Le maître du temps
Le maître du temps
Il était une fois une petite dame qui ne sortait que lorsqu’il faisait beau dans son jardin. Elle ne fréquentait jamais le monde environnant, préférant se balader entre ses tulipes au printemps et ses bégonias le reste de l’année. Elle n’aimait pas beaucoup la compagnie des autres, trop chiants, trop déprimants et parfois même arrogants lorsqu’ils voulaient lui expliquer l’intérêt de se socialiser pour ne pas mourir seule et abandonnée de tous.
Mais notre petite dame n’aimait pas vraiment qu’on lui fasse la morale et encore moins qu’on lui explique sa manière de devoir vivre la mort et de fait la fin de sa vie. Elle prit donc la résolution de ne plus sortir de chez elle, le jardin devenant sa bouffée d’oxygène. Elle faisait uniquement ses courses et cherchait de quoi nourrir son lapin et le canari jaune qui lui chantait des chansons à longueur de journée.
Cependant ce matin un importun osa sonner à sa porte, pourtant bien capitonnée pour ne pas être dérangée par l’extérieur. Mais qui sait le facteur lui ramenait peut-être un courrier important concernant une augmentation de son pécule de retraité. Elle ouvrit donc sa porte, mais oh surprise ce n’était pas le fonctionnaire des postes. Un être vêtu de blanc et de noir lui demanda de bien vouloir le laisser entrer, car il avait perdu la notion du temps et ne savait plus quand il était. La petite dame interloquée par cette demande incongrue ne voulut pas le laisser pénétrer dans son sanctuaire de paix. Cependant l’étrange bonhomme insista:
- Madame je vous en supplie, j’ai peur de ne plus me retrouver dans l’horloge qui m’a déposé ici, devant chez vous, pour me permettre de retrouver mon dernier rouage enfuit par la porte du néant.
La petite dame hésita à hurler au secours, mais personne n’habitait à moins de deux km de son logis campagnard entre la forêt du bois joli et les champs de lavandes. Elle se dit qu’elle avait à faire à un fou échappé de l’hôpital ou d’une institution quelconque. Elle le laissa néanmoins entrer, car elle n’aurait pas voulu qu’un étranger la dénonce pour non assistance à personne en danger. Elle demanda au visiteur de s’installer sur le canapé et de ne surtout pas bouger le temps de prévenir le Samu et de faire un petit café pour réconforter cette âme en peine. En effet l’invité surprise tremblait de peur et des larmes coulaient sur sa joue caché par un voile tout blanc.
-Vous ne voulez pas découvrir votre visage afin de respirer un peu mieux? Lui demanda notre hôte.
-Oh je ne sais pas, j’ai peur de vous effrayer avec mon air d’horloge perdue et sans cadran pour s’y retrouver.
-Essayez pour voir, vous savez je ne suis pas très conventionnelle moi non plus. Je préfère les fleurs et les animaux aux humains.

L’étrange bonhomme se découvrit et en lieu et place de ses yeux apparut une visserie digne des plus belles montres suisses. Notre petite dame fit un pas en arrière, effrayée par ce robot qu’elle pensait humain.
- Mais qui êtes vous? Êtes-vous venu pour me tuer?
- Quelle question madame, je ne suis qu’un pauvre horloger de l’univers qui a perdu le temps et la raison. Je ne sais plus où je suis et surtout à quelle période des temps nous sommes.
- Nous somme en 2026, si cela peu vous réconforter et vous guider.
Puis elle se rendit à la cuisine pour se préparer une tisane et non un café, bien trop fort pour son estomac tout retourné. Elle décida également de ne pas appeler le Samu, l’opérateur la prendrait sûrement pour une folle si elle décrivait ce qui se passait dans sa maison. En attendant que l’eau se mettent à bouillir, elle s’assit face à son étrange visiteur et observa sa bouche. Elle était ronde comme une montre avec des chiffres qui se mélangeaient. Le 1 côtoyait le 6 et le 12 côtoyait le 3. Elle poursuivit en détaillant ses joues et ce n’était pas une larme qu’elle avait vu couler, mais un engrenage des yeux qui se perdait dans la texture grisée qui ressemblait à du cuir tanné par le temps en guise de peau.
Bon, que faire? Se demanda t’elle, se pinçant le bras pour être sûre de ne pas rêver ou d’être déjà morte dans un paradis pour dingue. Le bonhomme la surprit lorsque ses cheveux se mirent à sonner. Des milliers de clochette retentissaient entre ses bouclettes artificielle en fer forgé d’une extrême finesse .
