Les chiffres ne mentent pas !
Les chiffres ne mentent pas !
Ces cris déchirants me retournaient les tripes. Je ne pouvais m’empêcher d’imaginer la souffrance de celui qui les poussait. Je restais parfois devant cette porte de laboratoire pendant plusieurs minutes avant de retrouver le chemin de mon bureau. Cela faisait maintenant plusieurs jours que ces hurlements raisonnaient dans les couloirs de l’institut de recherche et la porte du laboratoire dont ils provenaient restait close. C’est Thomas qui s’occupait de ces recherches. Je le côtoyais depuis des années et je lui trouvais habituellement un côté très sympathique. Quelles expériences horribles menait-il entre ces murs ? Ce jour-là, je ne voulus pas faire la sourde oreille une fois de plus et je décidais de frapper lourdement à la porte.
Après quelques secondes d’attente, la porte s’ouvrit et Thomas passa sa tête dans l’encadrement :
-Ah, salut Vincent, content de te voir, qu’est-ce qui t’amène ?
Thomas avait toujours sur le visage ce sourire de commercial de foire et parlait tout en mangeant une banane que le manque de maturité avait laissé pratiquement verte. Je mis du temps à reprendre mes esprits. L’image débonnaire que m’offrait Thomas, contrastait avec les cris de douleur en arrière-fond. Je pris deux grandes inspirations et me lançais :
-Bonjour Thomas, je… me… demandais… ces cris qui viennent de ton laboratoire ?
-Ah, ça ? Une nouvelle expérience sur les fonctions du cerveau, passionnant.
-Rassure-moi, tu ne maltraites pas les sujets ?
-Les maltraiter ? Mais enfin Vincent pour qui me prends-tu ? Non, je teste uniquement les facultés du cerveau à se mobiliser en cas de conditions extrêmes.
-Mais les hurlements ?
-Ah oui, eh bien comme le cerveau commande également la voix, l’expérience modifie la façon de s’exprimer des coba… des sujets. Et donc ils crient au lieu de parler. C’est un peu déstabilisant au départ mais avec le temps, et une bonne paire de bouchons d’oreille, on s’y fait.
Je ne savais pas quoi dire. Je restais là, les bras ballants et le souffle coupé.
-Tu veux faire un tour ? Je te montre et je t’explique. Tu verras, il n’y a rien de barbare, reprit Thomas d’un air enjoué.
-Je… te… suis, parvins je à articuler péniblement.
Thomas repartit au pas de course, il semblait littéralement surexcité et ses pieds donnaient l’impression de rebondir sur des nuages.
-Commenchons par le commenchement, lança t’il en mâchonnant toujours un bout de banane. Je ne vais pas t’apprendre que le cerveau est un magnifique superviseur.
Je me contentais de hocher la tête.
-Eh bien nous cherchons à savoir comment réagirait cette machine de précision si nous la mettions dans les conditions les plus hostiles qui soient. Nous lui faisons perdre ses repères et nous regardons comment il réagit et combien de temps il met à se réorganiser.
La réflexion lancée par Thomas était intéressante et je me mis moi aussi à me poser des tas de questions sur le sujet. Toutes n’étaient pas forcément censées mais pendant que je réfléchissais, au moins j’arrivais à faire abstraction des cris qui redoublaient.
-Faire perdre au cerveau ses repères cela pourrait être causé avec une grosse dose de stresse ou par une peur bleue, lançais je encore perdu dans ma réflexion. Mais maintenir cet état d’anxiété sur plusieurs jours pourrait se révéler néfaste pour les sujets. Attends, ne me dis pas que tu provoques une peur viscérale chez des gens. Ne me dis pas que c’est à cause de cela que l’on entend des cris.
-Mais bien sûr que non, tu me prends pour un monstre ? Je ne vais pas effrayer ces gens. J’ai mis en place un protocole bien plus sophistiqué. En fait, on isole le cerveau.
-On l’isole physiquement ?
-Mais non pas physiquement, je veux dire qu’on n’agit que sur le cerveau. Après l’expérience, les sujets ne se souviennent de rien… enfin… presque de rien.
-D’accord, mais comment ça marche ?
-Je vais te montrer.
