Cadeau : L'Emballement - Chapitre 1 - Sarah.
Parce que, parfois, je dois oser !
Parce que, de temps en temps, le désir est plus fort que la raison !
Parce que, souvent, nous voudrions partager notre travail avant l’heure…
J’ai décidé de vous offrir un petit cadeau, je considère ainsi ce partage intime avec vous.
La canicule (le terme utilisé en France), la vague de chaleur (la définition utilisée en Belgique) de ces derniers jours a ramené mes pensées vers L’Emballement, mon roman en gestation.
L'histoire se déroule dans un avenir assez lointain, alors que le climat a bouleversé le monde, la manière de vivre, survivre sans doute, un monde écrasé de chaleur (un article à propos de la quatrième de couverture est à lire ici => https://go.harold-cath.be/4e), un parallèle certain avec la situation actuelle.
Et alors, ce cadeau ?
Je vous livre le premier chapitre de l’Emballement, une mise en place de l’intrigue, une description d’un monde qui a évolué, différent du nôtre sans que tout cela soit véritablement flagrant. Tout le reste sera à découvrir dans les quarante autres chapitres, lorsque je sortirai de ces relectures incessantes et pour lesquelles je ne suis jamais totalement satisfait.
Pourtant, il faudra bien qu’un jour, je le publie, ce gros bébé.
Bonne lecture.
— — — — —
Sarah.
La jeune femme venait de quitter le quai. Ce terme ne désignait plus rien de concret. Sarah en eut la certitude en traversant le pont de la Guillotière. Il surplombait le « Ravin Est », un petit ruisseau fangeux coulait mollement au fond de la large tranchée. Il se disait que, par le passé, un flux, riche et puissant, comblait le ravin. Le semblant de rivière avait conservé son nom : le Rhône. Les épisodes sporadiques de tempêtes intenses rendaient au vaste fossé asséché l’aspect d’un fleuve ; l’imagination devait cependant accepter de transformer la boue et les déchets charriés par le torrent en l’image plus conventionnelle d’un cours d’eau nonchalant.
Elle rejoignit rapidement l’autre rive en ajustant sa mantille thermique. Malgré l’avancement de la journée, la chaleur demeurait intense et rien ne lui permettait de se déplacer à l’abri du soleil.
Pourtant, le ciel se couvrait déjà des couleurs de fin de journée alors qu’elle atteignait la place des Grands Accords. Le jaune orangé se disputait aux pourpres de ces débuts de soirées chaudes et harassantes. Sarah traversa l’espace en diagonale, rasant le monumental soleil doré qui trônait au milieu de l’esplanade, censé remémorer à tous l’inéluctable mutation du climat.
Elle tourna la tête et survola la plaque commémorative évoquant le nom originel de l’endroit : « Place Bellecour, Lyon ». Un petit historique de la transformation expliquait qu’en l’an 2068, la statue de Louis XIV, apparemment nommé le Roi-Soleil, avait été remplacée par ce roi désormais incontournable, l’astre lui-même, quelle ironie.
Sarah ne put contenir ses larmes, vingt et un ans à peine, la vie devant elle et ce diagnostic de tumeur mammaire qui venait de lui être annoncé. Elle avait ressenti de la fatigue, oui, l’imaginant tout d’abord liée au durcissement des cadences de travail. Puis, cette perte d’appétit et enfin cette infime induration sous le mamelon gauche. Elle avait donc dû se résoudre à consulter alors qu’elle n’ignorait pas le budget serré pour manger correctement jusqu’à la prochaine paie. Sarah s’était rendue dans un centre de diagnostic après sa journée de travail. La C.I.S. Medicorp régissait toute l'infrastructure médicale dans le monde, un médipoint restait le moyen le plus abordable de se faire diagnostiquer et de recevoir un traitement médicamenteux élémentaire à moindre coût.
On approchait de dix-neuf heures, la température dépassait encore allègrement les trente degrés. Le rayonnement, accentué par le revêtement de captation solaire de cette place démesurée, continuait à agresser les peaux et les yeux incorrectement protégés.
L’espace s’était rempli de personnes pressées de rentrer chez elles. Elles devaient attraper leur métro « U.R. » à l’une des quatre stations angulaires de la place, ou du moins, se protéger des rayons brûlants sous les grandes voiles tendues en suspension qui y surplombaient les portes d’entrée.
Tout en se pressant, Sarah se remémora l’imagerie 3 D de sa poitrine. Le trait de khôl se mit à couler sous ses yeux. Un traitement éclair existait, deux mois pour guérir, cependant, elle ne pourrait jamais s’acquitter des frais. Consciente que tout ne dépendait plus que de l’argent, Sarah sentait pulser ses pensées en boucle. Elles faisaient gonfler sa colère et plus encore, son impuissance. Elle, la volontaire qui avait toujours combattu seule pour simplement respirer la vie dans ce monde moribond. À quoi bon ? Elle en était réduite à subir, sans espoir d’en sortir.
