Mercredi 18 mars 2026
Mercredi 18 mars 2026
Je t’ai attendue exactement comme si le rendez-vous avait été fixé, comme si l’une avait lancé l’idée et que l’autre s’en était saisie, comme si tu pouvais encore vouloir de moi le temps d’un après-midi. Tu aurais pu être vraiment là, sauter comme moi sur l’occasion offerte par la marée montante et le vent doux qui chuchote des promesses de printemps, vouloir profiter du soleil tant espéré. Sitôt assise tu aurais plongé tes pieds nus dans le sable, peut-être fait quelques pas dans l’eau. J’aurais gardé mes orteils au chaud dans mes chaussettes et mon écharpe autour du cou, on aurait ri un peu du froid qui persiste à vivre à l’intérieur de moi. J’aurais avancé dans mon projet au crochet et tu aurais peint tandis que nous parlions de telle série ou de tel livre, on aurait fait exactement comme si rien n’avait été abîmé et qu’on pouvait reprendre précisément là où l’on s’est arrêtées, ou peut-être qu’au contraire on aurait eu à cœur de nommer de tout ce qui nous a bousculées, toutes les erreurs et tous les regrets. Je t’aurais sans doute raconté la honte, pas dans l’espoir d’arranger quoi que ce soit mais pour que tu saches qu’elle a rejoint le froid à l’intérieur de moi. J’ai gardé mes orteils au chaud dans mes chaussettes et mon écharpe autour du cou, j’ai avancé dans mon projet au crochet. Trente minutes sont passées, puis une heure et puis deux. L’arbre immense a repris des forces et s’étend, son ami blessé pas vraiment. Sur la rive, des bateaux étaient toujours plantés dans le sable et célébraient le printemps qui est presque là, contrairement à toi.
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