Thomas haussa les sourcils et m’invita à le suivre. Nous prîmes place à une table face à une personne portant un casque de métal duquel sortait ce qui semblait être un cordon d’alimentation. La personne sous tension présentait des signes de fatigue avancée. Ses cernes oscillaient entre le violet et l’indigo et contrastaient fortement avec son teint qui se rapprochait davantage de la couleur d’une porte de réfrigérateur. Sur la table se trouvait uniquement un bloc note et un petit levier qui semblait lui aussi relié à un système électrique.
-Vincent, je te présente Alex, lança Thomas.
-Bonjour Alex
Alex leva légèrement la main et me retourna un petit sourire.
-Bon, tu vois, reprit Thomas, les neurones communiquent à la fois avec des signaux chimiques et électriques. Le casque génère un champ magnétique qui désorganise les messages électriques.
-Désorganise les messages électriques, répétais je tout en tentant de me représenter le concept.
-En gros, c’est comme si on prenait sa tête pour une grosse boule à neige. On secoue bien fort, rien ne sort, rien ne rentre, mais tout est en bordel.
-Une boule à neige ?
-En quelque sorte, ensuite on lui pose une question simple et on note la réponse. On essaie d’estimer la probabilité qu’un cerveau complètement chamboulé puisse tout de même donner une bonne réponse.
-Et elle est de combien cette probabilité pour l’instant ?
-Elle est de 2 %. Seules 7 réponses étaient en rapport avec la question sur 348.
-Tu l’as déjà électrocuté 348 fois ?
-Oui environ une fois toutes les 10 minutes depuis 2 jours et demi.
-Mais il a l’air à plat, ton Alex. Il a des cernes qui touchent le sol.
-Oui, il manque un peu de sommeil, mais demain c’est fini. Il va pouvoir s’offrir quelques grasses matinées, ce veinard. Ah c’est l’heure.
Thomas empoigna son stylo prêt à noter. Il actionna le petit levier posé sur la table et Alex se mit à hurler. Thomas n’avait actionné le levier que quelques secondes mais j’ai eu l’impression de vivre ce moment pendant une éternité. Alex cessa de crier et son petit sourire recouvrit à nouveau son visage. Thomas agita sa peau de banane et questionna :
-C’est de quelle couleur ça ?
-Il est 14h32, répondit Alex
-Eh non, c’est jaune. Bon, ça fait 7 sur 349. Ça n’améliore pas mes probabilités.
-Je peux te voir en privé ? repris je à l’adresse de Thomas alors que je tentais de cacher mon énervement.
-Oui bien sûr.
Thomas m’escorta dans son bureau toujours avec ce même pas décidé.
-Mais enfin, tu ne peux pas faire ça à ce type, tu vas le tuer, fulminais je.
-Détends toi Vincent, tout est en règle. L’expérience est certes impressionnante, mais la puissance du courant est telle qu’il ne gardera aucune séquelle.
-Comment l’as-tu forcé à accepter cela ?
-Je n’ai rien forcé du tout. Il a accepté de participer à une expérience en recherche médicale contre rémunération. Regarde, j’ai encore son contrat ici.
-Tu lui as dit que tu allais l’électrocuter toutes les 10 minutes pendant 4 jours ?
-Ah oui, on ne ment pas aux volontaires. C’est écrit ici, page 294 du contrat.
-Mais tu sais très bien que personne ne va lire un contrat de 300 pages.
-Alors là, ce n’est pas ma faute si les gens ne lisent pas ce qu’ils signent.
-Et tu as eu un budget pour ça ? Mais qui peut s’intéresser à ce genre de chose ?
-Beaucoup de monde figure toi, l’armée évidement, les fabricants de téléphones portables, les dirigeants de centrales nucléaires….
Il avait réponse à tout. Nous restâmes silencieux un moment. Je devais réfléchir à tout ça. Thomas n’avait pas seulement secoué le cerveau d’Alex, il avait aussi fortement bousculé mes certitudes. Thomas se leva brusquement et brisa ce moment de douce quiétude :
-J’y retourne, ça fait bientôt 10 minutes.
Je bondis de mon fauteuil, il avait éveillé ma curiosité. Je continuais à trouver cette expérience absurde. Mais, pour des raisons que j’ignorais, je commençais à trouver de l’intérêt dans l’idée de comprendre ce que pourrait faire un cerveau complètement désorganisé. Thomas prit place en face d’Alex :
-Alex, mon ami Vincent se fait du souci pour vous, pouvez-vous lui indiquer que tout se passe bien ?
