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Entretien avec Yann Guillarme

Entretien avec Yann Guillarme

Pubblicato 5 mar 2026 Aggiornato 5 mar 2026 Cultura
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Entretien avec Yann Guillarme

À l'occasion de la venue de Yann Guillarme sur scène à Saint‑Étienne‑de‑Montluc le 14 mars puis à Nantes le 13 mai, j’ai eu l’occasion de m’entretenir longuement avec l’humoriste, désormais chroniqueur du vendredi dans Quotidien sur TMC et actuellement en tournée avec son spectacle Libre !. Un entretien qui s’est révélé aussi dense que généreux, à l’image de l’artiste.

Dans Presse Océan, vous retrouverez prochainement une version resserrée de cette conversation. Ici, je vous propose la version intégrale, sans coupe, telle qu’elle s’est déroulée : un dialogue où Yann Guillarme revient sur son parcours, son rapport à la scène, son arrivée à Quotidien, sa vision du stand‑up, et ce lien très particulier qu’il entretient avec le public… et avec Nantes.



Entretien avec Yann Guillarme



crédit photo : Laura Gilli

Racontez‑moi ''Yann Guillarme''.

Yann : Je suis né en Bretagne, à Quimper, mais à trois ans je suis redescendu avec mes parents dans un village qui s’appelle Haute‑Rivoire, à mi‑chemin entre Lyon et Saint‑Étienne. J’y suis resté jusqu’à mes 18 ans. Ensuite j'ai fais mes études à Lyon, puis j’ai tenu un magasin, j’étais directeur de supermarché. Et à 24 ans, j’ai tout arrêté. J’ai quitté la campagne, je suis allé vivre dans Lyon et je suis entré à l’Acting Studio, l’école de Joëlle Sevilla et Alexandre Astier. J’y ai suivi une formation.

Je ne sais pas si j’étais passionné par quelque chose en particulier, mais je savais que je ne voulais pas d’un travail avec les mêmes horaires tous les jours. J’avais une facilité pour faire rire. Ce n’était pas destiné à devenir un métier, mais ça permettait déjà de passer de bonnes soirées.

Et puis j’ai attaqué. Ça fait vingt ans que je suis intermittent du spectacle. J’ai joué beaucoup de pièces de théâtre, de la comédie de boulevard à Lyon, mais aussi du théâtre subventionné. J’ai joué Shakespeare, et beaucoup, beaucoup Molière.


J’ai écrit un premier one‑man‑show en 2007 que j’ai tourné jusqu’en 2010, mais ça ne m’éclatait pas tant que ça. Et puis à l’époque, ce n’était pas vraiment le truc à faire. Aujourd’hui, le stand‑up c’est la mode : dès que t’es jeune et que t’écris trois blagues, tu te dis “je vais faire du stand‑up”.

Moi, je n’avais aucune ambition. Je voulais juste m’amuser et passer ma vie à m’amuser. Le théâtre était un bon moyen de le faire. Je bossais beaucoup. Et puis il y a six ou sept ans, je me suis dit : “En fait, peut‑être que l’ambition est là.” Alors je suis monté à Paris.


J’ai arrêté de faire autre chose. Ça fait trois ans que je ne fais que du stand‑up. J’ai fait des comedy clubs, qui sont de vraies salles de boxe pour s’entraîner, taper dans le sac, et en sortir avec un mélange intéressant. Pour les gens, ça donne un truc hybride : vingt ans de théâtre, donc un vrai jeu, de la générosité, et en même temps des vannes ciselées qu’on ne trouve qu’en stand‑up. Il n’y a plus de place pour les longues prémices : c’est vanne, vanne, vanne.


Coluche était déjà un excellent stand‑upper, avec une punchline toutes les secondes. Il disait un truc génial : “C’est difficile d’être seul sur scène, parce qu’il faut une vanne, un rire, toutes les quatre secondes. Huit secondes, c’est un effet. Douze secondes, c’est un bide.” À partir du moment où tu sais ça, faire un spectacle d’1h15 ou 1h30 avec le nombre de vannes escomptées… ben c’est bon.



