Article 1 : L'effacement des femmes, une corruption systématique de l'Histoire
Vous voulez savoir pourquoi j'ai créé Nunael ?
C'est parti d'une obsession. Une question qui me taraudait depuis des années : où sont passées les femmes ? Dans les récits héroïques, dans les mythes, dans les livres d'histoire.
Où sont-elles ?
Et puis j'ai compris. Leur absence, ce n'est pas un oubli. C'est une volonté. Un système. Quelque chose de construit, pierre après pierre, siècle après siècle.
Dans mon roman, Nunael crée l'univers. Elle insuffle la vie sans faire de tri, elle regarde évoluer les espèces avec la même tendresse pour toutes. Quand elle choisit les hominidés comme "espèce élue" – pas pour leurs muscles, non, mais pour leur empathie, leur curiosité, leur capacité à créer ensemble.
Mais l'Étranger, lui, a compris quelque chose de terrible. Pour détruire l'humanité, pas besoin de l'anéantir physiquement. Il suffit de la diviser. De la mutiler. D'effacer la moitié de son potentiel. Et c'est exactement ce qu'il fait, en manipulant les scribes, les théologiens, les juges, les historiens.
Son arme préférée ? L'effacement systématique des femmes.
Eve et Lilith : Le premier effacement

Avant même de parler d'histoire, il faut que nous parlions de mythe. Parce que c'est là que tout commence.
Eve est la Première femme, tirée d'une côte d'Adam, celle qui croque la pomme et condamne toute l'humanité. Pendant deux mille ans, on en a fait LA responsable du péché originel. La faible. Celle qui a craqué. La coupable éternelle.
Mais Lilith. Vous la connaissez ? Non ? C'est normal. C'est fait exprès.
Dans les textes juifs anciens, avant Eve, il y avait Lilith. La vraie première femme d'Adam. Créée de la même poussière que lui. Son égale. En tout point.
Sauf que Lilith a refusé de se soumettre. Les textes disent qu'elle refusait de "s'allonger en dessous" pendant l'acte sexuel. (Oui, c'est écrit noir sur blanc.) Elle revendiquait son égalité. Alors elle a prononcé le nom de Dieu et s'est enfuie du jardin d'Eden.
Adam s'est plaint. Vraiment plaint. Dieu a envoyé trois anges pour la ramener. Elle a refusé. Résultat ? On l'a transformée en démone. En tueuse d'enfants. En succube. Et on l'a effacée des textes canoniques. À la place, on a créé Eve. Faite d'une côte – donc inférieure, coupable par nature, soumise par obligation.
Premier effacement. Et il est fondateur. Si dès le mythe originel, la femme qui réclame l'égalité est diabolisée et remplacée par une femme soumise et fautive... Que reste-t-il comme espace pour toutes celles qui ont suivi.
Rien
Les textes sacrés ont institutionnalisé la misogynie.
La corruption théologique
Cette question m'a longtemps tourmenté : Comment des religions qui prêchent l'amour et la compassion ont-elles pu justifier l'oppression de la moitié de l'humanité ?
La réponse est glaçante : elles ont été infiltrées.
Dans Nunael, l'Étranger ne crée rien. Il corrompt. Il prend les messages de lumière que Nunael inspire – à travers des figures comme Jésus ou Mahomet – et il les tord. Il utilise des hommes d'influence pour transformer l'égalité en hiérarchie. La liberté en soumission.
Observons les trois grandes religions monothéistes. Dans chacune, des femmes puissantes ont été minimisées. Ou effacées. À chaque fois.
Le judaïsme d'abord.

Miriam. Prophétesse. Leader au même titre que ses frères Moïse et Aaron. Le Livre des Nombres la décrit comme une des trois libératrices d'Israël. Trois. Combien de personnes connaissent son nom comparé à celui de Moïse ? Presque personne. Déborah, juge et cheffe militaire. Elle dirigeait tout Israël. Huldah, prophétesse. Le roi Josias lui-même la consultait. Et pourtant. Dans la mémoire collective, les prophètes sont masculins.
Le christianisme ensuite. Et là, c'est encore plus brutal.

Marie-Madeleine. Selon les Évangiles gnostiques, elle est "l'apôtre des apôtres", celle à qui Jésus confiait ses enseignements les plus profonds. Pierre lui-même était jaloux de leur relation. C'est écrit noir sur blanc. Mais, six siècles après la mort du Christ, le pape Grégoire Ier l'a délibérément confondue avec une prostituée repentante. Puis, pendant quinze siècles, elle a été réduite à cette image. Ce n'est qu'en 1969 que l'Église a reconnu son "erreur". Et Thècle d'Iconium ? Disciple de Paul, elle baptisait et prêchait. Elle aussi : effacée. Phoebe ? Paul l'appelle "diaconesse" et "protectrice". Minimisée. Les femmes prophétesses de Corinthe que Paul mentionne ? Oubliées.
L'islam maintenant.

