Congratulazioni! Il tuo sostegno è stato inviato con successo all'autore
avatar
Entretien avec Lucien Chéenne

Entretien avec Lucien Chéenne

Pubblicato 8 mar 2026 Aggiornato 8 mar 2026 Musica
time 9 min
0
Adoro
0
Solidarietà
0
Wow
thumb commento
lecture lettura
1
reazione

Entretien avec Lucien Chéenne

À l’occasion de la préparation de son album Larmes au poing, que Lucien Chéenne s’apprêtait à sortir en avril 2025, je l’ai rencontré il y a un an. Un échange franc et sans détour, à l’image de sa musique, où il évoque son parcours singulier, son rapport à la poésie et à la chanson française, et son regard sur la ville de Nantes, qui inspire l’un de ses singles.

Originaire du Mans et installé à Nantes depuis quelques années, Lucien Chéenne avait traversé le rockab’, les scènes indé et les studios d’Astaffort avant de revenir à l’essentiel : des chansons où le texte éclaire la musique, mêlant mélancolie, engagement et poésie brute. À ce moment-là, Larmes au poing reflétait déjà quatre années de vie, de combats intimes et d’observations sociales, donnant à sa voix un souffle à la fois poignant et viscéral.

L’entretien a déjà été publié dans Presse Océan, et vous pouvez le retrouver ici -> « Nantes m’appelle, Nantes ma peine »



Entretien avec Lucien Chéenne

©Simon Grumal


Raconte-moi ''Lucien Chéenne''

Lucien : Je suis né au Mans. Je suis originaire d’entre Le Mans et Piriac. J’ai vécu longtemps au Mans, puis à Tours, et je suis arrivé à Nantes il y a quatre ans. La musique est entrée très tôt dans ma vie. J’ai commencé vers six ou sept ans avec du chant grégorien. Ensuite je suis passé au rock. Les Beatles m’ont complètement happé. Puis, vers seize ans, un ami m’a fait découvrir la chanson indépendante française, avec des artistes comme David McNeil ou Michel Tonnerre. Là, j’ai été happé par la poésie. J’aimais ce mélange entre la chanson et la littérature.



Aujourd’hui tu présentes ton nouvel album. Comment tu conçois un disque ?

Lucien : C’est mon troisième album. Je conçois la musique un peu comme dans les années 70. L’idée, c’est de créer un support avec plusieurs titres qui racontent une époque et qui l’illustrent.

Je pars toujours de choses que j’ai vécues. J’avais des histoires à raconter, et je me sers de ce que je vis comme matière pour écrire.


Avant celui-ci, j’avais sorti Pied tendre, il y a six ans. Entre-temps je suis allé me former à Astaffort, chez Francis Cabrel. Là, je me suis retrouvé entouré d’auteurs-compositeurs fabuleux qui m’ont emmené vers d’autres horizons. Ensuite j’ai fait un EP avec le bassiste de Zazie, et c’est après tout ça que j’ai écrit cet album.



Tu vis à Nantes depuis quelques années. Quel regard portes-tu sur la ville ?

Lucien : Quand je suis arrivé, Nantes me semblait être une ville énorme, intéressante, très belle. Je viens d’un endroit où, quand tu es musicien, il y a un endroit pour jouer pour 150 mecs. Ici, il y a 300 musiciens et 150 endroits pour jouer. Et surtout, il n’y a pas vraiment de concurrence entre nous. Mais en vivant ici, je me suis aussi rendu compte des mauvais côtés de la ville. Je me suis fait agresser lors d’une de mes premières sorties. J’ai fréquenté la nuit nantaise en travaillant comme DJ dans des bars, et je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas bien.


Il y a un paradoxe. On nous vend Nantes comme une ville magnifique et culturellement incroyable, ce qui est vrai. Mais il y a aussi un revers de médaille assez glaçant. On a le plus grand bidonville rom de France, et dans le centre-ville on croise des gens qui crèvent la dalle. Quand je me balade à pied la nuit, je me fais régulièrement alpaguer pour des tickets resto, de la came, parfois pour des choses plus agressives. Je ne comprends pas qu’on puisse vivre dans une ville avec autant de richesse et voir, en plein centre, des gens qui survivent.