- Comment vous appeler vous monsieur? Osa-t-elle demander afin d’humaniser la situation.
- Je suis le maitre du temps passé, présent et à venir. On ne m’a jamais donné de prénom, du moins pas à ce que je sache.
- Mais où vivez vous la plupart du temps?
- Dans l’immensité de l’espace madame, avec les étoiles, la lune et le soleil pour leur indiquer la marche à suivre afin de déterminer les différents cycles de l’existence en général.
- Vous travailler avec Dieu alors?
- Si vous voulez le croire ainsi, pourquoi pas. Mais je ne crée rien, je ne fais que diriger la marche du temps.
Notre petite dame se retrouvait bien perdue avec cet étrange personnage qui se pensait maître du temps. Mais en même temps elle n’était plus sûre de rien concernant ce qu’elle avait appris sur l’humanité, le big bang, les dinosaures et Dieu finalement. Quel était donc cet intrus qui la bousculait ainsi dans ses croyances de paix en plein milieu de son jardin. Là où elle se trouvait d’habitude à cette heure ci et par ce grand beau temps de juillet.
- Excusez moi madame, auriez vous quelque chose qui se rapporte à la mesure du temps sur vous? Peut être que cela m’aiderait à me régler sur votre bel univers?
- Oui, j’ai bien un petit réveil hérité de ma grand mère qui fait un tic tac incessant au point de l’avoir remisé au grenier.

Elle se leva et alla chercher le vieil objet familial pour le donner à son visiteur surprise. Le bonhomme prit le réveil et le remonta à 12H12. Une sorte de fréquence pour regagner la confiance du temps. Il expliqua à la dame s’être perdu dans les rouages de la pyramide du temps passé, une sorte de cycle infernal qui n’arrêtait pas de dire non aux âmes pour changer de paradigme temporo-spatial. Notre dame n’y comprenait rien à son histoire de pyramide et de réglage universel pour revenir à quand il était. Le visiteur poursuivit ses explications en lui montrant l’eau qui coulait de sa bouilloire pendant qu’elle la versait dans sa tasse.
- Regardez! Lorsque je mets 12H12 le temps s’arrête.
Effectivement l’eau cessa de couler, comme figé par la glace.
- Mais je peux bouger moi, quelle est donc cette magie noire que vous exercez là?
- Oh ne prononcez pas ce mot, je ne suis pas un sorcier qui défie les éléments. Au contraire je suis celui qui obéit à la loi universel pour que le temps et l’âme ne soit pas menacés par des imprudents qui voudraient tout contrôler à la place de l’univers. Oh que non je n’oserais pas de peur de me retrouver…
- Oui poursuivez…
- Mais c’est donc ça madame, vous avez trouvé la cause de mon malheur. Quelqu’un de mal intentionné aura bricolé la ligne du temps. Hum… Je comprends mieux pourquoi je suis ainsi déboussolé sans mon 12 et mon 12. Venez m’aider si vous le voulez bien.
- J’arrive mon bon monsieur, j’arrive.
Tous deux se rendirent dans le jardin . Le bonhomme prit une branche tombé au sol ayant appartenue au vieux chêne familial.
- Qu’allez-vous faire avec ce morceau de bois? Demanda-t-elle au maitre du temps.
- Je vais le planter dans la terre afin que le soleil reprenne ses droits.
Il prit la branche et l’enfonça dans la pelouse défraichie par le temps pour tracer un cercle autour du point central, à environ 10 degré du soleil. Quelques minutes plus tard une étoile apparut au centre de cet axe, elle formait une sorte de galaxie avec les brins d’herbes luisant à son contact.
-Bien à présent je vais laisser couler une larme d’eau sur le haut de la branche qui marque le noyau central de mon univers.
Il prit la tasse de thé que madame avait emporté avec elle et versa une goutte de bergamote sur son installation étrange. La terre se mit à trembler pour laisser éclore un nouveau chêne, il grandissait aussi vite que l’éclair, devenant maintenant beaucoup plus grand que celui qui vivait là depuis si longtemps.
- Voilà c’est fait chère madame. Je sais à nouveau où je suis, en 2026, ça vous me l’aviez précisé, mais également au moment exact où la terre va se retourner pour faire un saut quantique incroyable.
