L’histoire du chien aveugle qui ne pouvait pas voir son maître.
L’histoire du chien aveugle qui ne pouvait pas voir son maître.
Il était une fois une chien prénommé Virgile, il aimait manger des gâteaux à la noix et conter fleurette au petit caniche d’à côté. Mais malheureusement pour lui il était aveugle, ses yeux ne s’étant ouverts depuis le jour de sa naissance. Il regrettait de ne pas pouvoir mettre de visage sur la douce voix de son maître, le brave Thierry, qui se prit de compassion pour cette petite boule de poil et l’adopta à la veille de son anniversaire.
Ainsi le jour de ses 25ans, il se retrouva affublé du plus maladroit des chiots, mais également du plus aimant également. Au début Virgile renversait tout: la gamelle d’eau, le pot de fleur aux azalées bien alignées et surtout la petite barquette de viande destinée aux oiseaux l’hiver. En effet décembre était le mois le plus froid dans leur petite village juché en haut de la montagne française. La neige y tombait fréquemment et les oiseaux se mourraient sans viande pour nourrir leurs petits estomacs de moineaux pas bien douillets de la campagne environnante.
Mais la pluie par contre se faisait rare, car lorsque le printemps arrivait, les pigeons toquaient aux fenêtres et les esquimaux dessinés sur la vitre gelée se transformaient en étoiles printanières pour accueillir la lumière du soleil de la vie.
Cependant notre chien ne voyait rien de tout cela. Il pouvait juste ressentir la chaleur qui émanait par ci ou par là, ne remarquant la fenêtre que lorsque le bec de l’oiseau râleur tapait au carreau pour réclamer une quelconque pitance à son maître.

Ces derniers temps la voisine Léonie passait de plus en plus souvent, avec Charlotte son caniche. Il pouvait ainsi entendre le monde à travers les belles frisettes de son amie, qui les décrivaient comme merveilleuse est beaucoup plus élégantes que celles du mouton mal léché du berger sur la colline.
Mais Virgile n’y connaissait rien aux animaux et ni aux humains d’ailleurs. Il ne savaient pas bien les distinguer. A part la manière de s’exprimer, rien ne différenciait Charlotte de Léonie ou encore de Thierry.
Il marchait ainsi parmi les hommes et les animaux sans se douter que l’un comme l’autre pouvaient parfois s’avérer cruel en étant contrarié. C’est ainsi qu’il fit l’expérience la plus douloureuse de sa vie, en se rendant chez le vétérinaire pour recevoir une piqûre censée le protéger des maladies mortelles que pouvaient engendrer la montagne où il vivaient, car entre les tiques et les loups enragés il fallait être prudent. Cependant ce n’est pas le geste compatissant du bon docteur de la vallée qui le mit en rogne, mais tout de suite après, lorsque Thierry voulut aller manger à l’auberge du fromager. Mais ce dernier refusa l’entrée à son chien, car il était à poil et non à cheveux comme son maître l’humain.
Il ne comprit pas pourquoi d’un coup il ne fut pas la bienvenue dans ce lieu destiné à nourrir le monde et surtout là où les vaches se baladaient sans crainte d’être renvoyées. Même leurs horribles cloches qui l’assourdissaient l’énervaient au point de ne plus vouloir sortir de la maison à présent.
Thierry ne savait plus quoi faire. Pourquoi son brave Virgile refusait-il soudainement de partir à l’aventure sur les sentiers, qui d’habitude l’émerveillaient et lui stimulaient tous le sens dont il avait encore l’usage? Ce n’était pas grave de ne rien voir, pourvu que la lumière lui réchauffe le coeur et que les fleurs lui développent un flair irréprochable.
Il faut se rendre à l’évidence que saluer le soleil ne suffisait plus à le rendre heureux. Il voulait voir le visage du vilain fromager qui lui interdisait de rentrer dans son auberge de “La Croute Savoureuse“, car il pouvait rendre malade ses clients. Pourtant il était vacciné à toutes les horreurs de la nature, alors pourquoi?
