Chapitre 35 - L'héritage Dumergue
Chapitre 35 - L'héritage Dumergue
Jeudi 8 octobre
La soirée s’était finalement terminée chez Clarisse, « ce sera plus facile pour récupérer la voiture de service », avait-elle expliqué. Ils avaient encore bu du whisky, de l’ordinaire, du Johnny Walker, l’adjudante n’avait pas les moyens de consommer du single malt à la maison. Ils étaient passés dans la chambre, puis Markus était parti, tard. Quand le réveil avait sonné, à six heures, comme tous les matins, Clarisse n’avait dormi que trois heures.
Le major Roumiac réunit son équipe à huit heures, pour le briefing quotidien. L’inconnu de la Montagne Noire, certains l’appelaient encore ainsi, occupait la place centrale des activités du moment.
Olivier donna la parole à son adjointe pour ouvrir le tour de table, mais celle-ci n’avait que peu à dire. Léo avait plus d’informations à offrir aux réflexions de l’équipe. Sa visite à Moissac avait été profitable et proposait un axe d’investigation sérieux.
— Je veux que tout soit passé au crible pour retrouver ce Pierre Dumergue. Fouillez aussi le passé du père, ce n’était peut-être pas qu’un comptable tranquille. Léo, continue sur cette piste, fais-toi aider si nécessaire.
— Je vais travailler sur le dernier contact de Kaiser, à Saint Ferréol, annonça Clarisse. On a reçu les informations de la banque.
— Bien, et les fadettes des téléphones, on les a ?
— Je suis dessus, répondit une jeune gendarme stagiaire. Il y a deux lignes, mais une ne servait qu’à des communications data.
— Sans doute sa tablette, suggéra l’adjudante.
— C’est possible, acquiesça le jeune femme, sur l’autre numéro, on a plusieurs appels en France dans les jours qui ont précédé la mort du journaliste. On sait qu’on a l’organisateur de la randonnée, c’est le dernier numéro appelé. Il y a aussi des lignes fixes dans le Tarn, dont les archives à Albi. Je vais chercher à qui correspondent les autres.
— Très bien, conclut Roumiac, tu avertis Clarisse dès que tu as quelque chose. N’hésitez pas à me prévenir si vous avez du sérieux.
La réunion terminée, Léo hésita quelques minutes, ne sachant trop par où commencer son travail. L’un de ses collègues lui suggéra de contacter le Conseil de l’Ordre des Notaires. Il était encore un peu tôt pour appeler. Maillet commença par une recherche générique dans les fichiers judiciaires. Après quelques requêtes infructueuses sur le STAJ et les casiers judiciaires, l’accès aux fiches S lui fut refusé par manque d’habilitation. Le jeune gendarme hésita à solliciter le major. Il lui serait toujours possible de le faire plus tard, s’il ne trouvait rien d’autre. La chance tourna de son côté en consultant le STIC. Pierre Dumergue avait été arrêté et gardé à vue dans le cadre d’une action violente sur le campus de l’Université de Toulouse au Mirail. Son nom apparaissait, associé à un groupuscule extrémiste proche du GUD. Léo décida de creuser cette piste. Le jeune Dumergue avait sans doute été étudiant à Toulouse. Il trouverait peut-être sa trace dans les fichiers universitaires. Le plus efficace serait de se rendre sur place, plutôt que de se faire promener de téléphone en téléphone.
Auparavant, il lui fallait interroger les notaires. La personne qu’il eut en ligne très rapidement lui expliqua poliment qu’il lui serait difficile d’obtenir une réponse au téléphone et proposa de passer dans leurs locaux, à proximité du Pont Neuf. Léo prit rendez-vous pour le début de l’après-midi, se réservant la fin de matinée pour l’université.
Une heure plus tard, Léo se présentait aux bureaux du secrétariat, derrière Saint Sernin. Il lui fallut user de sa carte et de la commission rogatoire du procureur pour se faire ouvrir les dossiers des anciens étudiants. Pierre Dumergue avait effectivement été inscrit à l’université Toulouse Capitole en fac de droit, mais il n’était pas allé au bout de la scolarité et était sorti sans diplôme. Sa dernière inscription remontait à 1979. L’adresse fournie sur le dossier était située à Moissac.
— Il y a une note agrafée à la fiche, remarqua l’employée. Ça devait être sérieux pour qu’on prenne la peine de noter cela. Regardez !
Léo prit le petit papier que lui tendait la secrétaire. Il était noté : « Individu subversif ». Le gendarme photographia la fiche cartonnée et le commentaire avant de rendre le document.
Il lui fallait solliciter le major. Il le fit dès qu’il fut hors des locaux.
— Je crois qu’on a quelque chose d’intéressant, expliqua le jeune gendarme. Pierre Dumergue, le fils, a été mêlé a des actions extrémistes sur le campus de Toulouse, au tournant des années 70 et 80. Je crois qu’il a été viré de la fac. Il y a une note dans son dossier. Tu pourrais regarder s’il a été fiché aux Renseignements Intérieurs ? Moi je n’y ai pas accès. Je demande à Sonja de te fournir son état civil détaillé.
— Tu rentres au bureau ?
— Non, je dois aller chez les notaires, je vais manger un morceau en ville et y passer après le déjeuner.
— Passe me voir quand tu seras de retour. Je te dirai ce qu’il en est.
Léo se dit que son uniforme serait un peu voyant dans les brasseries de la place Saint Pierre. Il préféra se contenter d’un sandwich et d’un soda acheté dans une superette. Il était au Conseil de l’Ordre des Notaires à l’ouverture des bureaux.
— Bonjour, je vous ai appelé ce matin pour obtenir des informations sur une succession qui a due être gérée il y a une trentaine d’années, je n’ai pas la date précise, ni l’endroit où elle a été enregistrée.
— Nous avons accès au fichier national, ce n’est pas un problème, mais par contre, j’ai besoin de savoir dans quel cadre vous effectuez cette requête.
— Bien entendu, j’appartiens à la Section de Recherche de la Gendarmerie, j’agis dans le cadre d’une procédure judiciaire sous les directives du Procureur de la République.
— Très bien, je vais voir ce que nous avons. Vous m’avez dit Georges Dumergue, c’est bien ça ?
— Oui, son dernier domicile connu était à Moissac, dans le Tarn et Garonne.
— Voilà, je l’ai. Georges Dumergue, né à Lectoure, Gers, le 15 décembre 1919, marié à Moissac en 1954, épouse décédée en 1963. Il a eu deux enfants, Raoul, mort sans enfants en 1981, et Pierre. L’épouse et le fils aîné étant tous les deux décédés, Pierre, le second fils était donc l’unique héritier. Le décès a été constaté à l’hôpital Rangueil le 18 juin 1991.
— Pouvez-vous me dire quelle était l’adresse déclarée par le fils ?
— Chemin d’En Vidal à Vaudreuille, 31250. C’est proche de Revel, à la limite de l’Aude.
— Est-ce que le fils a précisé sa profession lors de la succession ? demanda Léo.
— Non, je n’ai rien dans le document.
— Quel est le notaire qui a traité la succession ?
— C’est Maître Planque, à Castelnaudary, précisa le clerc.
— Vous avez accès aux détails des biens transmis ?
— Je n’ai pas le détail du patrimoine en ligne, il vous faudrait contacter le notaire qui a géré l’acte. Il y a toutefois un élément supplémentaire, le défunt avait prévu un legs, au bénéfice d’une association, représentée par Monsieur Louis Marquesse, domicilié à Toulouse. Je vais vous noter tout ça, si vous voulez.
— Je vous remercie, assura le gendarme en quittant le bureau.
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