Comment décririez‑vous votre univers à quelqu’un qui ne vous connaît pas ?

Yann : Mon univers, c’est un humour populaire, généreux, organique. Ça transpire. On s’identifie à ce que je vis parce que je suis un homme moyen : mi‑beau, mi‑gros, mi‑vieux… donc 70 % des hommes de France. Et même des femmes, évidemment, parce qu’elles sont aussi concernées par les effets de vie entre la gauche, la droite, le monde rural, le monde citadin, les bobos et les bobeaufs…

Moi, je suis un bobeauf. Un boomer moderne. J’ai 40 ans, je suis entre deux générations. J’ai été éduqué par des parents dans un monde qui n’existe plus, et je vis dans le monde de mon fils. On a changé de génération très vite, et nous, les gens des années 90, on s’adapte.



Quel âge a votre fils ?

Yann : Mon fils a 11 ans. Il est de la génération Alpha. Et lui, c’est cool, parce que tout ce qui est wokisme, féminisme… ça a explosé ces dix dernières années. Par la génération des 20 ans, qui a surpris tous les vieux, tous les boomers, et même ma génération, qui a dû s’adapter. La génération de mon fils va en bénéficier : il n’y aura pas les excès qu’on peut voir aujourd’hui. Ce sera plus réglé, plus normal.

Mon voisin est trans ? Normal. Il y a de l’immigration ? Normal. Et au contraire : “Qu’est‑ce que l’autre peut m’apporter ?” Je vois mon fils, il a déjà une ouverture qui me fascine. Je trouve ça chouette.

Moi, j’essaye de lui apporter ce que je peux, mais je sais que je suis un homme déconstruit… avec de vieux réflexes. J’ai 45 ans, je ne pourrai jamais être totalement… voilà. Il y a des phrases qui sortent, de l’humour, des conneries.

Je suis ton tonton un peu con, mais que t’as quand même envie de voir aux repas de famille. Parce qu’il est con, mais il n’est ni méchant, ni raciste, ni quoi que ce soit. Je suis juste un gars rigolo. Je donne pas de leçons. Je sais pas… je kiffe. Je suis un kiffeur.



Vous dites que vous aviez tout — un boulot, une femme, un chien, une villa, une tondeuse… et pourtant vous décidez de tout quitter. Pourquoi ?

Yann : Autant je ne savais pas si j’allais faire un métier artistique — comédien, chanteur, ou autre — autant j’étais sûr que la situation dans laquelle j’étais n’était pas ce à quoi j’aspirais au fond de moi.

J’ai suivi mon parcours “normal”, mais même pas sous l’impulsion de mes parents : juste parce que c’est comme ça que ça se passe. Je suis tombé amoureux, j’étais avec une fille, j’ai continué mes études… Et puis à un moment, quand des objectifs plus sérieux se sont posés, je me suis dit : “Attends… est‑ce que vraiment c’est ça ?”


Moi, j’ai grandi à la campagne et j’ai adoré ça, mais je disais déjà à mes potes, à 15‑16 ans, que je partirais. Comme quelqu’un qui veut quitter sa banlieue ou son village pour aller à l’étranger. Tu peux rester chez toi et être très bien avec ça. Mais moi, je savais que ce ne serait pas mon cas.


J’ai quand même continué le cursus “normal”, et puis un jour je me suis dit : “En fait non.” J’ai débranché la tondeuse, et je suis parti à Lyon. J’avais 22‑23 ans, j’étais cadre, j’avais un plan de carrière tout tracé : directeur de magasin, puis directeur commercial, puis directeur régional… Un truc bien établi. Mais je crois que le côté précaire, le fait de ne pas trop savoir de quoi demain est fait, j’aimais bien ça. En me disant que potentiellement demain je meurs, l’idée de ne pas savoir ce que je vais faire… j’aime bien.



Qu’est‑ce qui a été le plus difficile à ce moment‑là ?

