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Le Messager aux plumes marbrées
Non-fiction
Kurioses
calendar Veröffentlicht am 23, Mai, 2026
calendar Aktualisiert am 23, Mai, 2026
time 9 min

Le Messager aux plumes marbrées

Elle a été le sujet de bien des expressions françaises - réduite d’une manière péjorative, malgré elle, à ce que l’on qualifierait d’idiot, d’imbécile, ou - pour faire propre dans le dictionnaire - d’un être dépourvu d’intelligence.

Aujourd’hui, dans le carnet des jours qui grattent, je souhaite vous parler d’un petit rapace de nos campagnes.

Un rapace aux plumes marbrées, qui a croisé ma route il y a de cela quelques années déjà.

Si mon mois d’anniversaire voudrait que le faucon soit mon animal symbolique dans la culture amérindienne, c’est sa cousine la buse qui s’est présentée, à ma grande surprise.

Avec elle, quelques leçons à me donner.

Car derrière cette réputation d’oiseau un peu simplet, la buse cache bien son jeu.


Elle est entrée dans ma vie à un moment où tout vacillait.

Je venais d’être diagnostiquée d’une endométriose dite " profonde ".

La médecine venait enfin de mettre en lumière les maux qui me submergeaient depuis quatre années déjà - quatre années de douleurs, d’incompréhensions, de rendez‑vous qui s’enchaînent sans réponses, quatre années où mon corps parlait plus fort que moi.


Mon esprit, lui, était chamboulé.

Les doutes, les remises en question, les projets de vie balayés en deux ou trois examens.

Je prenais connaissance d’un mal qui s’était déployé en silence à l’intérieur de moi, sans comprendre d’où il venait, comment, pourquoi, ni où il m’emmènerait.


Et c’est là qu’elle est apparue.

D’abord une fois, puis une autre.

Sur la route, perchée sur un poteau.

En voiture, à un carrefour.

Dans les prés, les prairies, les champs.

Elle survolait, discrète mais insistante.

Une répétition.

Comme si elle cherchait à se faire entendre.


Le jour où elle est passée juste devant ma voiture, j’ai compris que ce n’était plus un hasard.

Qu’il me fallait être attentive.


À cette période‑là, je cherchais des réponses, mais aussi un refuge.

Je me suis plongée dans ce que je pouvais : les cartes, les oracles, le tarot, la numérologie, l’astrologie.

Tout ce qui pouvait m’aider à panser la plaie béante de l’infertilité.

Car non, je ne donnerai pas naissance à un enfant.

Mais au fond de moi, je savais déjà que si je ne peux enfanter un être de chair, d’os et de sang, la matrice créatrice d’une femme, elle, ne s’arrête jamais vraiment.


Alors j’ai cherché.

Et elle est arrivée.

La buse.

Ce petit rapace auquel je n’avais jusque‑là jamais prêté attention.

Celui que mon père et mes aïeux maudissaient pour ses razzias dans le poulailler.

Enfant, j’étais attristée pour les poules.

Aujourd’hui, je comprends qu’elle aussi doit survivre.


Après son passage devant mon véhicule, elle m’a laissé un signe.

Sur un sentier que j’emprunte souvent, j’ai trouvé une plume.

Puis une seconde.

Pas dans les buissons, pas au milieu d’un pré : posées là, en évidence, comme une confirmation.

Comme si elle me disait : " Fais confiance à ton intuition. "



En creusant sa symbolique, j’ai compris pourquoi la buse s’était invitée dans ma vie à ce moment‑là.

Elle porte en elle quelque chose qui résonne étrangement avec mon histoire.


On la traite d’idiote parce qu’elle reste immobile, perchée, à observer.

On la juge sans comprendre.

On confond sa patience avec de la bêtise.

Et moi aussi, on m’a prise pour une idiote.

Pour quelqu’un qui ne voyait rien, qui ne comprenait rien, qui ne savait pas.

Alors que je voyais tout - mais en silence.


La buse m’a appris que l’immobilité n’est pas un défaut.