Alex tourna sa tête lentement vers moi, me sourit et leva le pouce.
-Tu vois reprit Thomas. Tu te fais des idées pour rien. Allez, c’est parti.
Le cycle redémarra : Levier, hurlement, apaisement, sourire idiot. Thomas se leva et posa ses mains sur la table :
-Quel jour sommes-nous ?
-Je vais prendre des frites avec du ketchup.
-Ça fait 7 sur 350, conclus je sur un son sarcastique. Des probabilités ridiculement basses pour une expérience scientifique.
-Mais tout n’est pas perdu.
-Oui tu vas encore le torturer pendant une bonne journée.
-Je ne le torture pas, il a signé.
-Alex, vous avez lu le contrat que vous avez signé ?
Alex se tourna une fois de plus vers moi, sourit et leva le pouce. Je pris ma tête entre mes mains. A quoi étais-je en train d’assister ? Thomas ne lâchait pas l’affaire. Il se balançait de gauche à droite comme si de la caféine pure circulait dans ses veines. Et moi, j’étais rouge de honte et je n’osais regarder Alex en face.
-Je t’ai dit que tout n’était pas perdu car je continue de travailler sur les réponses.
-C’est-à-dire ?
-Eh bien j’essaie de voir si les réponses, bien qu’hors contexte ne pourraient pas être reliées à des questions posées précédemment.
-Un peu comme si Alex répondait avec du retard ?
-Oui voilà, on pourrait imaginer qu’au lieu de réagir à l’instant présent avec des signaux altérés, le cerveau tente d’utiliser quelque chose de stable comme la mémoire.
-Et ça donne quoi ?
-Suis moi, on va en discuter avec la personne qui analyse les données.
Je suivis Thomas jusqu’à un bureau envahi par des papiers griffonnés. J’étais tellement focalisé sur cette montagne de feuilles que je n’avais même pas remarqué le petit bonhomme qui se cachait derrière. Thomas le gratifia d’une grosse claque dans le dos :
-Vincent, je te présente Eugène, il fait parler nos données. On est toujours à 7 sur 350, Eugène, et de ton côté ? Tu as du neuf ?
Eugène semblait perdu dans ses pensées mais la grosse claque de Thomas l’avait ramené sur terre à la vitesse de la lumière.
-Bonjour Thomas, finit-il par articuler. J’ai fini de traiter les premières questions et leurs réponses respectives.
-J’ai hâte de connaitre tes résultats.
-Il n’y a que 7 réponses cohérentes sur les premiers échanges mais 21 réponses pourraient effectivement coïncidées avec des questions antérieures.
-Tu peux me donner un exemple.
-Bien entendu. La question 37 était : « Avec quel fruit je peux faire du jus ? » et la réponse de la 143 d’Alex est : Orange.
Thomas se tourna vers moi d’un air satisfait attendant que je reconnaisse ses talents. A chaque étape j’étais abasourdi par l’absurdité de la situation. Thomas pensait que les résultats encourageant me laissaient sans voix alors que j’étais paralysé par tant de bêtise. Je finis par me reprendre et intervins à mon tour :
-La question était assez ouverte et la réponse orange peut tout aussi bien désigner une couleur ou un fruit.
-En science on pense souvent à des coïncidences jusqu’à ce que cela se répètent systématiquement.
-Même si j’additionne les 7 bonnes réponses et les 21 supposées bonnes, j’arrive à 28 réponses correctes sur 350, cela fait une probabilité de 8%. On est bien loin du terme « systématiquement ».
J’avais jeté un froid dans la discussion. Je voyais Thomas se renfrogner. Je ne partageais pas son enthousiasme et cela commençait à l’irriter. Eugène se sentit obligé de briser la glace de sa voix chevrotante :
-Il y a d’autres informations dignes d’intérêt. Aux 21 réponses qui coïncident avec des questions antérieures, s’ajoutent 34 réponses coïncidant avec des questions postérieures.
-Je ne suis pas sûr de comprendre, lançais je un peu perdu.
-C’est très simple, reprit fièrement Eugène. 34 réponses coïncident avec des questions qui ont été posées par la suite.
-Autrement dit, poursuivit Thomas, la désorganisation électrique du cerveau pourrait lui donner la capacité de lire l’avenir ?
