Les cerises de la joie et de l’amour
Voici que mon arbre plein à craquer me hurle:
- Viens cueillir mes cerises! Elles sont à point, fermes et craquantes comme tu les aimes.
- Mais je ne mange pas de ce fruit là! Je n’arrive pas à en avaler le rouge luisant.
- Quoi tu me ferais ce déshonneur à toujours vouloir snober tout ce que je te donne en partage. Tu admire pourtant si souvent ma majesté et le port altiers de mes feuilles aussi roses que l’amour se peut de l’évoquer au printemps.
- Oui je sais, je suis le déshonneur même de ton genre. Une sorte de retardée mentale du fruit qui ne serait pas aussi poli que mon regard envers moi-même.
- Veux tu dire par là que tu ne sais pas t’aimer comme moi je sais le faire?
- Il faut croire que non vu ma réticence a croquer dans ce bijou de la nature dont tu es le plus beau des écrins.
- Mais ne tarde donc plus à venir vers moi pour croquer le fruit de la paix envers ton beau coeur, aussi rouge lorsqu’il bat la chamade pour le livre que tu écris en ce moment même.
- Tu as peut être raison, mais quelque chose m’en empêche et je ne sais absolument pas quoi.
- Peut être es-tu là en train de regretter le bon temps passé à me prendre en photo de l’été à l’hiver, tout en magnifiant ma floraison printanière lorsque l’automne finalement fait de moi la plus sensuelle des confitures, pour ne plus quitter l’étagère bien à l’abris de la réserve familiale. Un peu comme tes deniers.
- Il faut dire que tu as saisi le problème, je n’ai pas mangé les fruits de mon amour envers moi-même de peur qu’ils disparaissent dans la trilogie du malheur pour moi.
- Ah et de quelle histoire s’agit-il?
- De celle que j’ai écrite pourtant avec joie et amour. Et cela sans me rendre compte que je ne savais absolument pas comment la rendre visible à toutes ces belles âmes. Celles qui aiment lire les mots que les écrivains de toutes sortes peuvent transmettre à leurs papilles acérées de lecteurs invétérés du bonheur d’être libre, à travers les histoires du conteur aussi fantasque que réaliste parfois. Un peu comme tes fruits qui illuminent ta parure sans qu’on ait besoin que tu en fasses la moindre publicité. Le passant n’a qu’à lever la tête pour goutter à ton sublime repas d’amour envers la terre et ses habitants que nous sommes.
- Du coup je ne vois pas le problème, chère amis écrivaine. Tu n’a qu’à en faire de même et briller d’amour pour ton petit coeur qui n’en peux plus de choisir ce qui lui fait peur au lieu de ce qui lui fait plaisir au quotidien. Prend exemple sur moi et en te levant chaque matin tu vas venir me regarder pour comprendre que je ne redoute pas le gel, puisque mes fruits seront toujours de bonne qualité grâce à mon pouvoir enchanteur.
- Mais quel est donc ce pouvoir? Pourrais-tu me le transmettre afin de mettre en branle mon âme et non mon parfait savoir sur la connaissance du mental en manque d’idée pour me laisser en paix.
- Tu ne le sais pas? Alors que sur ton dos gesticules les ailes de la liberté pour enfin s’envoler vers plus de grâce et de vie chaque jour que l’univers met à ta disposition.
- Me voilà perplexe encore une fois, que me racontes-tu là?
- Alors pour faire simple tu as des ailes comme toutes les belles âmes de ce monde. Mais comme la plupart des gens tu préfères les ranger dans le tiroir de l’oubli à la naissance même et ce premier cri d’effroi que vous poussez tous, les humains, dès que l’air se fait rare dans votre sortie du ventre maternel. Mais nous les arbres on n’a pas ce problème. La graine qui fait de nous des horribles intrus pour vous est souvent celle qui germe sans demander la moindre autorisation au taxateur sempiternelle de l’impôt du n’importe quoi, pourvu qu’il soit prélevé à la source. Mais pour moi la source c’est autre chose, c’est notre raison de vivre, l’eau qui coule dans nos veines et dans les tiennes également. Alors arrête de craindre ton inéluctable décadence quand tu sais que tu n’en veux pas. Regarde un peu au dessus des cimes de cette forêt que tu pensais pourtant oubliée de tous. Cela fait maintenant quelques jours que tu en distribue les cartes sans même t’en apercevoir. Sache que d’une manière ou d’une autre le lecteur va maintenant prendre connaissance de ta venue.
