Chapitre 6
Cassie appuya sur le bouton de la sonnette visuelle. Elle avait fait installer la même dans son appartement, la sonnette traditionnelle n’étant d’aucune utilité. De grands flashs lumineux clignotaient dans l’appartement pendant dix secondes lorsque quelqu’un l’activait, ce qui était nettement plus pratique. Aucune réponse ne vint, la porte demeura close. Cassie alla alors toquer chez les voisins, la troisième porte s’ouvrit et elle sortit son téléphone avec une photo de Loris. Elle fit signe à son interlocutrice, une dame d’une cinquantaine d’année qui se tenait à contre-jour, qu’elle était sourde, et celle-ci hocha la tête avec un sourire. Elle se plaça en face de Cassie, le visage désormais dans la lumière, et articula :
“Loris est rentrée du travail hier soir, puis elle est repartie très vite, mais elle n’est pas rentrée depuis.”
Cassie la remercia et redescendit, inquiète.
Devant l’immeuble, elle retrouva le groupe d’enfants qui jouaient toujours, et leur montra la photo de Loris. L’un des enfants la regarda en montrant son oreille, et Cassie lui confirma qu’elle était aussi sourde que Loris. Il articula exagérément, comme le font souvent les entendants, et mima en même temps.
« Hier soir elle est descendue du bus quand je rentrai. Moi je suis resté dehors pour jouer, et j’ai vu un gars bizarre qui attendait. Elle est redescendue et ils sont partis tous les deux. »
Cassie remercia l’enfant avec un signe et un grand sourire, et se releva. Elle s’éloigna en direction de l’arrêt de bus, inquiète. L’enfant avait dit bizarre, mais qu’est-ce que cela signifie dans la bouche d’un enfant ? Une personne louche ? Une personne qui détonne dans le quartier ? Cassie jeta un regard circulaire : beaucoup de gens pourraient paraître bizarres à Montreynaud. A commencer par les riches des collines de Montaud et Villeboeuf, qui ne mettraient jamais les pieds dans un tel endroit, mais également les artistes et outsiders des collines des Pères et du Crêt de Roc. Montreynaud était une colline de gens modestes, comme celle de Valbenoîte ou de Montmartre où vivait Cassie. Les indications de l’enfant ne l’aidaient que très peu. Elle savait au moins que Loris n’était pas seule, même si elle ignorait si cela était une bonne ou une mauvaise chose.
Elle monta dans une des tours de transport et redescendit jusqu’aux arrêts de bus qui la ramenaient en centre-ville. En route, la tête appuyée sur la vitre, elle contempla les prés secs, les champs de panneaux solaires en hauteur, intelligemment installés pour faire de l’ombre aux champs maraîchers qui peinaient à sortir du sol. Aucun animal n’était à voir dehors, la sécheresse et le manque d’eau avait eu raison de bien des éleveurs, qui ne s’y retrouvaient plus et changeaient de métier lorsqu’ils ne mettaient pas simplement fin à leurs jours, dépités de tout.
Lorsqu’elle arriva place Carnot, la chaleur avait baissé de quelques degrés, et Cassie ne se pressa pas autant pour rentrer chez elle que pour son voyage chez Loris. Elle regarda quelques boutiques de vêtements, bien qu’elle n’ait besoin de rien, s’arrêta devant le cinéma pour récupérer un programme, puis elle prit le réseau de câbles pour atteindre le bas de Montmartre. Cette colline avait été peuplée par les plus pauvres à l’époque où le centre des villes était prisé, et la démarcation était visible : le chemin de fer séparait nettement le Bas de la colline. Tout un réseau de bus avait été installé à l’époque pour desservir le haut de la colline, et l’ironie du sort voulait que désormais les plus pauvres habitent de l’autre côté du chemin de fer, et n’aient plus besoin de prendre ces bus. Cassie monta dans l’un d’eux et regagna son appartement, avec une pensée pour tous ceux qui vivaient dans les bouilloires du Bas.
Colaborar
Puedes apoyar a tus escritores favoritos


Comentario (0)