Jeudi 19 février 2026
Jeudi 19 février 2026
A la nuit tombée, nous avons rejoint l’immeuble que je connais depuis les premières heures de mon enfance. J’ai été surprise, en passant la porte, de ne pas retrouver l’odeur familière chère à mon cœur, et j’ai craint un instant de l’avoir perdue à jamais. Pour la première fois depuis très longtemps nous n’étions que toutes les quatre autour de la table, nous trois et celle qui à bien des égards nous porte bien plus que notre propre mère. La conversation allait bon train, marquée par nos rires et nos éclats de tempête, l’heure était douce. Le dessert est venu avec les moqueries récurrentes sur mes petites manies, rituel dépourvu d’agressivité malgré les apparences. Elles s’amusent toujours de la révulsion que m’inspire le fait d’éplucher les clémentines mais dans ce clan-là, la plaisanterie passée, il s’en trouve toujours une pour me tendre le fruit qu’elle vient de peler pour moi. Nos relations sont pleines de ces petits gestes tendres et de ces attentions, de cette manière que nous avons, l’air de rien, de veiller les unes sur les autres. J’ai pris un moment, sans rien dire, pour m’absenter en pensée et nous observer de l’extérieur. Je me suis imprégnée de leur présence, j’ai mesuré ma chance d’appartenir à ce petit régiment de femmes solides et fières, difficiles parfois, résolument libres. J’ai repris le fil de la discussion devenue politique, participé au débat qui enflait. Ma sœur disait ses valeurs et ses convictions profondes, ma tante lui répondait comme un écho, et j’ai souri de voir la même radicalité affleurer de part et d’autre de la table, à une génération d’intervalle. Dehors, la nuit se taisait pour nous laisser toute la place. Près de ma main, quelqu’un avait déposé des quartiers de clémentine.
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