Les files se formaient déjà d’emblée à l’entrée est de la gare-métro, elle ne devait pas traîner. La jeune femme dévala les escaliers et se dirigea vers le composteur, présenta la face interne de sa main droite à l’appareil et la diode verte signala le prélèvement de son demi-cred. Elle fila vers la zone de transit, le métro ultrarapide n’allait plus tarder. L’espace d’embarquement était froid et impersonnel. Un sol de béton lisse, d’un gris fade, agrémenté de structures géométriques peintes d’une couleur bleue usée qui accentuait la froideur d’un quai qui s’étendait à l’infini.
Elle scruta à gauche et à droite ses congénères aux mines fatiguées, aux pas lourds. Ils paraissaient flotter comme des âmes en peine dans les limbes. Leurs yeux s’ouvraient sur le vide, dénués de sens, d’aspirations, l’humanité semblait avoir abandonné ses espoirs, ses ambitions, ses songes. Ils étaient nés et vivaient en attendant de mourir avec rien entre les deux. Jusqu'à aujourd'hui, Sarah se refusait à leur ressembler… Jusqu'à aujourd'hui et cette foutue annonce du soignant.
La rame ultramoderne entra en gare, noire, impersonnelle, sans opérateurs, les intelligences artificielles dirigeaient tout. « Grands Accords — Grenoble — UR — fermeture des portes — trois minutes ». Cette voix synthétique l’horripilait toujours.
Les passagers se précipitèrent, l’ensemble des rames, d’une centaine de mètres de long au total, s’octroyait peu de temps pour avaler ces fantômes humains.
Sarah ne prit pas la peine de s'asseoir : dans six minutes, elle aurait atteint les Meurières et ses barres dortoirs, six minutes et quinze de plus à pied pour retrouver sa chambre au premier étage du bâtiment.
Une femme âgée se posa près d’elle, fouillant un sac en papier kraft perché sur les genoux. Elle semblait aussi émoussée que lui. Ses chaussures fatiguées, sans doute, les seules en sa possession, et les minces vêtements qu’elle portait étaient élimés de toutes parts. Un autre fantôme du métro, se dit Sarah. Pourtant, lorsque la petite vieille leva son regard vers la jeune femme, son visage fin et ridé s’illumina et ses yeux verts s’éclairèrent d’un trait de malice.
— Oh ! Ma p’tite dame, vous n’avez pas l’air très en forme.
Sarah l’admira, étonnée, sourire aux lèvres. Des personnes arrivaient encore à s’intéresser à leurs semblables. Est-ce que ce troupeau vacillant comptait même quelques âmes réellement humaines ?
— Sans doute la fatigue, Madame, une bonne nuit et je me lèverai d’aplomb, je vous remercie !
— Un si ravissant visage ne devrait jamais connaître la tristesse, il doit rire et chanter, j’espère que la nuit vous rendra votre sourire !
De ses mains calleuses, elle reprit la fouille du sac et oublia Sarah, sans remarquer l’émotion qu’elle venait de déposer sur le visage de la jeune femme. La vie n’avait plus rien à offrir à toutes ces personnes. Le climat empêchait toute possibilité de coexister en harmonie. Il fallait à tout prix se protéger, donc rester cloîtré chez soi lorsque l’on n’était pas au travail et il fallait travailler pour pouvoir louer un espace de vie minimal. L’espèce humaine n’avait plus grand-chose d’humain, la règle étant le repli sur soi, l’égoïsme à outrance, le « chacun pour soi ». Cette dame représentait l’exception qui confirme la règle, mais elle avait le mérite d’avoir déposé un sourire sur le visage de la jeune femme.
Sarah salua la petite vieille et s’installa non loin des portes coulissantes.
« Arrivée : Les Meurières — ouverture des portes dans une minute — une minute d’arrêt ».
Elle sentait la sueur ruisseler sur son front tandis qu’elle remontait la pente vers les immeubles, chaque pas ramenant le souvenir douloureux de l’avenir qui se dessinait. Les rues affichaient un air sinistre et délabré, comme un miroir des belles choses du passé devenu sombre.

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Comentario (1)
Line Marsan hace 3 horas
Merci Harold pour ce cadeau. On est en empathie immédiate avec Sarah. ( moi encore plus, forcément). On sent l'objectif de la protagoniste se dessiner. Un début efficace qui donne envie dans savoir davantage. 🫶