Yann : En vrai, pas grand‑chose. J’avais un statut pro qui me permettait de comprendre pas mal de choses administratives. J’ai monté un dossier pour être subventionné par l’État pour ma formation de théâtre — autant dire que j’ai fait un bon dossier.

Et puis je suis parti à Lyon, et là on est entrés dans un tourbillon de fête permanente. Pas la fête la nuit, mais la fête culturelle : prendre des cours de théâtre, découvrir un autre univers, entendre parler d’auteurs… C’était une ivresse culturelle. Le mardi soir je vais voir une pièce, après je bois un coup avec le comédien, le lendemain je rencontre d’autres gens, j’apprends du texte, des grands textes, des grands auteurs… Je me suis passionné pour ça. Je ne voulais pas revenir en arrière. Et maintenant, encore moins.


Le plus difficile, je crois, c’est de rester dans une situation qui ne nous plaît pas. J’entends des gens dire : “J’aurais bien aimé faire ce que t’as fait.” Je leur dis : “Fais‑le !” Même si c’est un conseil un peu con, parce que tout le monde a ses obligations. Mais quand une situation ne nous convient pas, la changer offre quand même une chance sur une pour que ce soit mieux après.


Ma situation m’allait très bien, mais je savais que je ferais autre chose. Au début tu tâtonnes. Moi, l’avantage et l’inconvénient, c’est que j’avais 25 ans, j’avais déjà gagné de l’argent… et tout dépensé, comme maintenant. Mais ça veut dire que j’avais connu un certain confort, donc je n’avais pas le choix : il fallait que je bosse. Et comme je savais ce que c’était d’avoir une situation correcte, j’ai tout fait pour retrouver ce confort. J’ai travaillé tout de suite. Pendant un an et demi j’ai fait mon statut, et après je n’ai jamais arrêté de faire du théâtre. Jamais. Depuis vingt ans.



Comment passe‑t‑on du théâtre classique à l’écriture de stand‑up ?

Yann : Assez facilement. En fait, c’est surtout une question de savoir quel est ton comédien intérieur. Je me suis rendu compte que, quand je jouais, j’avais un état de jeu très proche de la réalité. Et au début, quand je faisais du one‑man, on voyait que j’essayais de faire rire. Il m’a fallu du temps pour me dire : “Non, rapproche‑toi de la vérité.” Être, et ne plus jouer à être.

C’est un parcours de comédien, plus qu’un changement de registre.


J’ai joué des pièces très drôles, et comme j’avais souvent le rôle principal, j’ai appris à façonner mon clown. Que ce soit en théâtre ou en stand‑up. Et dernièrement, ça a été fascinant : ce que je cherchais depuis longtemps s’est concrétisé avec le stand‑up. Chaque mot, chaque phrase, tu la dis dans les yeux, et les gens doivent y croire autant qu’un alexandrin.


Donc oui, ça a été naturel. Et puis il y a l’envie. Je n’ai jamais fait ce métier pour aller contre mes envies. Là, c’était le bon moment.


Vous dites “le talent, c’est le travail”.

Yann : J’ai dit ça ? Oui… enfin c’est Brel qui l’a dit, je ne vais pas paraphraser un génie. Et il y a un autre gars — je ne sais plus qui — qui disait : “On a tous du génie, mais il faut beaucoup de travail pour avoir un peu de talent.” J’aime bien ça.


Je suis meilleur sur scène qu’en dessin, donc ça aurait été con de choisir le dessin. Tu vois ce dont tu es capable, et après… j’ai fait des milliers d’heures de scène. Ça commence à faire beaucoup. Travailler, c’est apprendre à se connaître. Plus on se connaît, meilleur on est. Ce n’est pas prétentieux : plus tu travailles, plus tu te bonifies, et plus une forme de talent arrive.


Les gens paient pour voir ça parce qu’il y a une performance agréable à entendre. Mon boucher fait de très bonnes vannes, mais je ne vais pas mettre 20 balles pour aller l’écouter. Je veux qu’il me fasse de la bonne viande. Enfin… mon boucher… ça peut être Naturalia à côté, je dis n’importe quoi.


