United we stand, divided we fall...
"United we stand, divided we fall", comme on dit au Royaume-Uni.
Ou bien, comme on a cessé de le dire en Belgique depuis longtemps : "l'union fait la force".
En fait, ce n'est pas vraiment que l'on croit que sa maison à soi est ou restera épargnée pendant que celle des autres brûle. C'est même le contraire : chacun voit que sa propre maison risque de brûler à terme.
Mais c'est plutôt que chacun se dit à part soi : "oui, c'est dommage pour l'autre si sa maison brûle, mais moi je dois empêcher la mienne de le faire, et j'ai déjà tellement de travail avec ça que je n'ai plus les ressources de m'occuper de celle de l'autre en plus de la mienne."
Et chacun de conclure dans son coin : "Chacun pour soi, que chacun se débrouille, c'est comme ça dans la vie".
En fait, si la maison de l'autre brûle, on dira que c'est la faute de l'autre, parce qu'il n'aura pas été assez prévoyant.
Peu de gens diront – ou personne ne dira – que c'est parce que quelqu'un de l'extérieur y a mis le feu... et on dira encore moins que c'est le système, ou bien ceux qui nous gouvernent, qui y ont mis le feu.
On dira plutôt que quelles que soient les circonstances, c'est parce que les autres n'ont pas été assez prévoyants que leur maison a pris feu.
On ajoutera que soi-même, on a déjà bien assez de travail à se montrer prévoyant pour que sa propre maison ne prenne pas feu, sans devoir en plus devoir éteindre l'incendie de la maison de l'autre, la lui reconstruire et l'héberger en attendant. Et qu'on a d'autant moins envie de le faire qu'on est persuadé que c'est la faute de l'autre lui-même si sa maison brûle et que s'il avait su se montrer plus prévoyant, sa maison n'aurait pas brûlé. Chacun se dit que ce n'est pas à lui de payer le prix des erreurs des autres pour eux à leur place.
Et chacun est intimement persuadé que s'il sait se montrer prévoyant, le faire à temps et adopter les bonnes stratégies, sa maison ne prendra jamais feu. Pas parce que les circonstances le voudront ainsi. Pas parce qu'ils auront eu de la chance et les autres de la malchance. Mais parce qu'eux-mêmes auront su faire en sorte que ça ne leur arrive pas.
Chacun est persuadé que les autres sont plus privilégiés que soi.
Chacun se sent fier d'avoir su être prévoyant comme les autres n'ont pas su l'être alors qu'il en avait beaucoup moins les moyens que tous les autres.
C'est pour cela que chacun croit qu'il aura réussi à épargner lui-même sa propre maison de l'incendie.
Chacun divise le monde en cigales et en fourmis, et chacun se voit soi-même en fourmi et les autres en cigales. Chacun croit que les maisons qui brûlent sont celles des cigales, et que celles des fourmis seront épargnées.
À moins qu'on oblige les fourmis à aider les cigales alors qu'elles ont passé tout l'été à danser.
Alors si sa propre maison brûle, chacun dira que ce sera la faute aux cigales parce que leur maison aura brûlé avant. Que sans la prévoyance des fourmis, elles se seraient retrouvées sans abri bien avant. Et que finalement, la fourmi de La Fontaine avait bien raison de claquer la porte au nez de la cigale. Parce qu'ainsi, elle, au moins, se préservait elle-même.
"Chacun pour soi dans la vie. Le monde est ainsi fait. C'est un peu trop facile de compter toujours sur les autres et d'attendre que tout tombe du ciel. Surtout quand dès le départ, on est déjà privilégié."
Chacun croit que les autres sont privilégiés par rapport à soi.
Et personne ne croit que les incendies viennent de l'extérieur.
Personne ne croit que les incendies sont volontaires.
Chacun croit que les incendies font simplement partie de la nature des choses.
Chacun croit que les incendies sont une fatalité.
Mais chacun croit que sa propre prévoyance pourra l'en protéger.
Ça fait cinquante ans qu'on a (ré)appris à tout le monde à le penser.
Crédit image : © kolyaeg | Pixabay
© Jackie H, 2026
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Commento (2)
Bozena Wisniewska-Le Talludec 6 ore fa
J’admire ton raisonnement Jackie mais je n’ai aucune référence, ni par rapport à la politique, ni vie sociale de proximité, ni date. Je pense qu’on trouve l’exemple et son contraire dans la vie de tous les jours.
Bozena Wisniewska-Le Talludec 6 ore fa
But : United we stand, divided we fall.
Jackie H 1 ora fa
Tout à fait, le texte reste général, mais il répondait à l'origine à une publication sur un autre réseau concernant la politique belge actuelle, le démantèlement progressif des acquis sociaux et le manque de solidarité au sein de la population
Ecirtap 8 ore fa
J'ai un doute sur la maison; le bâti ou celle construit pour s'abriter du monde sur le plan psyché. Ce texte pourrait marcher pour les deux; je pense reconnaître votre Créativité.
Mais pour le bâti, la notion de propriété est de plus en plus source de mépris, d'agressivité défensive.
Et pour la maison psyché, si elle est sujet d'arrière plan, perso je "marque" les 4 murs tous les jours et n'ai pas de voisins. Pas de fumée ...
Quel travail stylistique au niveau du texte; chapeau bas.
Merci Jackie H pour ce texte.
Jackie H 7 ore fa
Merci pour l'appréciation Ecirtap 🙏🏻
En fait il s'agit d'un commentaire qui aurait été un peu longuet sur un autre réseau... et pour lequel ke me suis dit qu'il serait bien mieux sur Panodyssey, avec un petit lien 😉
La publi d'origine soulignait la façon dont le gouvernement divise la société en traitant les "problèmes" un par un, et comment chaque secteur se retrouve isolé quand il est attaqué et comment les autres manquent cruellement de solidarité, alors que si toute la population savait faire bloc, les "princes qui nous gouvernent" ne pourraient pas faire ce qu'ils veulent de la même manière.
Mais j'apprécie votre vision alternative. Elle donne un tout éclairage au texte, et aussi une autre profondeur...
Encore une fois, merci Ecirtap 🙏🏻
Ecirtap 7 ore fa
J'ai oublié la parcimonieuse utilisation de la couleur de la police 😉.
Et le vrai acte citoyen Proudhon, Bakounine voire Jaurès , Blum est bien fini ma petite dame. Circulez, il n'y a plus rien à voir!