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les liens d’une subtile émotion
Non-fiction
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calendar Publié le 30 oct. 2026
calendar Mis à jour le 30 oct. 2026
time 3 min
Tous publics

les liens d’une subtile émotion


Les arbres sont les médiateurs, les génies tutélaires qui unissent les contraires, ils sont pareils aux mots de liaison, ces magiques « conjonctions de coordination » qui assemblent le réel en un même point, focalisent le divers, l’éparpillé, donnent sens à ce qui, peut-être, disjoint, ne dirait rien d’autre que la texture de l’égarement, autrement dit la perte des choses dans l’illisible et confus univers. Ici, ils sont ces étonnants hiéroglyphes qui, tout à la fois, livrent et ne livrent pas leurs secrets, ce qui est aussi la mission d’une œuvre de beauté dans la dimension ouverte de l’art. Voilement-dévoilement de ce qui apparaît et se retire en un unique et nécessaire geste. Tout serait-il donné d’avance, nous n’aurions de cesse de porter nos yeux sur d’autres motifs, d’autres figures, peut-être les plus répandues, les plus naïves. C’est avec tout ceci que la beauté livre un constant combat qui, la plupart du temps, demeure inapparent en son essence. C’est là son destin et sa réussite la plus assurée.

La très belle image d’Hervé Baïs renferme en elle tous ces ingrédients de la beauté. Mais ils sont si discrets ! Un simple vent prosaïque pourrait en atténuer le singulier phénomène. Cependant, cette photographie est traversée de vents altiers, Ponant, Simoun, Suroît. Ce ne sont de simples respirations, des souffles communs. Ce sont les brises qu’exhalent les poitrines des dieux. Ce sont de pures haleines qui soutiennent l’architecture du verbe. C’est de la poésie, ce qui inspire et tresse les liens d’une subtile émotion. C’est tissé de gaze, ouvragé des dentelles les plus admirables qui soient. Regardez l’image de cette « Terre de légendes », regardez Ménez-Hom et, déjà, vous ne vous possédez plus totalement et déjà vous êtes au plein de ces montagnes sacrées de l’Armorique, le Karrek an Tan, le Roc'h an Aotroù, le Roc de Toulaëron, ces noms qui sonnent à la manière d’incantations, ces noms chantournés qui illustrent de vieux grimoires, ces noms qui, au sens propre, vous « transportent » ailleurs, puissance de la métaphore qui vous fait passer d’un réel ordinaire à un réel transfiguré, pouvoir de la transcendance qui fait être soi plus que soi, exposé à l’infinie beauté du monde. Il suffit d’ouvrir les yeux ! Toujours une place pour la beauté ! Mais elle exige l’attention. Mais elle demande la reconnaissance.


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