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« LA MUSIQUE DES STONES A NOURRI MA CARRIÈRE »

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Jacob Cohl/Paramount Classics

En 2008 sort Shine a Light, un concert des Rolling Stones capté au Beacon Theatre à New York. Les Stones mis en lumière par… Scorsese !

 

Martin Scorsese. The Rolling Stones. Deux noms étroitement liés. Scorsese est un inconditionnel du groupe britannique et ne s’en est jamais caché. Leur musique ponctue, rythme, joue dans ses films. De Mean Streets aux Infiltrés en passant par Casino, le réalisateur de Little Italy use et abuse de la musique du groupe mythique.

Documentaire, captation live, vlog par moments (!), Scorsese fait comme à son habitude, Scorsese fait comme personne d’autre quand il doit parler musique.

On oscille entre les formats mais également entre les couleurs et le noir et blanc.

I can’t be satisfied de Muddy Waters. Aucune image n’est apparue à l’écran que le blues est déjà présent avec un titre révélateur de la philosophie de Scorsese et des Stones. Aller toujours plus loin, ne pas se satisfaire de ce qu’on a. Le film débute à peine qu’on retrouve ce qui fait la force de Scorsese dans ses films : la musique en tant que narrateur, conduisant le récit et exprimant ce qui n’est pas dit à l’image.

Jamais il ne les avait vu sur scène. « I’d like to listen to that sound that’s coming from the records and the radio » déclarait-il au micro d’Allo Ciné en 2008. Pourtant les Stones et leurs compères déjantés des sixties ont fait de lui et de ses films ce qu’ils sont aujourd’hui. Des films choquants, brutaux, millimétrés.

Cela faisait quarante ans qu’il voulait les filmer, faire quelque chose sur ce groupe qu’on retrouve plus dans ses films que ses acteurs fétiches.

Pendant deux heures, le spectacle est ponctué d’images de concerts et d’interviews qui retracent la vie des Stones. Minutieusement choisies, elles en disent long sur l’essence du groupe, les personnalités de chacun et comment ils sont vus à travers le monde. De l’Allemagne au Japon, du Danemark à la France, tous les journalistes musicaux rêvent de les interviewer… sans pour autant poser des questions toujours pertinentes. Mais elles révèlent qui ils sont derrière les projecteurs. En démontre cet extrait d’interview de Keith Richards où le journaliste lui demande « what is the question that you’ve been asked the more often ? ». Le guitariste, un brin provocateur, répond « that question you’ve asked to me », le sourire au coin des lèvres.

Ainsi chaque membre du groupe présent alors sur scène (il n’y a aucune interview de Brian Jones, Mick Taylor ou encore Bill Wyman) a droit à son « moment interview » pour mieux le saisir. Et ça fonctionne très bien. D’autant plus que Scorsese se sert des fins d’interviews et des réponses des membres du groupe pour introduire le morceau suivant du concert.

Côté réalisation, Shine a Light est un véritable tour de force. Beaucoup de matériel de tournage était présent et les Stones avaient peur d’être gênés par ce dernier et que le public en pâtisse aussi. Pourtant, ils n’ont rencontré aucun problème malgré les seize caméras et la grue qui se baladait d’un côté à l’autre de la scène. Tout n’est pas sans accroc quand la scène et le cinéma se rencontrent. «Catch on fire ? We can’t do that, we cannot burn Mick Jagger. We want the effect but we can’t burn him » s’exclame Martin Scorsese face à un problème d’éclairage. Mais le vrai défi du réalisateur a été d’obtenir la liste des chansons jouées pendant le concert. Pendant toute l’introduction, on le voit courir dans tous les sens pour obtenir la setlist. Qui commencera ? Mick Jagger au chant ? Keith Richards avec un riff ravageur ? Il le découvrira seulement une heure avant le début du show. It’s only rock n’ roll, but we like it.