Ce n’est pas la besogne. Je n’aime pas l’idée de “travailler pour travailler, ou pour réussir”. C’est plutôt façonner, comme un artisan. Mon bois, c’est ma façon de parler, ma diction. Comme un musicien qui travaille ses gammes chez lui.



La conversation est extrêmement sérieuse pour un humoriste… oh putain ! (rire)



Parlons de Quotidien. Comment êtes‑vous arrivé là‑bas ?

Yann : Ça a été très vite, au final. Mais comme disait Jimmy Page : “Il m’a fallu 30 ans pour mettre 30 secondes de solo de guitare.” Il y a un peu de ça. Quand je suis monté à Paris, j’ai fait plein de choses, puis les réseaux sociaux sont arrivés. Je me suis mis à faire des vidéos, qui ont entraîné des rencontres, dont une avec Pablo Mira. J’ai fait un prime avec lui, en jouant un personnage un peu de droite. Ensuite j’ai fait mes vidéos de maires, qui ont bien marché, et ça a fait évoluer ma notoriété.


J’étais chroniqueur sur Rire & Chansons, que j’ai quitté en septembre 2024. Je suis entré tout de suite chez Nova, avec Guillaume Meurice. Donc Nova, c’est novembre 2024. Je fais la saison entre Guillaume Meurice et Akim Omiri dans La Riposte, et ça marche très bien.


Et là, Laurent Bon, le producteur de Quotidien, cherche des humoristes pour renforcer l’équipe. Mon nom arrive sur la table parce que le directeur des flux de TF1, sa femme, et pas mal de gens avaient entendu parler de moi : une vidéo, un spectacle, un passage quelque part…


J’ai un rendez‑vous avec le patron. On s’amuse bien. Il me dit que je vais lui faire du bien. Je lui demande s’il faut que j’appuie mon côté beauf, il me répond : “Non, pas besoin.” Je lui balance une vanne, on rigole, et c’est parti. J’étais très content.


Même si, au début, c’est un peu comme si t’étais invité au mariage de ton ex‑femme : t’es invité, mais personne n’a vraiment envie que tu sois là. C’est le père de la mariée qui te dit : “Viens raconter des blagues, parce que mon nouveau gendre est chiant.” Il y a ce petit côté‑là…



Personne n’avait envie que vous soyez là ? C’est votre ressenti ?

Yann : Disons que l’émission était considérée comme un peu de gauche, bien‑pensante, élitiste, parisienne. Donc il fallait qu’ils fassent un petit pas de côté. Avec intelligence, Laurent Bon s’est dit : “On ne peut pas tailler CNews tous les jours en disant qu’ils reçoivent de vieux ronchons, et nous recevoir Dominique de Villepin tous les trois jours sans que personne ne nous le dise.” Le mieux, c’est d’avoir de l’autodérision. Et quelqu’un qui le dise en interne, dans nos propres rangs.


Mais on s’entend hyper bien avec Yann Barthès et l’équipe, donc c’est super. J’y suis depuis septembre 2025. La difficulté, c’est ça : quand je parle du mariage de l’ex, c’est que t’es invité, mais c’est impressionnant. Quotidien, ça dépasse tout le monde. La star de l’émission, c’est l’émission : la ligne éditoriale, la façon de traiter l’actu, Yann Barthès… Donc la place de l’humoriste, personne ne t’attend. C’est à toi de t’adapter.


Mais je suis très content, parce que les gens qui me découvrent dans Quotidien ne se disent pas que je fais l’inverse en spectacle. C’est la même ligne. Mon univers : populaire, vrai, brut, généreux. Je ne triche pas.



La télé a changé votre manière d’écrire ?

Yann : La télé oblige à changer un peu la manière d’écrire. C’est une heure de grande écoute. La différence avec la scène, c’est que les gens paient pour te voir, ils ont décidé de venir jusqu’à toi. Donc tu ne fais pas de concessions : ils viennent pour ça.