Khadija. Première épouse du Prophète. Femme d'affaires prospère et indépendante. Quinze ans de plus que lui. C'est elle qui l'a épousé, elle qui l'a soutenu financièrement, elle qui a cru en lui la première. Elle dirigeait des caravanes commerciales. À une époque où c'était impensable. Mais son rôle économique et spirituel a été largement édulcoré. afin de donner une mage plus "convenable" … Aïsha, autre épouse, érudite. Plus de 2 000 hadiths transmis. On la consultait sur des questions juridiques complexes. Combien d'imams citent son autorité intellectuelle aujourd'hui ?
La corruption institutionnelle

Tertullien, un théologien du IIe siècle. Il écrit : "Tu es la porte du diable, tu es celle qui a brisé le sceau de l'arbre interdit.". Il parle des femmes, toutes les femmes. Coupables par nature., dangereuses par essence.
Saint Augustin. Je l'ai placé au Purgatoire dans mon roman. Repentant de ses écrits qui ont façonné quinze siècles de doctrine. Lui qui affirmait que la femme n'était à l'image de Dieu que lorsqu'elle était unie à l'homme, son "chef".
Ces hommes n'étaient pas des monstres. Ils étaient brillants. Sincères même. Mais ils ont été les instruments parfaits de la corruption. Leurs mots gravés dans le marbre des conciles. Transformés en dogmes, en lois, en vérités absolues.
Dans le roman, l'Étranger n'a pas eu besoin de détruire les textes sacrés, juste de choisir lesquels seraient canoniques et de minimiser les femmes dans ceux qui restaient.
Les génies effacées
Cette mécanique impitoyable ne s'arrête pas à la théologie. Loin de là. Elle s'est infiltré chaque domaine du savoir humain.
Dans Nunael, j'ai créé un "musée des femmes oubliées" que Nunael fait visiter à Hildegarde. C'est l'un des passages qui m'a le plus bouleversé à écrire. Parce que chaque femme que j'y mentionne a réellement existé. Et chacune d'elle a été effacée.
Vous pensez que c'est un phénomène uniquement occidental ? Non. C'est une pandémie mondiale. Chaque continent, chaque culture, chaque époque a été l'instrument de cet effacement. Laissez-moi vous présenter douze femmes qui ont révolutionné leur temps. Pourtant, le monde a choisi de les oublier.
Christine de Pizan (1364-1430)

Venise, Italie.
Elle est la première femme écrivain professionnelle de l'Histoire occidentale. Veuve à 25 ans avec trois enfants, elle a survécu en écrivant. Des traités philosophiques. Des poèmes. Des analyses politiques. Son œuvre La Cité des Dames ? Une défense révolutionnaire des femmes. Six siècles avant le féminisme moderne. Elle y déconstruit méthodiquement tous les arguments misogynes de son époque. Résultat ? Ses œuvres ignorées jusqu'au XXe siècle.
Artemisia Gentileschi (1593-1656)

Rome, Italie.
Elle l'une des plus grandes artistes baroques. Violée à 18 ans par un autre peintre, on lui a fait subir un procès humiliant où elle fut torturée, juste pour "vérifier" ses déclarations. Malgré cela, elle fut la première femme admise à l'Académie des Arts de Florence. Ses tableaux, d'une puissance émotionnelle foudroyante, mettaient en scène des héroïnes bibliques fortes. Mais pendant des siècles, ses œuvres furent attribuées à son père ... Ou à d'autres peintres masculins.
Sayyida al-Hurra (1485-1561)

Tétouan, Maroc.
Son vrai nom ? Inconnu. "Sayyida al-Hurra" signifie "la dame libre et indépendante". Reine de Tétouan pendant trente ans. Trente. Et corsaire. Contrôlant la Méditerranée occidentale en alliance avec Barberousse qui dominait l'est. Issue d'une famille noble andalouse exilée de Grenade, elle a transformé Tétouan en puissance économique et militaire. Elle attaquait les navires espagnols et portugais – pas par cupidité, par vengeance pour l'exil de son peuple. Et pour défendre son royaume contre l'expansion coloniale. Elle était polyglotte, érudite, une négociatrice redoutable. Quand elle a épousé le sultan du Maroc en 1541, elle a refusé de quitter Tétouan pour la cérémonie. Le roi a dû venir à elle. Seul cas documenté d'un roi marocain se mariant hors de sa capitale. Mais en Occident ? Qui connaît son nom ? On célèbre Barberousse. Francis Drake. Connaissez-vous d'autres pirates qui régnaient sur les mers ET sur une ville ?
Émilie du Châtelet (1706-1749)

Paris, France.
Mathématicienne. Physicienne. Elle a traduit les Principia Mathematica de Newton en français, la seule traduction complète qui existe encore aujourd'hui. Elle a corrigé des erreurs de Newton., développé des concepts sur l'énergie qui préfiguraient Einstein. Voltaire, son amant, reconnaissait qu'elle était bien
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