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Course contre le plastique

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« L’océan est l’avenir de l’humanité et c’est important de le préserver. » Tels étaient les mots de Simon Bernard, 28 ans, officier de marine marchande et cofondateur de Plastic Odyssey. Cette start-up vise à dépolluer les océans des déchets plastiques.

 

Fin 2020, un équipage d’une quinzaine de personnes lèvera l’ancre sur un bateau laboratoire de recyclage du plastique (le Plastic Odyssey) pour un tour du monde de trois ans et trente-trois escales. Des escales bien choisies car chacune d’elles est un lieu où l’accès au recyclage du plastique est restreint voire inexistant. C’est donc par l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique que le bateau Plastic Odyssey ira transmettre ses connaissances et partager ses technologies. Leur objectif est clair : réunir à chaque escale un maximum d’acteurs comme des investisseurs, des politiques, des entrepreneurs pour faire naître des initiatives. Avec l’effet boule de neige, des petits centres de recyclage pourront se répandre partout dans le monde. « Avoir une autre manière d’innover » revendique Simon Bernard. Ils croient en « l’intelligence collective », au fait que chacun doit apporter sa pierre à l’édifice pour faire avancer les choses. C’est dans cette optique qu’ils ont rendu leurs recherches, leur travail en open source (sans déposer de brevet), complètement libre d’accès sur une plateforme.

Le recyclage du plastique se fait aisément depuis une vingtaine d’années mais est très onéreux, ce qui le rend inaccessible dans les pays qui en ont le plus besoin. Plastic Odyssey a pour but d’offrir une solution adaptée à ces derniers. Pour bien comprendre, voyons comment le plastique est recyclé. Cela se fait en trois étapes. Dans un premier temps, il faut trier les différents plastiques. On s’aide d’un spectromètre infrarouge car c’est impossible à l’œil nu. Le problème ? C’est très coûteux. 15 000 € le dispositif. Plastic Odyssey a trouvé un moyen d’en concevoir un pour une centaine d’euros. Beaucoup plus abordable. Après le tri, place à l’extrusion. On chauffe le plastique à une température de 430° C pour le faire fondre et ainsi pouvoir le façonner de nouveau. La véritable innovation de Plastic Odyssey est à la troisième et dernière étape, la pyrolyse. Cette étape consiste à brûler ce qu’il reste du plastique, la partie qu’on ne peut pas recycler. La start-up est parvenue à mettre au point un dispositif pour transformer ce plastique voué à la perte en carburant. 1 Kg de plastique permet d’obtenir 1 L de diesel et d’essence.

Ce procédé sera utilisé durant l’épopée du Plastic Odyssey comme énergie pour le mener à bon port, d’un point à l’autre du globe. Ce bateau sera une véritable vitrine permettant de montrer et de partager les technologies développées, mais également de réfléchir et de travailler sur de nouvelles alternatives d’utilisation du plastique recyclé. Divisé en deux, la poupe sera dédiée au recyclage, car embarquée d’une micro-usine qui se veut complète et réplicable aisément. La proue quant à elle, est un mini laboratoire dédié à la recherche de nouvelles utilisations du plastique recyclé.

« Le plastique a une valeur mais est inutilisé » révèle Simon. En effet, alors qu’ils sont laissés à l’abandon, les déchets plastiques peuvent être transformés de bien des manières. Partis aux Burkina Faso, l’équipe de Plastic Odyssey a pu montrer à la population locale ce qu’elle pouvait  faire du plastique à l’aide de leur micro-usine. Chaises, vêtements, sacs, tables, carburants pour alimenter des hôpitaux ou des écoles, les possibilités sont vastes et peu coûteuses. De plus, cela crée de l’emploi localement car il faut faire tourner le centre de recyclage.

Les jeunes entrepreneurs ne se contentent pas de « réparer le passé », mais aussi de préserver l’avenir. Recycler le plastique, partout dans le monde, pour limiter sa production et trouver des matériaux alternatifs, tel est le challenge que s’est donné Plastic Odyssey en cinq années de travail.