À la télé, c’est l’inverse : tu rentres chez les gens. Ils n’ont pas demandé — enfin, ils regardent, mais tu vois ce que je veux dire. Il faut les respecter davantage. Pas être “mainstream”, mais y aller plus doucement. Prendre le temps d’entrer chez eux, et ensuite les emmener vers toi, vers ton univers, sans que ça paraisse abrupt.



Vous vous sentez plus libre sur scène ?

Yann : En fait, la liberté ne vient pas de l’écriture. Elle vient de la façon dont les choses sont reçues. Je ne crois pas au “on ne peut plus rien dire”. On peut tout dire : des horreurs, des trucs très drôles, tant mieux. Mais il faut que la personne qui écoute comprenne l’intention.


Sur scène, les gens connaissent ton univers. Même s’ils te découvrent, ils savent qu’ils entrent dans un espace où le but, c’est de rire. À la télé, certains pensent que tout ce que tu dis est au premier degré. Il y a moins de second degré. Et sur les réseaux sociaux, n’en parlons pas.


Mais si les gens comprennent que tu ne penses pas ce que tu dis, ça passe. Par exemple, je fais un personnage de droite, très ancré dans les valeurs traditionnelles, mais en débordant exprès pour que ce soit caricatural, donc drôle, et sans arrière‑pensée pour celui qui reçoit.



Votre spectacle s’appelle pourtant Libre. Comment est venu ce titre ?

Yann : Libre, c’est venu en cours d’écriture. C’était un sentiment : “Viens, on va rire ensemble de tout.” Pas un truc de porte‑parole anarchiste ou de manifeste pour vivre sans règles. Ça ne sert à rien : personne n’est totalement libre.


Si j’ai une femme et un enfant, je ne fais pas n’importe quoi. Je n’abandonne pas mon fils, je l’emmène en vacances. Je veux qu’il soit heureux. Je dois payer un loyer, ou un crédit. On n’est pas vraiment libres.

C’est une liberté intérieure. Une liberté de ton. C’est : “Viens, tu vas rire généreusement.”


J’aimerais que le public se sente libre de rire fort, comme dans le jeu Qui est‑ce ? où on plie les gens sur eux‑mêmes. J’aime bien quand ça rit fort, tout de suite.


Et j’ai compris pourquoi : je sortais beaucoup en soirées électro. Et je trouvais que ça commençait trop tard. Le BPM montait trop tard. Il fallait attendre 2h du matin pour que ça tape. Moi j’aimais les raves : ça tapait dès la première seconde.


Mon spectacle, c’est ça. Une soirée électro qui démarre tout de suite. Pas de prémices : “Bonjour, je suis machin…” Non. Boom, on y va, on rentre dedans.



Il s’agit d’un spectacle autobiographique ? Vous incarnez des personnages ?

Yann : Dans le spectacle, il y a des moments où je raconte une histoire et où je vais incarner un personnage. Par exemple, je dis que j’aimerais avoir un coach à mon image : pas un colosse, mais un coach un peu gros, comme moi. Là, je l’incarne. Mais ça reste très stand‑up. Je parle d’une situation qui me concerne pour essayer de concerner tout le monde.


Au fond, c’est l’histoire d’un boomer moderne qui sent que la vie va vite, qui a envie de kiffer. Le point de départ du spectacle, c’est : je balance une énormité, une vraie blague de routier, et derrière quatre alexandrins. Pour dire : ne jugez pas trop vite.


On vit entourés de jugements immédiats et radicaux. On est tous le beauf de quelqu’un. Parfois on est beau, parfois on se trouve moche. On écoute de la musique dont on a honte. “J’écoute Indochine.” Et alors ? On s’en fout.


Il faut faire attention à la bien‑pensance. C’est difficile d’être cohérent tout le temps. Difficile d’être tout le temps de gauche, pareil quand on est de droite. Je pense que les gens de droite n’ont pas envie que les gens crèvent de faim par terre. Chacun a ses convictions, mais il faut éviter de juger les autres.


Tu vois une manif, et autour des gens disent : “Ils n’ont pas autre chose à foutre ?” Alors qu’en vrai, ce serait plus intéressant qu’ils se parlent.


