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Scorsese et Michael Jackson : l'inévitable et improbable rencontre

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Entre La Couleur de l’argent (1986) et La dernière  tentation du Christ (1988), Martin Scorsese fait un intermède musical dans sa carrière. Non, il n’est pas devenu musicien. Toujours derrière la caméra, il réalise en 1987 un clip, que dis-je, un court-métrage, pour Michael « the King of Pop » Jackson himself. Bad.

17min. Quand on repense aux 13min43  révolutionnaires de Thriller on se dit que MJ a mis la barre encore un cran au dessus avec ce clip.

Michael revient avec Bad, cinq ans après Thriller, deux ans après We are the World pour damer le pion à  Prince et Madonna qui ont pris sa place de n°1 en son absence. Et quel retour ! Sur le plan musical, bien sûr, mais aussi visuel en s’allouant les services d’un des plus grands réalisateurs du grand écran, j’ai nommé Martin Scorsese. Qui de mieux pour filmer le chanteur en bad boy que le réalisateur de Mean Streets ou Taxi Driver ? Vous pouvez chercher la réponse pendant longtemps.

Sortie d’école pour les vacances. Tout le monde se dit au revoir, se fait des farces, s’amuse sous le filtre noir et blanc de la caméra de Scorsese.

Daryl (Michael Jackson), jeune issu d’un milieu défavorisé, rentre de son école privée pour les vacances d’hiver. Il retrouve son quartier malfamé de Brooklyn, et ses trois amis d’enfance avec qui il a fait les quatre cents coups. Une discussion houleuse se déclenche quand Daryl est moqué par ses amis car devenu trop propre sur lui. Il n’est plus « bad ».

Le rythme est lent, le réal’ de Little Italy prend le temps de poser l’intrigue, de faire monter la tension. Les plans sont longs, les dialogues minimalistes. Décidé à leur prouver « who’s bad », il leur donne rendez-vous dans une station de métro de Brooklyn, habillé en sweat shirt à capuche. Une scène de deal plus tard, comme Scorsese sait les faire, Daryl et ses ex-compères arrivent au lieu dit. Il hôte sa capuche. Une altercation se déclenche. Un homme va se faire agresser. Daryl le fait s’enfuir, mettant en rogne ses vieux amis. Les secondes sont des minutes. Que va-t-il advenir de Daryl, seul, contre trois loubards ?

En moins de temps qu’il en faut pour dire « who’s bad », il se retrouve de cuir et de chaînes vêtu, prêt à prouver de quoi il est capable. Rupture totale avec l’atmosphère pesante jusque là. On passe à la couleur, les plans sont courts, rythmés par la musique qui passe au premier plan de l’intrigue. Accompagné de toute une troupe de serial danseurs, ils mettent la station sens dessus dessous, humiliant ses amis, bouche bée. Scorsese s’est d’ailleurs amusé à glisser son image dans le clip. Vous ne l’avez pas vu ? Il est caché… sur l’affiche « WANTED » que les danseurs taguent !

Et au fait, lors de la scène du deal, il y a un autre « easter egg ». C’est un clin d’œil musical cette fois. Tendez l’oreille et vous entendrez l’instrumentale de Fame de David Bowie ! Bref revenons-en à nos danseurs déchaînés. Le morceau s’achève et là, Michael est parti en impro totale avec sa troupe. En effet la scène où il fait un « call & response » aux allures de gospel n’était pas du tout prévue ! L’histoire se conclut par une poignée de mains et chacun repart de son côté, avec respect. Retour au noir et blanc, Daryl est laissé seul par ses comparses, il remet sa capuche, écran noir. Mythique.