Mine d'or (Ch 1)
Mine d'Or,
Début d'écriture, mars 2014
Auteur : Sébastien Belluso
Lecture du livre totalement gratuite : pour obtenir le livre papier
Découvrez Mine d'Or : L’histoire d’un stylo doté d’une âme
Mine d’Or raconte une histoire étonnante, celle d'un stylo qui, à travers les mains de ses détenteurs, explore les émotions humaines les plus profondes. Ce stylo, bien plus qu’un simple outil d’écriture, devient le témoin des vies, des espoirs, des échecs et des rêves de ceux qui l’utilisent.
À travers une narration unique, le lecteur est transporté dans une réflexion poétique et philosophique sur l’écriture, la créativité et le sens de la vie. Mine d’Or est une métaphore de la persévérance et de la capacité à écrire sa propre histoire, à encrer ses pensées et ses valeurs dans le monde.
Si vous cherchez une lecture originale et inspirante, où un simple objet devient le reflet de l’âme humaine, Mine d’Or est un livre qui vous captivera.

Bonjour,
Dès les premières lignes, je vais
entrer dans le vif du sujet.
Chez l'homme, son ancêtre le plus
commun est un primate, chez moi,
mon ancêtre est une plume.
Je suis un stylo et j'ai une âme, je suis
une chose, un consommable dans
l'esprit de tes semblables et du tien.
Que tu sois dans un avion, un train,
un bateau, dans une salle d'attente
ou à la plage, tu ne me verras plus
de la même manière.
Ma descendance a su se faire une place
aux alentours du V° siècle avant J.C,
elle a dominé l'ère du moyen-âge
pour évoluer vers son apogée dès
1960. Nous n'étions plus des plumes,
mais des stylos. Comme des primates
devenus homo-sapiens.
Dans la catégorie des miens, il existe
aussi plusieurs races, le stylo plume,
le stylo feutre le stylo bille, comme
il existe chez toi, des blancs, des
noirs, des bridés et des bronzés, j'ai
longtemps cru que les miens, leur
sang était plus saint, mais pourtant
certains ont laissé leur encre couler pour
des lois, des traités de guerre, qui comme
celle de 39-45 fut la perte d'autant
de tes semblables que contient la
France des années 2000.
Au fond de mon être, je savais que
mon encre n'était pas faite pour ces
horreurs.
Ma vie débute dans un emballage
plastifié qui fut ouvert et m'expulsa
vers l'extérieur, j'étais plus étiré que
large, facilitant ainsi une préhension, il
m'a fallu près d'une minute pour
jeter mon premier jet d'encre. C'était
magnifique, la vie m'était offerte.
Mon premier foyer était un domaine,
un monastère merveilleux, il avait
déjà 400 ans histoire . Des
moines y vivaient. probablement des
nobles, et moi j'étais entre les mains
d'une famille modeste.
Les gardiens de mon paradis.
Mes premières années, je les ai passées
entre les mains d'une petite fille et
d'un petit garçon, ils n'étaient pas
foutus de me faire faire des ronds et
des carrés. Insouciance et dérision je
n'avais droit qu'aux griffonnages.
Après quelques mois de tiroir, me
voilà soudainement dans les mains
du petit garçon.
Dieu merci !
Il avait un bon Coup de Crayon
Mon encre était si fluide et si légère.
Pendant les années de maternelle et
une grande partie des années cours
préparatoire j'ai longuement entrepris le
dessin.
Je voyageais ainsi dans une trousse à
moitié déjà décapotable et je n'étais
jamais seul. Il est ensuite arrivé le jour
des devoirs à la maison, où je me suis dit :
« c'est plus possible ! ».
Je devais maintenant tirer des traits
droits bien appuyés sur des règles
d'une trentaine de centimètres, on
appuyait fort sur mon dos me faisant
faire des va-et-vient le pire était les
punitions où je devais jeter mon
encre à copier des bêtises.