-C’est du délire, m’emportais je.
-Ce sont les chiffres, Vincent, Alex a été plus souvent capable de répondre à des questions à venir plutôt qu’à des questions passées. Les probabilités ne mentent pas. Nous avons fait une découverte phénoménale.
Eugène se balançait de gauche à droite sur sa chaise, il ne parvenait pas à masquer son excitation. Thomas jeta un coups d’œil à sa montre et partit au pas de course en direction d’Alex.
-Alex, grande nouvelle, cette expérience est en train de nous montrer que tu es capable de voir l’avenir.
Nous observâmes à nouveau le triptyque : tête qui tourne, sourire, pouce en l’air. Thomas actionna une fois de plus le levier et Alex fit frémir ses cordes vocales. Thomas passa en revue le bloc note pour poser la prochaine question :
-Dans quelle ville es-tu né ?
-Je prendrais une glace deux boules : chocolat, pistache
-Tu vois Vincent, reprit Thomas en hochant la tête, sa réponse est reliée à l’enfance. J’en était sûr, le cerveau trouve toujours de la ressource.
-Ou alors tu es en train de le griller complètement, lâchais je d’un ton sec. J’ai d’ailleurs l’impression qu’il commence à flotter dans l’air un parfum de bacon grillé.
Mais Thomas était déjà reparti dans son bureau sur son rythme de marathonien. Quand je l’eus rejoint, il pianotait frénétiquement sur son clavier.
-Qu’est-ce que tu fais ? m’informais je.
-Je suis en train d’écrire un courrier pour parler de ma découverte, je pense qu’il peut y avoir un prix Nobel au bout. Imagine, on a découvert que secouer le cerveau permet de voir l’avenir.
-J’ai toujours trouvé les gens qui pensent pouvoir me prédire l’avenir un peu secoués.
Je sentais Thomas aveuglé par sa découverte, je voulais le raisonner avant qu’il ne se ridiculise.
-Tu sais la probabilité n’est pas très haute tout de même. Si on prend tous les cas mentionnés par Eugène, nous sommes juste au-delà des 17%.
Thomas ne m’écoutait plus, ses yeux fixaient son écran. Je ne voulais pas lâcher :
-Et puis ça marche peut-être seulement avec Alex.
Je touchais un point sensible. Thomas se raidit d’un seul coup dans son fauteuil.
-Mais tu as raison.
Ça y est, son esprit scientifique reprenait le dessus. Il commençait à raisonner. Ses doigts bougeaient, ses lèvres remuaient faiblement. Il calculait :
-Il me faut plus de volontaires, il faut reproduire l’expérience à grande échelle. 1000 volontaires c’est bien pour un début non ?
-Ecoute je pensais…
-Ok, va pour 2000. J’envoie directement un message au président de l’institut pour qu’il me débloque les fonds.
-Tu vas envoyer un courrier pour demander 2000 volontaires dans lesquels tu vas faire passer du courant à haute intensité ? J’aimerais voir la tête du président quand il va lire ton message.
-Tu as raison, Vincent, comme toujours. Laissons le message de côté et allons lui annoncer de vive voix. Tu auras l’occasion de voir sa tête juste avant qu’il ne m’ensevelisse sous les compliments.
Inutile de tenter de ramener Thomas sur la terre ferme mais peut-être que le président de l’institut trouverait les mots. En fait, il n’en fallait qu’un seul : NON ! Thomas allait probablement prendre la réprimande de sa vie et ça, je ne voulais le rater sous aucun prétexte.
Thomas entra dans le bureau du président en trombe sans prendre la peine de frapper. Il cumulait les faux pas et regagnerait rapidement ses Pénates avec un coup de pied dans l’arrière-train. Il raconta son expérience en gesticulant et en se déplaçant dans tout le bureau. Mon attention se portait entièrement sur le visage du président. Ses yeux s’étaient ouverts en grand, sa bouche formait un O majuscule. Il avait posé les mains sur sa tête mais il n’avait encore prononcé aucun mot. J’observais ce calme qui allait probablement donner naissance à une tempête destructrice. Thomas termina enfin son long monologue :
-Alors ? Vous en pensez quoi ?
-Prévoir l’avenir en envoyant des signaux électriques dans le cerveau… Je dois admettre que l’idée à l’air farfelue mais si notre institut pouvait prouver une telle théorie, nous croulerions sous les subventions. Pour ce qui est des 2000 volontaires, nous devrions pouvoir les trouver facilement au vue de la découverte potentielle.
