œil à l'intérieur, cherchant il ne savait quoi, une explication, n'importe quoi. L'ancien locataire le poussa vers la sortie sans ménagement et referma la porte. Il redescendit lentement, confus, machinalement, la main sur la rampe, et s'arrêta net en débouchant sur le hall.


Il était immaculé. Les boîtes aux lettres brillaient comme neuves, le carrelage n'avait pas une égratignure, et les murs étaient d'un blanc qui n'existait plus depuis des années. Derrière les deux grandes portes vitrées de l'entrée, des silhouettes se pressaient dans la lumière grise du dehors, et il entendit, étouffée par le verre, une voix qui portait le rythme particulier des discours officiels. Il s'approcha, colla son oreille contre la porte froide, et crut distinguer des mots comme "résidence", "volumes ouverts", "lumière naturelle". Il lui sembla entendre un nom, celui de l'architecte, mais les mots se mêlaient et il n'en fut pas certain.


Il remonta à la hâte. Le palier du premier était bien le sien. Son nom sur la plaquette, sa porte, son paillasson. Le journal du jour était posé contre le mur et il le ramassa machinalement, parcourut les pages sans savoir ce qu'il cherchait, et tomba sur la page des jeux. Les numéros du tirage du soir étaient là, déjà annoncés, déjà validés. Il resta immobile un long moment, le journal entre les mains.


Et pourquoi pas.


Il redescendit lentement cette fois, prudemment, en posant le pied avec soin sur chaque marche comme s'il pouvait doser quelque chose, et le hall dans lequel il déboucha n'était plus immaculé mais pas tout à fait le sien non plus, les prospectus dans les boîtes aux lettres portaient des dates de deux ou trois jours plus tôt. Il sortit en courant, traversa la rue, entra dans le tabac du coin et joua les numéros qu'il avait mémorisés.


De retour devant l'immeuble, il s'apprêtait à reprendre les escaliers quand il se ravisa. Il n'était pas stupide. Il appuya sur le bouton de l'ascenseur, attendit, puis monta. Rien ne changea. Le palier du premier était toujours le sien, le journal sous la porte portait la bonne date, sa femme était en train de préparer le dîner et lui demanda sans lever les yeux pourquoi il avait l'air aussi agité.


Il dit que ce n'était rien, le torse noué d'impatience, persuadé que personne ne l'aurait cru.


Quelques jours plus tard, un vendredi soir, sa femme était descendue faire quelques courses de dernière minute avec les enfants. Il regardait la télévision quand les numéros apparurent sur l'écran, l'un après l'autre, exactement dans l'ordre qu'il avait joué. Il se leva d'un bond, renversa son verre, rit d'une façon qu'il ne se connaissait pas, et une joie physique qui lui montait dans les bras lui donnait envie de crier. Ce qu'il fit. Il attrapa le billet dans le tiroir de la cuisine, vérifia trois fois, rit encore, et se précipita vers la porte pour descendre annoncer la nouvelle à sa femme, lui dire qu'elle pouvait acheter ce qu'elle voulait. Tout ce qu'elle désirait.


On entendit la porte de l'appartement claquer dans la cage d'escalier.


Sa femme rentra vingt minutes plus tard avec les deux garçons chargés de sacs. Elle vit le verre renversé sur la table basse, l'écran de télévision encore allumé. Un des enfants ramassa par terre près de la porte d'entrée le petit rectangle de papier pour le lui donner, qu'elle lui reprit sans trop y prêter attention. Elle le retourna enfin, vit les numéros, prit le journal posé sur le buffet et compara. Elle s'assit sur le canapé.


Puis elle appela son mari pour lui annoncer qu'ils allaient pouvoir partir en vacances, vraiment partir cette fois, que c'était incroyable, qu'il fallait qu'il rentre tout de suite. Elle appela une fois, deux fois, et sa voix dans l'appartement silencieux ne reçut aucune réponse.


Ni ce soir-là, ni le lendemain, ni les jours d'après.


(Photo d’illustration: Ekaterina Astakhova sur Pexels)

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