C’est d’ailleurs le sujet de ma chanson « Nantes ». Une ville qui me sidère. Elle est magnifique, mais elle me consterne aussi. Dans le morceau je dis : « Nantes m’appelle, Nantes ma peine. »


Je suis viscéralement de gauche, je pensais que Nantes était de gauche, mais la plupart des gens, quand j’écoute la vox populi, j’entends que Nantes n’est plus une ville de gauche. Les gens n’en peuvent plus. On est dans une ville qui fait son beurre sur le mémorial de l’esclavage et on assiste à des espèces d’esclavage moderne très libéraux, très hypocrites, auxquels on ne fait rien. Les livreurs Uber qui se tapent sur la gueule pour prendre une commande et gagner 1 €…


Ton écriture est souvent mélancolique, très poétique. D’où vient cette sensibilité ?

Lucien : Je n’ai jamais cherché à défendre une musique mélancolique ou poétique, mais j’en ai toujours écouté. Je suis un énorme fan de Gainsbourg, d’Arno… Simplement, je ne pensais pas avoir la crédibilité pour faire ce genre de choses. Je ne savais pas comment y accéder. Et puis j’ai vécu des événements dans ma vie qui m’ont fait passer brutalement au statut d’homme. Une parentalité compliquée, notamment. La mélancolie s’est imposée à moi. Je ne pouvais pas faire autrement que de m’en inspirer pour écrire cet album.


Je pense que je vais continuer à aller vers ça. Le côté un peu dark, romantique, m’a toujours plu. L’Homme à tête de chou est un album de chevet pour moi. Et je suis aussi très inspiré par Nino Ferrer, par toute sa période South psyché.


Pour toi, le texte est central dans une chanson ?

Lucien : Oui, totalement. Je pense que le texte doit éclairer la chanson. Qu’importe la musique. Si le texte fonctionne, la chanson est ficelée et elle me touchera. C’est ce qui m’intéresse le plus aujourd’hui. Mais c’est aussi quelque chose qui se perd. Le public veut vivre une expérience physique, se faire remuer. Les émotions passent davantage par le corps que par le cerveau.


On est abreuvés de messages publicitaires, de slogans. On vit dans un monde de fake news. S’intéresser à la poésie aujourd’hui, c’est presque devenu suranné. Alors que c’est là que se trouve la lumière. Le langage fait la beauté du monde. Et si on a autant de heurts aujourd’hui, c’est aussi parce qu’on ne partage plus le même langage.


D’une manière générale, je trouve que le niveau poétique de notre monde est en chute libre. La consommation, le fait d’avoir, d’obtenir, fait rêver davantage que l’imaginaire. Il n’y a aucune poésie là-dedans. Si tu dis que tu écris de la poésie aujourd’hui, tu te sens presque exclu de ce monde libéral. Comme si tu ne savais plus où était ta place. Alors que ça devrait être une place centrale. On ne met plus aucun poète au pinacle.


Tu parles aussi souvent de la langue française et de sa place aujourd’hui.

Lucien : Oui, parce que c’est un sujet qui n’intéresse plus grand monde. On est dans la start-up nation. Les mots anglais qui s’imposent servent presque toujours des logiques commerciales. Et en même temps, la parole est devenue d’une agressivité incroyable. Il y a de moins en moins de civilité. On apprend aux gens à ne plus s’excuser : " fait, fait, gagne ta vie et ne t’excuse plus ! Ne prend plus le temps de te remettre en question !"


Pendant dix ans, j’ai donné des cours d’écriture en lien avec la psychanalyse, en utilisant la chanson. Et plus mon public rajeunissait, plus je voyais l’ampleur du problème. J’avais des étudiants qui avaient honte d’écrire de la poésie. Comme si montrer son émotion était quelque chose de honteux.


Aujourd’hui, on ne peut même plus confronter des idées tranquillement. Quand tu dis simplement que tu n’es pas d’accord avec quelqu’un, ça part immédiatement au clash.



lecture 2 letture
thumb commento
1
reazione

Commento (1)

Devi effettuare l'accesso per commentare Accedi
Line Marsan verif

Line Marsan 13 minuti fa

Cet entretien me donne illico envie d'écouter cet artiste ! Merci pour la découverte !

Puoi sostenere i tuoi scrittori indipendenti preferiti donando loro

Proseguire l'esplorazione dell'universo Musica
Couac
Couac

Un mot d'un dictionnaire, ma définition, votre sourire, ma joieUn son discordant rompant toute...

Bernard Ducosson
1 min

donate Puoi sostenere i tuoi scrittori preferiti

promo

Download the Panodyssey mobile app