C’est une manière d’économiser son énergie.

De ne pas se disperser.

De choisir le moment juste.

Avec l’endométriose, j’ai dû apprendre la même chose : l’énergie n’est pas infinie.

Elle se fait rare, précieuse, capricieuse.

Et comme elle, j’ai dû apprendre à attendre, à écouter, à ne pas gaspiller ce que mon corps me donnait.


Elle m’a aussi appris à ouvrir les yeux.

À voir ce qui se cache derrière les apparences.

À repérer les faux-semblants, les intentions troubles, les paroles qui sonnent creux.

La buse ne tolère pas les masques : elle voit au‑delà.

Et à sa manière, elle m’a appris à faire pareil.


Dans ce que j’avais lu à l’époque, on disait que lorsque la buse se présente, quelque chose de profond se réveille.

Une force ancienne, presque instinctive, qui remonte du bas du corps et rappelle que la vie circule encore, même quand on croit qu’elle s’est retirée.

Et surtout, qu’elle ravive des choses enfouies - des images, des sensations, des fragments d’enfance que l’on croyait perdus.


Des souvenirs que je pensais effacés sont revenus, sans prévenir.

Des émotions anciennes, des visions d’avant, comme si quelque chose en moi se réalignait doucement avec ce que j'avais laissée en chemin.

Comme si la buse avait ouvert une porte que je n’osais plus pousser.


Je suis restée un moment dans cet entre‑deux, suspendue entre ce qui remontait et ce qui m’attendait encore.


Une vérité que j’avais longtemps tenue à distance est revenue frapper à la porte.

La blessure du rejet, celle qu’on avait tenté d’effacer.

Impossible de faire semblant.

Comme si la buse murmurait :

" C’est le moment de te regarder en face. "


On dit que les buses sont souvent harcelées en plein ciel par des oiseaux plus petits qu’elles.

Ça m’a parlé.

Moi aussi, j’ai connu ces petites attaques, ces jugements qui piquent, ces incompréhensions qui usent.

Depuis qu’elle est arrivée, je n’arrive plus à maintenir les apparences.

Comme une petite voix à l’intérieur qui me souffle :

" Tu n’as plus à rester là. "


Je me suis alors dit que la buse et l'endométriose parlaient la même langue.

L’une dehors, l’autre dedans.

Toutes deux me rappelaient :

" Reste fidèle à toi. "


Depuis, quelque chose en moi s'est remis à circuler.

La vie quant à elle, a repris son cours, mais autrement.


Avec le temps, je me suis habituée à sa présence discrète mais jamais bien loin.

Elle m’a laissé d’autres plumes, plus petites mais tout aussi précieuses.

Les plus grandes sont encadrées sous verre, sur mon autel.

Les autres sont dispersées ici et là - dans mon pare‑soleil côté conducteur, dans mes livres, un peu partout.

Des grigris.

Des rappels.

Des fils invisibles.



Et même lorsque je ne la vois pas, je sais qu’elle est là.

Ou du moins, c’est ce que je crois.


J’ai remarqué d’ailleurs que lorsqu'elle s'absente du ciel, c'est le chevreuil qui prend discrètement le relais à la lisière des bois. Mais ce cervidé sera certainement le sujet d’un autre jour qui gratte.


Pour ma part, je garde la conviction profonde que ces êtres dénués de paroles humaines ne se taisent jamais vraiment. Ils portent leur propre langage, et j’aime croire qu'il suffit parfois de ralentir pour que leurs pas fassent écho aux nôtres.


@lapilafolie - Texte, Illustration & Image


Note de l'auteur : Si l’endométriose a bousculé ma vie et mes projets, la buse m’a appris à prendre de la hauteur, à réorienter ma trajectoire. Là où je ne peux donner la vie, mes dessins et mes mots ont pris le relais.

Ce texte fait écho à Quelque chose de Tennessee — vraiment ? de PascalN. Sa lecture m’a donné l’envie de raconter mon propre passage avec la buse. Deux approches différentes, mais une même attention portée à ce que les animaux déposent sur nos routes.

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