Sauf la Manif pour tous. Là, j’ai pas compris. Quand j’ai serré mon fils dans mes bras pour la première fois en 2014, je me suis dit : comment des gens qui ont vécu ce bonheur peuvent être dans la rue pour empêcher d’autres d’avoir ce même bonheur, juste parce qu’ils sont gays ou lesbiennes ? Je trouve ça ouf.



Si t’arrives à faire un truc cohérent avec ça… (rire)



Tiens, il y a beaucoup de ça aussi dans le spectacle. On a tout de suite envie de se tutoyer. J’ai l’impression de parler à des gens de ma famille. Des gens que j’aime bien. Et à la fin, tout le monde se tutoie. Il y a un truc là‑dedans qui me plaît beaucoup.



C’est ce que vous souhaitez offrir au public, le sentiment d’appartenir à la même famille ?

Yann : Je pense que les gens ne seraient pas contre qu’on parte en vacances ensemble, oui. Et en même temps, je crois que j’ai atteint un truc où je m’applique vraiment à être bon dans ce que je fais. Il y a ce côté : “Il me fait penser à un copain… mais c’est un vrai comédien.” Il y a des humoristes qu’on va voir pour ce qu’ils disent. Moi, je crois qu’on vient me voir pour ce que je suis. Et pour ce que je représente sur scène.



Du point de vue pratique, quelles sont les dates ?

Yann : Je suis à Saint‑Étienne‑de‑Montluc le 14 mars, à Nantes au Théâtre 100 Noms le 13 mai, et je reviens l’année prochaine, le 20 janvier 2027, à la Cité des Congrès.



Vous avez déjà joué dans la région ?

Yann : Oui, je connais bien. J’ai joué à la Compagnie du Café‑Théâtre. J’adore Nantes. J’ai fait des réveillons ici, à la Cité des Congrès, dans la grande salle.



Quel est votre rapport à Nantes ?

Yann : J’ai joué devant 30 personnes avec qui on a hyper sympathisé, et qui reviennent à chaque fois. Il y a une histoire qui se tisse entre les Nantais et moi. Et puis je suis breton. Donc il y a toujours cette blague de départ : “Nantes est‑elle bretonne ?”


Moi, je suis autant breton que les Nantais, et les Nantais autant bretons que moi. J’ai vécu trois ans en Bretagne, puis je suis parti à Lyon, puis à Paris. Donc pour un Breton, je suis moins breton qu’un Nantais.


Nantes, c’est une ville que j’adore. Le soir, c’est une ville incroyable. Le public est top. Et puis comment ne pas dire qu’elle est bretonne ? Le château, c’est Anne de Bretagne. C’est un vaste débat… qu’on ne lancera pas ici.



Si aujourd’hui vous deviez parler au jeune directeur de magasin que vous étiez, que lui diriez‑vous ?

Yann : Je lui dirais de faire exactement ce qu’il a envie de faire. Je ne sais pas si j’ai des regrets. J’ai mis du temps, mais on vit dans un monde qui va très vite, donc finalement je suis content d’avoir pris ce temps‑là. J’ai vraiment kiffé la vie. J’ai pas exagéré. J’étais un entrepreneur calme.


Je voulais être là pour mon fils, donc j’ai passé énormément de temps avec lui et avec ma femme. Et je lui dirais : “Putain, ça va être cool.” Vraiment. Je ne regrette rien. C’est trop bien.



Avez‑vous un message à partager avec les lecteurs et lectrices du journal ?

Yann : Le meilleur conseil à donner, c’est de ne pas en donner. Mais quand même… Il y a cette phrase un peu pourrie : “Le premier jour du reste de ta vie.” Souvent, on se rend compte de la vie quand on est touché par une maladie ou un truc grave. Moi, très jeune, je me disais déjà que je pouvais potentiellement claquer demain. Donc je ne vis pas chaque jour comme si c’était le dernier, mais comme si c’était le premier.


Je ne conseillerais pas aux gens d’être brillants. Je leur conseillerais simplement d’être heureux.



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