Il est arrivé un jour, où j'ai cessé de
verser mon encre. Je ne voulais plus
de ça. L'adolescent m'a posé dans la
soupière qui sert de débarras au
milieu d'une table en bois. J'ai ainsi
passé des années au domaine entre
soupière, commode et tiroir. Je me
suis dit à cette époque :
« Cherche ta place ! Veux-tu être
pour le reste de ta vie dans cette
soupière où on trouve de tout et
de rien, ? Des piles, des épingles, des
soldats en plastiques, des billes... ».
Un jour, je sentis une main ferme le
long de ma colonne vertébrale,
c'était l'index et le pouce du père de
famille. C'était le moment de faire
couler une encre limpide et épaisse,
bien grasse et je réalisais une
signature prononcée et affirmée sur
le bulletin scolaire de l'adolescent.
Ce paraphe m'avait offert une
opportunité de quitter ces lieux
obscurs, ni soupière, ni tiroir...
Le hasard ou la chance m'avait
déposé sur une étagère, proche des
clés et face à une porte vitrée. J'ai
commencé à rêver d'espace,
j'imaginais déjà une renaissance, je
voulais déverser mon encre sur des
causes nobles et modestes, j'ai passé
quelques jours en hauteur sur
l'étagère, quand je fus
soudainement saisi par une main
fine aux doigts froids. C'était la mère
de famille, maîtresse de la maison,
j'ai été brutalement relâché au fond
d'un sac à main. Le choc était si
violent que j'ai perdu mon bouchon
argenté, j'étais dénudé de mon
capuchon.
Je pris un trousseau de clés sur la
tête et j'ai été secoué dans tous les sens
jusqu'au moment où Madame posa
le sac sur le siège passager d'une
voiture. Un court répit et la main
froide replongea au fond du sac
pour récupérer les clés. Même dans
le noir au fond de la sacoche, je sentais
cet enthousiasme, cette positivité
traverser mon artère principale au
sang bleu marine. Je percevais au
fond de mon être que j'allais enfin
servir à l'échange et au partage. J'ai
entendu le frein à main grincer,
après quelques kilomètres, on était
arrêtés et j'étais prêt, une drôle
d'odeur était percevable, une
émanation d'essence et de Gazole .
J'ai à peine entrevu, la lumière du jour,
mes lettres manuscrites étaient ondulées.
Les mains sous le volant, je devais
remplir un chèque, mes extrémités
tremblaient .
Était-il sans provision ? J'étais de
nouveau placé au fond du gouffre. À
côté de moi dans la pénombre
Je vis une carte postale.
« Bonjour, savez-vous à qui vous êtes
destinée ? », lui dis-je.
« Je n'en ai pas la moindre idée »,
me dit-elle,
- j'espère être celui qui vous tatouera
et qui offrira de l'amour et de la
compassion. Je ne veux plus être
celui qui fait des choses sans le
moindre sens, j'ai suffisamment
d'énergie pour ne pas rater ma
vocation .
- j'espère aussi être votre déclic, me
dit-elle à voix basse..
À l'extérieur, j'entendais un
brouhaha : des enfants, des alarmes,
des annonces faites avec un
haut-parleur.
La fermeture éclair s'ouvrit
sèchement, je n'avais même pas
aperçu le caddie, j'étais appuyé sur
un nouveau chèque contre la caisse
du magasin. Mon esprit fut traversé
un instant,
« Non ne verse aucune goutte »,
Mais la main de Madame était si
moite par le stress que si j'avais fait
ça. Je risquais la poubelle au pied de
la caissière. J'ai déversé une encre à
peine lisible dans l'espoir de ne plus
être convoité pour de telles pratiques, le
rapport avec l'argent me gênait.
