Le message de Sacha : Sécurité et confiance
Le message de Sacha : Sécurité et confiance
Sacha avait 2 ans quand il est arrivé chez nous.
Il venait de Roumanie.
Il avait vécu la rue, seul ou en meute.
Quand il a été capturé par la fourrière, il n’a pas été réclamé.
Grâce au travail des bénévoles sur place et des associations, Sacha a pu vivre et sortir de l’enfer de cette fourrière.
Je me souviens de cette soirée où il est arrivé dans le camion ramenant une trentaine de chiens.
Leur voyage avait duré 48 heures.
L’attente au point de rendez-vous avait été interminable.
J’avais été traversée par une multitude d’émotions, du stress, de l’impatience, de la joie d’accueillir ce petit chien.
Lorsque le camion a ouvert ses portes, je l’ai vu.
Il était dans une cage avec un autre petit chien.
Ils avaient tous les deux l’air hagard, le regard vide.
J’ai posé ma main contre la grille, Sacha l’a reniflée.
Quand le moment est venu, Sacha s’est laissé mettre le harnais et le collier que j’avais apportés.
Je l’ai pris dans mes bras, embrassé, avant de le poser au sol.
Nous sommes allés promener.
Je sentais que notre lien était contenu juste dans cette laisse qui le reliait à ma main.
Sacha ne regardait pas, il cherchait à fuir en m’attirant loin du groupe et des véhicules.
Il prenait à la hâte les petites croquettes que je lui donnais.
Sacha était là.
A la maison, très vite Gus l’a pris sous son aile et s’est mis en mode « mission grand-frère ».
Haloha, par contre, a gardé ses distances, au début.
Dehors, Sacha aboyait et se précipitait sur tout ce qui bougeait, les voitures, tracteurs, vélos, joggeurs, promeneurs.
A la maison, Sacha semblait avoir trouvé refuge.
Il était tranquille et avait vite adopté les canapés, comme Gus et Haloha, pour se poser.
La première semaine, Sacha avait accepté mes caresses mais, ne venait pas en réclamer.
Il se couchait souvent à distance et semblait nous observer.
Puis, un jour tout a basculé.
Il a mordu la dame qui venait en mon absence.
Je n’ai jamais su ce qui s’était réellement passé.
Ensuite, Sacha s’est mis à refuser que j’approche ma main vers lui.
Il me mordait à chaque tentative.
Il exigeait de moi que je respecte son espace.
A ce moment-là, j’ai été très affectée par ce changement de comportement.
Je ne le comprenais pas. J’étais frustrée et cela rendait notre quotidien très difficile.
J’ai suivi les conseils d’une comportementaliste et j’ai utilisé des renforcements alimentaires pour tenter de faire évoluer notre relation.
Il y a eu des accalmies et aussi de nombreuses morsures.
J’avais du mal avec les renforcements, je sentais une tension en moi, une forme de dissonance en les utilisant.
Alors, j’ai cherché « autre chose ».
Du côté des Fleurs de Bach.
« Elm ou Orme » est sortie pour Sacha.
Le livre disait : "L'Orme est un arbre très résistant, qui pousse rapidement, ses racines sont solides. Mais il ne supporte pas d’avoir des charges sur ses branches".
Et puis, j’ai lu pour quel profil de personne cette fleur est indiquée et ce qu’elle permet.
« Indiquée pour les personnes qui ont un grand sens du devoir qui les pousse à en faire, à en accepter, toujours plus, jusqu’à épuisement et qui succombent sous les responsabilités qu’elles ont acceptées, qui se retrouvent submergées par l’ampleur de tout ce qu’elles ont à gérer et craquent parce qu’elles ont oublié qu’elles sont humaines et ont également besoin de repos ».
Ce message m’a sidérée tellement je me suis reconnue dans les traits de cette personnalité, cette tendance que j’ai à être une « bête de somme au travail », toujours très dévouée, jusqu’à m’épuiser.
Ça m’a rappelé mon épuisement lorsque j’étais juriste,
et, à certains moments durant ma reconversion.
Je commençais à comprendre ce que ressentais Sacha.
Il était dépassé par tout ce que je lui demandais,
il était submergé par toutes les nouvelles informations dans sa nouvelle vie.
Je lui avais demandé de s’adapter sans tenir compte de son passé.
Sacha n’avait pas besoin de caresses dans l’immédiat,
il avait besoin de sécurité et de confiance et, surtout, que je respecte son rythme.
Sacha me demandait juste du temps, de la patience, des temps de pause pour intégrer tous les nouveaux paramètres de sa nouvelle vie.
Je me suis aussi rendue compte qu’en utilisant le renforcement positif, j’avais cherché à le conditionner en « gentil chien sociable de famille ».
Je comprenais maintenant les tensions que je ressentais quand je le faisais.
J’avais toujours eu une forme de rejet et parfois d’aversion pour les « moules », les « étiquettes », les « normes ».
Je ne pouvais pas demander à Sacha ce que je n’acceptais pas pour moi-même.