- Oh là là on va tous mourir! S’exclama la petite dame.
- Mais non, ne vous inquiétez pas, vous pourrez toujours encore profiter de la vie. Il s’agit juste de régler à nouveau l’horloge terrestre sur le temps universel. Vous savez ce sorcier dont vous aviez émit l’hypothèse, il existe réellement. Mais ce n’est pas moi, grâce à vous j’ai découvert la supercherie. Il avait bloqué le temps sur le mot guerre, la terre tournait à l’envers pour ne pas accéder au futur. Car oui toutes les guerres on toujours une fin, aussi longues soient-elles et aujourd’hui j’ai remis la paix en marche avant, tout simplement.
- Mais le sorcier ne va t’il pas se rebeller?
- Surement, mais ne vous inquiétez pas, maintenant que je sais où je suis, il ne pourra plus me défier. Je l’attends de pied ferme avec mon armada d’aiguille pour remplacer les siennes sur le cadran de la vérité de cette belle planète que vous habitez là.
- Si vous le dites. Je vais encore pouvoir admirer mon beau jardin alors?
- Oui madame et pour l’éternité, car nous sommes ici au paradis des belles fleurs. Celles que vous avez invoqué au moment de mourir entre votre canari chantant la belle sérénade des temps anciens et ce beau lapin qui courre encore pour amuser votre regard de jeune fille.
- Je suis morte alors? C’est bien ce que je me disais, confia-t-elle tout en s’asseyant dépitée sur le banc de bois sous le vieux chêne familial.
- Ne pleurez pas, vous êtes au bon endroit, car la guerre a stoppé dans votre coeur et dans celui de l’humanité, en m’aidant à redresser la barre du temps où elle se devait d’être. Les journées ne seront plus maussades, mais pleines de joie sous le soleil de votre belle vie. Vous n’êtes pas morte loin de là, vous avez juste oublié de vivre parmi les vôtres. Regardez par dessus la clôture et observez ce champs de lavande qui embaume la joie et le bonheur à l’infini. C’est surement pour cela que je suis tombé chez vous ce matin, car le temps s’était aussi arrêté dans votre âme, oubliant de vivre pour se croire déjà de l’autre côté de la barrière du temps. Vous étiez toute aussi perdue, rajouta le bonhomme avant de conclure qu’il était temps de se quitter et de retournez chacun à sa mission de vie.
- Je ne connais pas la mienne cher monsieur le temps, murmura la petite dame.
- Mais si chère Evelyne, vous êtes celle qui sourit à la vie, alors continuez mais pas seulement dans vote jardin. Partez éclairer le coeur de ceux qui comme vous et moi sont perdus au milieu du jardin de leur peine, de ne jamais avoir vu le jour jusqu’à maintenant. Et rassurez-vous la paix arrive, car la guerre s’arrête lentement aujourd’hui en expirant ses derniers jours de terreurs avant de pouvoir reconstruire la belle petite lumière qui éclaire le monde. Cette âme qui enfin se règle sur 12H12, le temps universel et plein de grâce.
La petite dame remercia l’étrange bonhomme pour son passage et le jour suivant elle s’inscrivît au groupe de Belote. Afin de batailler sagement et dans la joie avec les cartes du renouveau, qui pour elle allaient annoncer de nouvelles et belles rencontres, mais bien moins étranges que notre maître du temps.
Ce dernier reprit sa place entre Jupiter et la Lune pour annoncer que les marées basses allaient faire place aux marées hautes pour nettoyer un peu les misères de ce sorcier. Celui qui se pensait beaucoup plus intelligent que le temps et que notre chère Evelyne, qui savait beaucoup mieux quel objet de famille conserver pour plus tard le rendre utile à son avenir. Contrairement à la magie noire, qui ne fait que détruire l’âme au point de s’oublier entre les méfaits de son passé et les belles heures qu’auraient pu être l’avenir en réglant son horloge interne sur 12H12.
Bonne journée à tous dans la belle lumière du soleil, qui lui sait exactement à quelle heure se lever et se coucher pour nous aider à ouvrir la boite du temps, qui nous retient souvent prisonnier de nos propres peurs de retourner dans le passé. Mais rassurez vous le maître du temps a enfin fait pousser le chêne de la vie, dont les racines vont nous révéler la bonne humeur, la joie et le bonheur d’être à nouveau vivant dans ces belles lueurs du printemps à venir pour nous tous, évidemment.

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