De retour au domaine, l'esprit
dépravé, je me sentais comme ce
consommable sans intérêt, c'est
comme être un banal commun des
mortels dans ton monde. Je n'étais
pas ce que je devais être. Devais-je,
être résigné et accepter ? Ma vie
devait-elle se résumer à faire les
devoirs des enfants, à remplir des
chèques, à signer des factures ? Peu
de temps après, même dans
l'obscurité la plus totale, je savais
que la nuit était tombée, car le
silence qui régnait, pouvait effrayer
n'importe lequel des citadins. J'étais
en train d'assoupir mon esprit quand
la main délicate de la maîtresse de
maison m'enveloppa et m'emporta
au côté de madame la carte postale.
Je devais raviver mon esprit, c'était
peut-être ce moment-là qui pouvait
faire basculer ma vie.
Je remuais l'encre dans mon
réservoir et je n'attendais plus qu'à
voir. J'ai à peine déposé ma mine de
bronze que j'étais en train de la
tatouer de condoléances. Ce n'était
pas véritablement ma dominance,
mais j'ai fait de mon mieux pour
apporter mon soutien à cette famille.
Le propriétaire du domaine nous avait
quitté. J'avais réalisé des courbes
noires et vives, il n'y avait plus rien
de linéaire, je devais offrir la force et
la droiture, je devais accompagner le
geste de Madame avec gratitude.
L'horloge du salon sonna dix coups.
Je déposais un point final à ce mot
de soutien pour me retrouver
allongé délicatement au fond du
bagage.
La nuit fut libératrice...
J'avais été revêtu de ma capuche
argentée sur ma ligne élancée, noire
brillante, j'étais d'humeur à vaincre
la monotonie... La mue récente de
l'adolescent, j'entendis :
« Maman, t'as pas dix francs stp ».
-Regarde dans mon Sac
-Merci ! À tiens il est beau ce stylo.
On parlait de moi.
-Prends-le si tu veux. Lui dit sa
mère.
Sans la moindre hésitation, je
finissais entre des doigts fins
souverains de dextérités. Comme un
enfant qui tourne un revolver en
plastique sur son index, J'étais en
train de réaliser, des figures dignes
des grands trapézistes pour une sage
réception dans une poche de
chemise à hauteur de cœur.
Boum, Boum, Boum, j'étais libre, un
merveilleux ciel de Provence...
Mais qui était ce jeune homme ?
Le petit dernier de la famille, je ne
savais même pas s'il savait écrire, je
n'étais jamais passé dans ses mains.
Je ressentis la vibration de la
mobylette me traverser de bas en
haut, je fus tout excité un instant,
mais dès la première accélération,
j'avais déchanté, je m'agrippais
comme un dingue à la doublure de
la poche, la peur au ventre de
basculer à tout moment, même a
cette vitesse le chemin de terre me
semblait interminable. Un grand
dérapage, un retour de poussière en
pleine figure, j'avais uriné un peu
d'encre dans le coin de la poche
tachant légèrement sa chemise. Nous
nous sommes arrêtés sous un pin
énorme entouré d'une cour en pierre
fermée par un petit portillon rouillé,
il s'est assis sur le mur et a poussé
un soupir.
La main gauche me captura, la main
droite harponna un répertoire de
poche, avec une pochette grise. Il
avait placé ma mine à tout juste un
centimètre de la première page, un
long blanc, j'attendais son feu vert,
j'effleurais à peine la feuille, sa main
était indécise, je me suis dit au même
moment, c'est maintenant, je lui ai
légué ma présence et là il écrivit
"L'arbre entouré, moment
présent le
22 novembre 1995"
Pouvoir partager autre Chose que le
devoir administratif, j'étais en
mesure d'accorder le présent. C'était
davantage intéressant, plus proche de la
réalité, mieux éclairé sur ma vérité. J'ai
passé l'après-midi à jouer le rôle de
photographe, je figeais ces instants,
dans l'esprit du jeune homme.
À chaque jet d'encre, je distillais
pour ne pas accrocher la feuille, je
ne voulais faire qu'un, aussi souple
que ses doigts.