Cette prise de conscience m’a fait l’effet d’un électrochoc.
J’ai pleuré en comprenant ce j’étais en train de faire.
Je m’en suis excusée auprès de Sacha.
Je l’ai remercié de m’avoir montrée.
Sacha était sorti de sa prison roumaine.
Il voulait rester libre. Il ne voulait pas, à nouveau, être enfermé.
De quel enfermement me parlait-il ce petit chien ? Du sien ou du mien ? Du nôtre ?
Alors, au fil du temps passé ensemble, à l’observer, j’ai compris et assimilé le cadeau que Sacha était venu me faire en entrant dans ma vie.
Notre relation allait m’apprendre à replacer la sécurité et la confiance à la base du lien.
Elle allait m’enseigner le sens de la liberté. Celle qui naît de la dissolution des conditionnements érigés en murs de prison tout autour de nous.
Elle allait me montrer comment elle conduit à l’harmonie et à l’épanouissement de chacun dans l’équilibre et le respect.
Dans le miroir de Sacha, je me suis vue dans certaines de mes relations aux autres et à moi-même.
Quand la relation de Sacha avec l'humain était difficile. Il se tendait.
J’ai observé que cela survenait quand physiquement, il se sentait coincé, lorsqu'il n’avait pas d’échappatoire.
Alors, Sacha réagissait et pouvait mordre.
Si je ne mordais pas, je vivais cette même difficulté à être à l’aise dans certaines relations.
Et, je percevais dans mon corps cette forme de pression, comme quand on est acculé à un mur.
Éprise de justesse et de justice, je devenais agressive verbalement ou dans mes silences lorsque je percevais que l’autre cherchais à me faire plier, à ce que j’entre dans la case qu’il avait choisie pour moi, que j’adhère sans rien dire à sa vision ou que je fasse ce qui lui semblait juste sans tenir compte de moi.
Moi aussi je réagissais et, Sacha m’a permis de comprendre pourquoi.
Notre relation m’a profondément rééduquée en me montrant comment je me protégeais avec ce mécanisme de défense.
J’étais agressive lorsque ce n’était pas juste pour moi, lorsque l’on me demandait de me soumettre sans rien dire, car je n’arrivais pas à m’exprimer, à dire ce dont j’avais besoin.
J’étais violente vis-à-vis de moi car je ne supportais pas cette part de moi-même qui cherchait à plaire, se soumettait pour avoir la paix, être aimée, être acceptée et reconnue.
Sacha m’a montré qu’il ne se soumettrait pas pour me plaire, pour être aimé de moi.
Il ne se soumettrait pas, il voulait rester libre
Et, surtout il voulait que je l’accepte comme il est.
Accepte-moi comme je suis !
Ce cri du cœur faisait tellement écho à mon propre cri du cœur !
Accepte-moi comme je suis !
C’était donc ça que je cherchais depuis toujours !
Etre acceptée telle que je suis sans avoir à prouver ou à justifier quoi que ce soit.
C’était donc de ma propre prison que je devais sortir.
Me libérer de mes croyances, réécrire mon scénario, m’extraire des chaînes de mes conditionnements pour retrouver ma liberté.
Alors cela ne s’est pas fait en un jour mais, aux côtés de Sacha, j’ai appris la patience, le "pas à pas", j’ai appris à cultiver le calme intérieur.
J’ai appris à être avec lui, à l’aimer sans rien attendre de lui.
J'ai parfois été découragée car il arrivait qu’après de beaux moments partagés, il me remette à ma place par une morsure, cela affectait ma confiance, je me sentais reculer.
Puis, j’ai vu que chaque fois que Sacha me pinçait ou me mordait c'était pour me signifier que je voulais aller trop vite, que j’en demandais trop, juste, qu'il avait besoin de temps.
Tout ce que je me faisais vivre aussi à moi-même !
En me pinçant, en me mordant, Sacha me réveillait de l’endormissement dans lequel je me laissais aller, par habitude, en reprenant mes anciennes manies d’aller trop vite, de me bousculer dans mon rythme, d’être trop exigeante envers moi-même, de travailler jusqu’à épuisement.
Avec ces mots compatissant et remplis d’amour « Sors de ta prison, la Vie ce n’est pas ça ! ».
En renonçant au renforcement positif, j’ai décidé d’accepter et de respecter Sacha comme il est et, Sacha s’est senti de mieux en mieux et de plus en plus épanouit dans notre relation.
Et, un jour, c’est lui qui est venu me demander spontanément des câlins.
Sacha ne me mord plus depuis des années, parfois, il lui arrive encore de grogner.
Alors, je l’entends me dire « Respire et cesse de trop m’en demander »
(en filigrane : t’en demander).
Je souri et je lui dis merci.
Ensemble, nous avons appris à développer notre sécurité intérieure, la confiance en nous et en l’autre. Ça a été possible parce que j’ai entendu, écouté et respecté Sacha autant que j’ai appris à m’entendre, à m’écouter et à me respecter.
Merci Sacha !

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