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FLEUR: Concours RENAISSANCE

FLEUR: Concours RENAISSANCE

Publicado el 31, ago, 2025 Actualizado 31, ago, 2025 Adventure
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FLEUR: Concours RENAISSANCE

Ma fleur,


Je n’ai pas vécu, tu sais, un évènement unique dans sa forme. Tout le monde a connu cette expérience. Seulement, jusqu’à présent, j’ai tenu secret ce bonheur. Je dois te dire qu’il est honteux de l’avouer et parfois même dangereux. Cela est le plus souvent assimilé à une posture cynique. Certains comparent cette joie de vivre enfermé à une folie, d’autres à une provocation. Mais crois-moi, le plus périlleux est de reconnaître sans ricanement, avec conviction, la forme de béatitude procurée par cette situation, auprès de ceux qui comparent cet aveu à une collaboration avec l’ennemi, un soutien de la tyrannie .

Imagine un nouveau né traumatisé, chargé en toute conscience, de la nostalgie intra utérine. Je ne suis pas le seul. Sois sûre que nous gardons tous le silence.

Alors même que le retour à la solitude d’un ventre originel a commencé, j’ai su qu’il me faudrait un jour renaître, mais tout comme il est inutile de songer sans cesse à la mort quand on est en pleine vie, j’ai repoussé l’idée pour profiter de cet épisode inattendu. Et comme pour toute vie conclue par la mort, mon retrait du monde n’était une jouissance que parce qu’il aurait un terme.

J’ai vécu, vois-tu, le sentiment de sécurité et de protection que j’ai dû éprouver il y a longtemps, dans le ventre de ma mère, sans avoir pu en conserver le souvenir. Je devais être alors ce tout petit voyageur, les yeux grand ouverts et bienheureux.

Mais cette fois, je te le jure, je garderai en mémoire cette expérience qui précède l’arrivée au monde.

Ou bien encore, j’étais comme ce petit être si peu âgé, que l’on emmène voir les merveilles du monde et qui s’en met plein le corps, du cortex cérébral jusqu’au minuscule talon d’Achille, sans le savoir, sans y songer. Mais contrairement à lui, mon cerveau enregistrerait cette connaissance du monde et j’aurais bien conscience de la dimension du moment, sois-en certaine !

Oui, de cette gestation bienfaitrice, de cette renaissance-là, douloureuse, je garderai, vibrant en moi, le souvenir. Quelle grande expédition immobile et solitaire !

Je me suis replié le 17 mars dans un geste barrière vivifiant. Reclus, je ne travaillais plus. Moi le vendeur de chaussures, habitué à insuffler le mouvement aux gens, le mouvement qui donne à leur quotidien, une démarche choisie, sportive, confortable, élégante, socialement supérieure, moi qui me mettais à leurs pieds, à la hauteur de leur désir d’avancement, je suis resté pieds nus et j’ai dansé ainsi chaque jour de la gestation. Les amis, les sorties, les cafés que j’aime ne m’ont pas manqué, assis en tailleur au milieu de mon désert.

Des gens mouraient, tu as raison, c’était tragique mais extérieur. Il suffisait de flotter dans sa bulle, fort de l’empathie ainsi exprimée, de participer à l’effort national et mondial de la grande famille des humains. Si je restais là, on mourait moins dehors, hein ? Je me sentais doux, solidaire, frère des Hommes mais en retrait d’une humanité qu’il était bon de quitter totalement, pour être seul au monde. Il me fallait juste être prudent pour être immortel. Nourri grâce au cordon ombilical qui m’apportait de quoi survivre par livraisons régulières, il me suffisait de vivre, respirer dans le ventre de l’appartement, libre de mon temps, tu m’entends ?

J’ai découvert la joie inconnue du retrait à l’intérieur, du retour aux prémices de la vie, de l’attente innocente, impuissante de la naissance, de l’éveil des sensations. Le temps s’étirait. Manger boire dormir rêver lire chanter. Que fais-je dans la vie ? Je vis, mange, bois, dors, rêve, lis, chante. La question n’était plus de savoir comment je gagne ma vie. Je la gagnais plus que jamais.

En mai 2020, une fois la poche des eaux rompue et le traumatisme de ma renaissance passé, puisqu’il fallait reprendre cette vie routinière, j’ai aimé, tu peux me croire, comme après le premier cri, redécouvrir le monde extérieur, les autres, le dehors de moi. Nous marchions dans les rues, tous comme des enfants malades, la bouche couverte. C’était comme dans un récit de science fiction. Les gens étaient heureux de renaître, malgré tout.

Mais en moi tu poussais, ma fleur incongrue de la nostalgie. Je te taisais. Je t’aimais en secret.

Se sont succédé des confinements partiels. Ce ne fut plus jamais pareil. Ce ne sera plus jamais pareil, n’est-ce pas ? Oui évidemment on ne peut que s’en féliciter. Il m’arrive pourtant d’être ce diable…

Tu le sais bien, nous sommes revenus au monde ordinaire des guerres et des crises, de la violence et de l’autoritarisme, revenus à l’immense égoïsme des Hommes qui marchent coude à coude, se serrent les uns contre les autres dans les bus et les métros, se marchent sur les pieds, nous nous collons au nez des uns et des autres pour nous mordre mieux, nous vivons à découvert, vulnérables, attirés par l’abysse. La renaissance n’est donc pas une connaissance ? Pas une reconnaissance ?

Ma fleur, je suis honteux, mais avec cette douceur solitaire, j’écoute ton frémissement vert, là en mon centre.

Ma petite fleur inattendue de la nostalgie.

#BoDLettre

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Alexandre Leforestier verif

Alexandre Leforestier hace 6 horas

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