En début de soirée, il m'implanta au
milieu du calepin et il nous cintra
d'un élastique.
Dans la poche du pantalon, je sentais
de nouveau les vibrations du
moteur, habillé du petit livret, j'étais
protégé et je rêvais déjà de ce que
j'allais accomplir.
Quelques semaines plus tard, le jeune
homme en voiture avec sa mère fut pris
par un besoin d'arrêter le temps, j'étais
désormais toujours à portée, mais ce
jour-là, j'ai eu un moment de
relâchement, l'extrémité de ma mine
était sèche. Il n'avait même pas pris
la peine de me gratter un peu sur la
feuille que je perçus le son de sa voix
dire :
« Maman, t'as pas un autre stylo
celui-là ne marche plus ».
Je n'ai pas eu suffisamment de voix à
ce moment-là pour lui faire
comprendre que mon âme n'était
pas morte.
Sans aucun scrupule, il me Jeta dans
le vide-poche de la voiture.
J'étais dépité de voir l'un de mes
semblables dans ses mains.
« j'ai perdu mon idée, ce n'est pas
grave ça reviendra » dit-il.
Comme sa pensée, j'avais été laissé à
l'abandon. Je ne sais même pas
combien de temps je suis resté ici.
Parfois, le soleil était si intense que la
surface de mon corps pouvait
fondre. Les nuits étaient froides et
humides et j'avais Combattu tout ce
temps pour que ma mine ne
s'éteigne pas à jamais. Le coffre et les
portières avaient été tous ouverts,
j'entendais le bruit d'un aspirateur,
sur le tableau de bord des produits
ménagés, j'avais peur de mon avenir.
Une main avec de longs ongles
entretenus me captura, c'était la
petite fille devenue une jeune
femme. Elle plongea ma mine avec
force sur la semelle de sa chaussure,
j'étais enfoncé dans le caoutchouc,
je crachais mon encre, j'étais, en train
de refaire surface, comme un réveil
soudain, la fin d'un coma cérébral.
Cette souffrance, cette torture m'a
permis de laisser un long trait sur le
bord de la basket de la jeune femme
qui m'épargna la déchetterie et me
jeta dans un carton avec des choses
qui pouvaient être encore utiles.
La voiture nettoyée, elle ramassa le
carton et elle le posa sur la table du
salon.
De là, je pouvais apercevoir des
pyramides de cartons, la soupière
pas très loin, je ne comprenais pas.
Avais-je été réanimé pour
me retrouver à la case départ ?
Non loin de moi, je pouvais lire
l'entête de certains Courriers. Maître
bidule, avocat, justice
Mais que se passer t-il ?
Le téléphone sonna, la mère
décrocha et là, j'ai commencé à
raccommoder les fragments. Le fils du
propriétaire avait repris la
succession du domaine, cette famille,
gardienne de mon paradis était mise
à la porte, sans scrupule après des
années de loyauté . Dans ce carton,
je Commençais à avoir une grande
appréhension de mon avenir. On
ferma le carton à double tour, j'ai été
trimballé dans le noir toute une
journée. Sans la moindre idée de ce
qu'il allait se passer. Des bruits de
meubles traînés sur le sol, des
claquements de vaisselles, je n'avais
pas été abandonné, je déménageais
avec les affaires de cette modeste
famille.
Une chose me semblait certaine ,
l'environnement dans lequel je me
trouvais sans le voir était bien plus
bruyant qu'au domaine. J'entendais
des bruits de circulations intenses,
des grincements de portes, des sons
de voix résonnaient . Je n'entendais plus
l'aboiement des Chiens, et ni le
miaulement des chats, étaient-ils
venus avec nous ? Je me devais
de prendre toutes les précautions
nécessaires pour ne pas être celui
qui, une fois dehors use de son encre
sur des imprimés, sans la moindre
valeur pour l'humanité. J'étais
encore bien vivant et je gardais cet
espoir au plus profond de mon être
pour vidanger mon encre sur des
vers poétiques dignes des plus
grands. De rester sans aucun intérêt
pouvait me coûter ma vie. Je savais
que je pouvais encore y arriver.
