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j’écris le soir, près de  l’Île Saint-Louis
Fiction
Conte
calendar Publié le 15 oct. 2026
calendar Mis à jour le 15 oct. 2026
time 3 min
Tous publics

j’écris le soir, près de l’Île Saint-Louis


Alors, Toi la Survenue d’une longue nuit - celle de l’inconnaissance -, tu ne seras plus que cette vague couleur sur l’arête d’un prisme, peut-être un simple indigo, une améthyste dormant dans le feutre de son écrin. C’est pourquoi aujourd’hui, dans cet instant que je fais mien, je veux rassasier mes yeux, leur donner à satiété cette nourriture rare que tu es. Ils sauront bien me dire la limite à ne pas dépasser, au-delà de laquelle je ne serais que le contemplateur d’une âme se livrant dans son plus total dénuement. Oui, laisse-moi encore ce genre de « permission de minuit, de midi ? » afin que, rendu à mon âme d’adolescent, je puisse rêver de ta féminité au-delà de la féminité, c'est-à-dire t’installer dans ce palais de cristal sur lequel tu règneras sans partage. Non, tu n’auras nulle concurrente. Pas même une Survenue de quelque gynécée d’Orient sur lequel quelque Prince exercerait son souverain désir.

M’apercevrais-tu, dissimulé derrière le double foyer de mes jumelles, tu penserais avoir affaire à un Voyeur sans scrupule voulant dérober jusqu’à la plus infime parcelle de ta vie intime. Mais, je te l’assure, ma contemplation n’a rien à voir avec la pure curiosité ou bien l’intention licencieuse. Tu aurais été vêtue, je n’en aurais pas moins assuré mon tour de veille, en sauvegardant jalousement l’éternelle durée. Ceci, tu ne peux le savoir, je suis un incorrigible romantique qui lit sans discontinuer cette littérature d’un autre temps. Je m’évade dans les replis de « Gaspard de la nuit » d’Aloysius Bertrand, je rêve avec Musset aux « Contes d’Espagne et d’Italie », je vole au rythme des songes de Gérard de Nerval, je vibre avec « Myrtho », « divine enchanteresse ». Alors le risque que tu cours n’est pas grand. Te retrouver dans l’un de ces poèmes que j’écris le soir, près de l’Île Saint-Louis, face la Seine avec ses remous d’étain, ses longs trains de péniches, quelques promeneurs isolés à la pointe du Quai de Bourbon. Il me faut ma moisson d’images, ma collection de sensations. Sinon, comment pourrais-je sortir de moi, de cette geôle de l’ego qui, toujours, m’assigne à demeure ?, et je ne suis plus que Narcisse devant le désespoir de son propre reflet.

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