- Ah ouais et comment? Par ce que delà je doute fortement de mes capacités à rendre mon fruit aussi juteux que le tiens.
- Tu n’en sais rien! Tu ne l’as jamais goutté.
- Si une fois! Poru te faire plaisir. Et j’ai aimé te faire plaisir en te rendant honneur, même si cet exercice fut très difficile pour moi qui n’aime pas le fruit qui me porte à la bouche des sensations de déjà vu.
- Mais n’as tu pas fait l’effort ce jour là de goutter au bonheur?
- Comment ça le bonheur? Pour moi il s’agissait d’un sacrifice de plus dans ma vie pour faire plaisir à un arbre cette fois ci.
- Mais tu n’avais pas à te sacrifier. Je voulais moi t’honorer de mon fruit et non te forcer à la manger. C’est donc de là que viens ton habitude de toujours choisir ce qui fait peur au lieu de laisser ton coeur se prendre au jeu du bonheur et de la surprenante réalité qui risque d’arrivez pour lui.
- Tu parle de la ruine de l’artiste, dont la rentabilité se met au diapason de son cercueil le plus souvent?
- Pas forcément, si tu aimes ce que tu écris et ce que tu en fait, la rentabilité ne peut que suivre cher amie.
- Je ne saisis pas bien ton histoire de cerise et d’argent qui serait un peu pareil. Regardes toi, qui n’a pas besoin de rendre à l’usine pour mériter ta place au soleil et aux quatre vents.
- Non absolument pas et de toute manière personne n’a à mériter une place qu’elle qu’elle soit. Le mérite n’est qu’une idée du plus fourbe, pour lui tout seul décider qui il veut d’oisif à côté de lui. Mais ce qu’il n’a pas compris c’est que l’âme humaine est apte à marcher d’elle même, tant que la peur lui fait défaut et il va falloir que tu te débarrasses de cela. C’est ça mon secret. Arrête de craindre le pire pour que le meilleur arrive. Tu as voulu n’en faire qu’a ta tête en allant chercher le denier au milieu de la fonderie du passé. Et bien maintenant prend le chemin inverse avec l’aide de ton coeur et arrête de tergiverser pour une histoire de compte en banque, qui de toute manière va se résoudre d’ici peu.
- Et tu sais ça comment toi, arbre majestueux et faramineux certes, mais pas devin quand même?
- Quand on a des racines comme les miennes on sait beaucoup de choses et tu devrais savoir vu la largeur des tiennes, que tu n’est pas faite pour rester dans la misère éternellement. Et je sais, oui, que tu vas t’en sortir, car la lueur de l’été sera cette année exceptionnelle pour les êtres ayant su reconnaitre leurs erreurs de parcours et leurs choix maudits du passé. Et sache que la vérité qui ressurgit maintenant est celle du divin ou si tu préfère de mère nature, qui a horreur que ses belles âmes oratrices se morfondent dans la terreur de ne jamais pouvoir vivre de la beauté qu’elle offrent au monde. Alors chante au lieu de pleurer, car le solstice arrive et avec lui la délivrance de ton âme . Quand mes cerises seront passées tu viendra me conter la chanson d’Azraël: tu sais cette ange qui pensait devoir rester la mort alors qu’en lui se trouvait les clefs de la renaissances à la vie. Tu viendra me conter sa victoire et ainsi je pourrais d’années en années lui consacrer une seule cerise. Celle du renouveau de son âme, qu’il mangera non pas pour me faire plaisir, mais pour s’aimer du doux refrain joyeux du printemps. Une saison qui ne sera plus que chants d’oiseaux et autres belles fleurs bien à l’abris du regain de la puanteur d’un champs de foin sans âme à nourrir. Voilà ce que je te prédit chère amie.
- Je te remercie, même si mon mental me dit maintenant aussi folle qu’une cloche qui oublie de sonner la révérence du dimanche soir, en pensant que les lundis ne sont plus qu’un mauvais souvenir.
- La cerise te donnera tous les détails lorsque je serai enfin débarrassé de mon fardeau annuel,,pour élaguer mon tronc des branches de trop. Afin que l’année prochaine tu puisses toi aussi voir que tu es la plus belle des âme, au sommet de l’arbre de vie que nous formons tous par ici et par ailleurs.
C’est ainsi que cette conversation insolite prit fin entre un arbre sans crainte de l’avenir et une autrice perdue dans la peur de ne jamais pouvoir exposer ses beau fruits au charmant lecteur qui l’attends de partout.
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