J'entendis les cartons déballés les uns
après les autres, l'osmose, l'ambiance
au sein de cette maison m'était
pesante, même au fond de cet
emballage, je le ressentais. On
dé-scratcha la porte, je vis le visage
du jeune homme à la mobylette, il
était éteint, terne comme un temps
gris, sans pluie et sans soleil. Il était
abattu. Au moment même où je me
suis dit :
« C'est maintenant, je dois l'aider » .
Il me reconnut, sans le moindre mot, il
me mit dans la poche de son
pantalon et il continua le rangement
des autres objets.
« Coucou, toi », j'entendis à voix basse,
je n'étais pas seul dans sa poche,
j'étais auprès du petit répertoire gris.
Pendant que tes semblables qui
avaient accompagné le début de ma
vie, s'éteignirent, moi, je m'illuminais,
d'être ici. Allais-je enfin partir, repartir
pour de merveilleuses aventures ?
« Sais-tu ce qu'il se passe vraiment»?
Dis-je au petit carnet.
« Tu as vu ce lieu ? Cet appartement
ne fait pas le quart de notre
domaine », me répondit-il.
-je n'ai pas eu le temps de voir quoi
que ce soit.
-j'ai pu entrevoir même l'extérieur et
il n'y a plus de pins, ni de chênes, ni
même un carré d'herbe. Il n'y a que
du béton et du goudron, il y a du
monde et du bruit jour et nuit ici.
-tu Crois que l'on aura, l'occasion, de
voir ailleurs ensemble.
-je ne sais pas, mais depuis que tu
m'as quitté, plus une de mes feuilles
n' a été tatouée.
- j'en suis navré et je n'attends que
ça, de recommencer.
En fin de soirée, il nous sortit de sa
poche et il nous posa sur une table
basse repeinte au pinceau, d'une
Couleur, Vert, jaune et rouge. Il s'était
revêtus, lui et son frère d'un pyjama
de détenu. Effectivement, ce lieu
manqué d'espace, une pièce de huit
mètres carrés, un lit superposé et les
deux jeunes hommes assis à
l'extérieur, sur le rebord de la
fenêtre, discutaient. Il n'y avait
même pas de balcon. Sur la table au
près de Mr calepin, entouré de
cigarettes et de canettes de bière, j'ai
passé une nuit très agitée.
Comme les deux frangins, ce
nouvel environnement, m'avait
empêché de dormir. J'étais resté
éveillé, toute la nuit, disponible à
verser mon liquide noir. Au petit
matin, j'étais épuisé et je n'avais écrit
aucun mot. Les deux hommes
avaient lâché prise, ils avaient bu et
fumé toute la nuit,
Le plus jeune des deux hommes dit à
son frère :
« allez je bouge, je ne reste pas ici »
« Où vas tu » dit son frère.
-je ne sais pas, mais je vais retrouver
un peu d'espace, peut-être au bord
de mer, j'ai besoin de méditer.
-Alors à plus tard, et bonne journée.
Il avait pris des clés et m'emporta
avec le calepin gris.
Je fus surpris, l'ère du cyclomoteur
était une histoire terminée. Nous
sommes rentrés dans une voiture
blanche. Il n'avait pas mis un tour de
clés que je sentais les vibrations
d'une basse d'un rap des années 90.
Il prit la route, même fatigué, j'étais
prêt à lui partager cette journée.