-Merci monsieur le président, vous ne le regretterez pas, mon équipe va se donner à 200% sur ce projet.
-Je vais vérifier que nous pouvons établir le contrat de recherche vis-à-vis des statuts de notre institut.
Les bras m’en sont tombés. Mon visage restait figé par la surprise. Avais-je vraiment vécu cette scène ou l’avais-je rêvée ? Thomas venait de décrocher aussi facilement un contrat de recherche sur un sujet complètement délirant pendant que moi je me battais pendant 6 mois pour avoir une nouvelle agrafeuse ? Thomas jubilait. Il sautait littéralement d’un pied sur l’autre. Soudain, le président marqua un temps d’arrêt, fixant le document qu’il était en train de lire :
-Ah, c’est embêtant, lâcha t’il.
-Quelque chose ne va pas ? questionna un Thomas plein d’inquiétude.
-Je crains que vos travaux ne tombent à l’eau malheureusement. Je lis ici que nous ne pouvons établir un contrat de recherche que si la probabilité de succès de la première expérience est supérieure ou égale à 18%. Si j’en crois ce que vous venez de me raconter, sur les 350 premières questions, nous ne sommes qu’à 17,71%. Je suis désolé Thomas, mais les règles sont là pour nous éviter de perdre du temps dans des expériences qui ne sont finalement que des coïncidences.
Thomas semblait abattu et moi je rayonnais intérieurement. Sauvé par la bureaucratie, qui aurait pu le croire ? J’avais tellement pesté contre ces formulaires interminables à remplir pour tout et n’importe quoi et aujourd’hui…. Aujourd’hui, c’était à ces mêmes règles que j’envoyais des remerciements par millier. L’absurdité bureaucratique avait eu raison de la bêtise scientifique, une belle leçon que voilà. Thomas sortit enfin de son hébétement :
-En même temps, je savais que ce ne serait pas gagné d’avance.
-Pourquoi dites-vous cela ? interrogea le président surpris par la remarque.
-C’est Alex, mon coba… volontaire. Quand je lui ai demandé hier soir : « Quel est le prénom de votre mère ? », il a répondu : « Rien n’est gagné d’avance dans la vie ». Je n’ai pas fait le lien immédiatement, mais je comprends maintenant ce qu’il voulait dire.
Le directeur s’enfonça dans son fauteuil et posa son menton sur son pouce l’air de réfléchir. Ses doigts remuaient comme s’il les utilisait pour compter. Il émergea de sa rêverie et hurla :
-Thomas ?
-Oui président ?
-Vous venez de me suggérer qu’une fois de plus Alex avait vu juste ?
-Eh bien, oui en quelque sorte, il avait anticipé le fait que la mise en place de l’expérience ne pourrait se faire sans obstacles.
-Sa réponse est donc à compter parmi les réponses qui anticipent l’avenir, c’est bien cela ?
-Effectivement, si nous voulons maintenir la rigueur scientifique dont nous faisons preuve, il faut la considérer dans la catégorie des réponses prémonitoires.
Mais que manigançaient ces deux-là ? Stop, arrêtez tout, la raison a triomphé, vous devez déposer les armes et vous avouer vaincus.
-Thomas, à combien se montent le nombre de réponses prémonitoires ?
-Avec celle-ci, cela fait 35. Si on ajoute les 7 correctes et les 21 réponses en retard, cela fait maintenant 63 bonnes réponses sur 350.
-Est-ce que vous pouvez me recalculer le taux de réussite ?
Mais ce n’est pas possible, ils ne lâchaient jamais. Thomas tapotait frénétiquement sur sa calculatrice et releva la tête avec un grand sourire.
-Avec la réponse en plus, cela fait 18%
-Bravo mon grand, le contrat de recherche est pour vous, rendez l’institut fier.
Je contemplais mes deux collègues sautant et dansant et je regagnais mon propre bureau, pantois. Toutes mes recherches semblaient si futiles maintenant. J’entrepris de tout ranger et de me consacrer à un nouveau thèmes : A quel moment la raison nous a-t-elle abandonnés ?
Image d'illustration libre de droit : https://www.pexels.com/fr-fr/photo/outil-en-metal-bleu-2635595/
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