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Happy Trails, le rythme endiablé de Quicksilver Messenger Service

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Happy Trails est le coup de maître de Quicksilver Messenger Service. Inspiré de Bo Diddley, il est considéré comme l'un des albums rock live les plus dingues, au sommet du rock psyché.  

 

 
Non, ce n'est pas un album de country. Avec sa pochette qui semble tout droit sortie d'un western, on pourrait s'y méprendre. Happy Trails a propulsé la scène acid rock à un autre niveau. Sorti en 1968, c'est le deuxième album de Quicksilver Messenger Service. Le groupe, originaire de San Francisco, fait partie de ceux qui ont forgé le genre
 
En 1968, Quicksilver est déjà bien connu de la scène californienne. Le groupe se balade de Fillmore East à Fillmore West depuis trois ans. Il est fondé en 1965 par l'ambitieux Dino Valente, en compagnie de l'excellent guitariste John Cipollina. Le batteur Greg Elmore et le guitariste Gary Duncan, qui vont donner la rythmique signature du groupe, les rejoint dans la foulée. 
 
Valente rate les premiers - et meilleurs - albums de son groupe, en prison pour possession de marijuana. Dans leurs folles sessions à travers San Francisco, où ils croisent notamment d'autres pionniers du genre dont Jefferson Airplane, ils se font repérer par divers labels. C'est chez Capitol Records qu'ils s'embarquent. Ils y enregistrent leur premier album éponyme en 1967, prometteur, puis Happy Trails l'année suivante. 
 
 
Les Quicksilver en 1967.
 
La face A de Happy Trails est entièrement consacrée à une reprise magistrale de « Who Do You Love? » de Bo Diddley. Elle est découpée en six parties et s'étend sur 23 minutes.
 
La rythmique de Bo Diddley est reprise de manière obsédante. Tous les membres du groupe jouent autour du diddley beat, comme cela n'a jamais été fait avant. La guitare lead joue de ce rythme par-dessus les riffs de batterie et la guitare rythmique. Le morceau démarre sur une parfaite illustration du duo. Les guitares de Duncan et Cipollina dialoguent, rebondissent, s'entraînent l'une et l'autre dans un tourbillon acide et puissant. 
 
À l'exception du titre « Happy Trails », l'album est enregistré en live. Le public participe aussi à l'album. C'est dans la seconde moitié de « Where You Love » que les spectateurs intègrent la rythmique du groupe avec leurs mains et leurs cris. 
 
La face B commence par une autre reprise de Bo Diddley, « Mona ». La dynamique du morceau, c'est la batterie. L'âme, la voix éraillée de Duncan. Le jeu de Cipollina teinté de pédale wah-wah, la version est planante, bien sixties comme il se doit. « Maiden of the Cancer Moon » se prolonge avec « Calvary », un morceau épique de treize minutes. Les deux sont majoritairement improvisés. 
 
L'album se termine sur le titre country éponyme, « Happy Trails ». C'est une reprise du générique de la série western The Roy Rogers Show, populaire aux États-Unis dans les années cinquante. Une fin que l'on peut penser curieuse dans un tel album. Les albums live finissent généralement sur un gros titre, un bouquet final. Finir sur une reprise country d'une minute trente semble une marque d'humilité. Et un repos avant d'écouter l'album une nouvelle fois.
 
« Décrire cette chanson, c'est presque comme tenter d'expliquer l'intrigue d'un film de Godard », écrit Greil Marcus de Rolling Stone, à propos de la reprise de « Who Do You Love? ». Comme la Nouvelle Vague, le rock psyché brise les règles de son art. Comme Godard, QMS livre une oeuvre singulière et brillante.  
 
 
 
 
Vous en voulez plus ? 
 
  • L'excellente reprise du classique folk « Shady Grove », avec leur rythmique signature.
  • L'album Classic Masters qui comporte douze de leurs meilleurs titres remasterisés.
  • L'album solo de Dino Valente Dino, une perle d'acid folk.