Nous sommes arrivés face à une
immensité de bleu, des vagues
moutonnées, la Méditerranée était
idéale pour trouver une source
d'inspiration. Le jeune homme
s'installa sur un rocher et il sortit
une canne à pêche. Mr calepin et
moi, nous étions à proximité. II lança
sa ligne et il cala sa canne. Il s'est
assis, et j'étais enfin en position de
forces face aux feuilles blanches du
carnet. Plein enthousiasme, j'étais
heureux. Entre ses doigts, je
ressentais de la douleur, de la peine,
et de la souffrance.
Je devais le raisonner et lui faire
comprendre qu'il ne devait pas
partir dans tous les sens. En
harmonie, les premiers mots que
nous avons partagés étaient :
"17 /03 /98, 10H 33
Meilleur que mille mots privés de
sens est un seul mot raisonnable".
Nous étions faits l'un pour l'autre,
j'étais en mesure de lui offrir de la
sérénité, du calme et je voyais le
chemin de ma vocation se dessiner
Je me trouvais enfin, depuis toutes
ces années de galère là où je devais
être.
Tout au long de la journée, j'avais
armé ma mine de bronze de
bienveillance. Il avait besoin d'aide et
moi, j'avais besoin de lui pour
déverser de grandes choses. Le soir
avant de rentrer, il s'est arrêté dans
un bar et nous n' en sommes pas
ressortis aux premiers verres.
Malgré, qu'il s'alcoolisait, je ne
portais aucun jugement, son esprit
manquait de justesse, il n'avait pas
encore la conscience suffisante pour
comprendre que lui aussi pouvait
atteindre la lumière que chacun des
ses confrères espérait tout au long de
leur vie respective. Tard dans la
soirée, il reprit le volant et il rentra
chez nous, dans ce minuscule
appartement du centre ville. J'étais
encore sur la table basse de cette
chambre qui ressemblait à une
cellule. Il se mit à fumer de l'herbe
pour finir sa soirée. Ce soir-là, il
était seul. Tous les moyens
Étaient bons, il recherchait l'évasion.
Le lendemain, plus lucide que la
veille, il enfila un habit de
travailleur et il partit, me laissant
avec Mr calepin sur la table. Ce fut
une journée sans le moindre
échange et partage sensé.
J' attendais patiemment son retour.
Seul, des vas et viens, des membres
de la famille étaient perceptibles,
comme des fantômes. Aucun d'entre
eux ne s'était remis de ce
changement, de ce déménagement.
Je fus surpris par le bruit de la
serrure, ici tout était fermé à double
tour, il était de retour, bien plus sale
que le matin même... Il prit une
douche, pendant que moi, je faisais
bon usage de ces derniers instants de
solitude. Je m'étais chargé, toute la
journée, d'une sensibilité, d'une
force, d'une passion, pour être
irréprochable sur le reste de la
soirée. Il sortit de la douche, beau et
propre. Il prit ses cigarettes, ses papiers
sans oublier le calepin et moi-même.
J'étais animé de savoir que j'allais le
libérer. À peine en voiture, la basse
réglée sur un rythme reggae, notre
premier arrêt fut le même comptoir que
la veille.
Il y avait beaucoup de tes
homologues avec plusieurs verres
dans le nez. Je croyais bien plus en
lui que ce que lui croyait en moi. Il
s'en mit autant qu'autrui. La nuit
tombée, nous étions repartis et à ma
grande surprise, nous sommes allés
à l'arbre entouré.
De cet endroit, la vue vers la vallée,
on apercevait les grandes cours et
deux énormes cyprès centenaires
qui avaient été plantés comme un
symbole, un emblème, c'était le
domaine.
J'ai passé cette soirée à faire
beaucoup de ratures, son esprit
n'était pas suffisamment clarifié. À
chaque fois que je talochais mon
encre, il était traversé, d'émotions
fortes, de désarroi, il m'avait
longuement parlé d'une jeune
femme et de sa déception
amoureuse. En plus de la perte de ses
terres natales, il me fit comprendre
que l'épaule de cette jeune femme,
s'était-elle aussi retirée.
Il se sentait bancal, je devenais sa
béquille, son parloir, sa confesse, et
je me demandais même si parfois, je
n'étais pas son psychiatre. Ses mots
étaient des fois, durs et tranchants, sa
tristesse le rendait malheureux,
paradoxalement je me sentais
heureux de voir ce qu'il était en
train d'exaucer, à mes côtés.
J'étais un besoin inévitable pour lui à
cette époque et il ne pouvait même
pas imaginer l'envie et le désir que je
contenais .
Nous avions passé la nuit ici, sous un
ciel étoilé sans la moindre pollution
de lumière, la lune était noire, nous
étions dans le royaume du silence, il
aperçut la lueur du jour à l'est, il
regarda sa montre et il dit
doucement : « c'est l'heure, il faut y
aller ».
Et moi je m'interrogeais : « mais où
allons-nous ». Le jour levé, à
l'appartement , il se remit en bleu de
travail et j'étais ravi aujourd'hui de
l'accompagner.
Il avait les yeux cernés de sa nuit
quand il arriva au dépôt, son chef
d'une vingtaine d'années son aîné
l'attendait. Il était déjà sur le pied de
guerre, prêt à partir travailler.
- « Allez, on y va, on a du boulot
aujourd'hui ». Lui dit son chef.
J'étais installé dans la poche
intérieure de son bleu, toujours à
côté de mon ami calepin. Nous
sommes rentrés dans une
camionnette blanche et nous avons
pris la route. Son chef était au volant
et nous étions sur le siège passager.
Après quelques minutes de route,
dans la poche contre la poitrine du
jeune homme, je sentis, sa
respiration, son rythme cardiaque,
de plus en plus profond et calme. Le
chef, un homme très compréhensible
sur la vie de la jeunesse, il connaissait
bien la personnalité de son apprenti, il
lui parlait de tout et de rien, contre lui
j'ai su le premier qu'il s'était
endormi. Le chef s'arrêta de parler et
je me suis aussi assoupi.
À l'heure du déjeuner , le fourgon
garé, le chef réveilla le jeune homme
et lui dit : « c'est bon, tu t'es
suffisamment reposé, viens on va
manger un morceau ». Nous sommes
rentrés dans la brasserie où le jeune
homme avait l'habitude de boire des
verres. Assis devant le menu du jour,
le contre-maître dit à son ouvrier :
« tu sais, je ressens beaucoup de
choses et je me trompe rarement, tu
vas dans pas longtemps finir dans les
bras de la serveuse ».
-« jamais de la vie, j'ai bien autre
chose à penser et je ne suis toujours
pas cicatrisé de mes blessures, tu le
sais bien, toi qui vois tout ».
Fatigué, par sa peine, le jeune était
souvent sur la défensive. À l’affût,
prêt à bondir comme un révolté
lançant des pavés.
Tant que j'étais dans sa poche, je ne
pouvais pas lui transmettre mon
aide. Je pouvais lui offrir de la
sérénité seulement entre ses doigts.
Sans lui, j'étais un disciple et en
osmose avec son être, je devenais un
maître.
De longues semaines s'écoulèrent, à
chaque temps libre, entre travail et
raison sociale, entre bières et
cigarettes, au bord de mer, sur les
hauteurs des collines même dans un
désert s'il avait pu, il se mettait face à
lui-même.
Ces instants étaient les miens, ce
partage était le nôtre.
Je contenais en moi, son intérieur,
son extérieur, l'au delà de son
apparence, des petites phrases en
guise de mémoires, je répandais
l'encre de ma veine sur n'importe
quelles formes de papiers. J'étais sa
boîte à secret, je détenais la clé de sa
quête, j'étais en mesure de
déverrouiller le mensonge pour le
guider à sa vérité mais il n'était pas
prêt.
Fin du chapitre "UN"
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Kommentar (1)
Pensées Fluviales vor 3 Stunden
Attachant! Je regarde déjà mon stylo différemment. 😸