Bien c’est Charlotte et Léonie qui lui donnèrent la réponse en ce samedi soir, où les deux demoiselles passaient maintenant la nuit à la maison. Il comprit soudainement que l’amour n’était en rien un gage de suffisance pour l’avenir, il fallait y joindre l’utilité de ne jamais être seul. Et cela lui convenait, car il aimait Thierry. Mais pourquoi ce dernier ne l’aimait-il pas assez pour râler avec le fromager, lorsqu’il devait ainsi se séparer de lui afin de se restaurer dans sa petite auberge sans grande prétention, car bourrée de produits achetés au supermarché du coin? A part bien sûr son fameux bon fromage parait-il. Pour ne l’avoir jamais gouté Virgile restait méfiant, mais quand même pourquoi n’avait-il pas le droit de rentrer, contrairement aux humain dont il reconnaissait la voix?
L’autre jour c’est avec Charlotte qu’il fut confiné à l’extérieur, tandis que son maitre et Léonie dégustaient les spécialités dites maison.
Mais le petit caniche une idée bien étrange en proposant à Virgile de faire un tour par l’arrière du restaurant. Elle avait en tête de s’adresser aux vaches pour qu’elles leur expliquent d’où venait cette interdiction qui leur était faite de pénétrer dans les lieux.

Le deux chiens réussirent à se défaire de leurs laisses et coururent se présenter devant le pré aux vaches, qui resplendissait de fleurs en ce beau printemps sur la belle montagne savoyarde. Étonnement les bovins les accueillirent avec joie, pour pouvoir répandre leur savoir sur l’élaboration d’un bon lait dans un organisme aussi avancé que le leur. Nos deux amis écoutèrent patiemment avant d’en venir au point crucial, c’est à dire l’accès réservé aux humains dans le restaurant.
Et là, la plus ancienne du troupeau prit la parole:
- Chers amis, la vache n’est point admise dans ce haut lieu de la décence humaine, où le virus perd sa force et le poils oublie de se présenter au chevet du maître-d’hôtel. En effet les aliments sont strictement élaborés dans une cuisine aussi stérile que le cul d’une vache qui met bas et aussi belle qu’un bourdon qui oublie de butiner la belle rose de l’amour.
Virgile n’y compris pas grand chose et lui demanda de préciser un peu sa pensée.
- Il s’agit de ne pas s’étonner de la bêtise humaine chers canidés, car ils ne comprennent rien à la différence entre eux et nous. Il est à constater qu’à part la petite bosse des maths sur le front, il n’y a pas grand chose qui diverge. Puisque sans mon pis et mon herbe fraîche, le fromager ne pourrait créer ce magnifique gâteaux à la framboise estivale. Et pour vous c’est pareil, car sans votre flaire et votre besoin de reconnaissance, Léonie et Thierry ne se seraient jamais rencontrés au grillage de l’indifférence du voisinage. Il faut croire qu’interdire les animaux dans le restaurant doit être une lubie printanière de notre bon fermier-fromager. En effet lorsqu’il vient me voir, il ne porte pas les gants du dédain à mon doux breuvage qui lui apporte fortune et richesse de l’âme à mon contact d’être vivant. Mais depuis que sa femme est morte, il se comporte différemment. Il pense que les microbes donnent la mort au premier coup d’oeil, que les virus changent de veste comme d’abris-bus lorsque l’hiver les insuffle dans le nez de l’imaginaire populaire.
- Peux-tu être moins poétique mon amie la vache et m’expliquer ton allégorie bien étrange?Demanda Virgile perplexe devant l’intelligence de cette vieille génisse au derrière jaunie à force de se coucher dans les foins usée de l’année précédente.
- Bien mon cher Virgile, il faut croire que les maladies saisonnières deviennent un danger d’état. Cela m’étonne que des bombes d’antibiotiques n’aient pas encore été déversées par tous ces avions qui survolent nos prés. Les hommes oublient que la mort fait partie de l’existence et que ce n’est pas la peine d’accuser le moindre animal de passage du forfait de mauvaise hygiène en leur présence. Il me faut donc vous ouvrir la porte du restaurant, en permettant au fromager de comprendre que sa Jeannine n’est pas morte à cause de nous ou du méchant virus imaginaire à son âme. Au contraire elle n’a pas supporté l’automne dernier. Nous l’avons vu perdre la vie au fur et à mesure que la peine de n’avoir jamais pu avoir d’enfant la tourmentait, au point de craindre que son Émile ne meurt sous le pis d’un de ses vaches pour faire honneur à son héritage familial. Il était le dernier fils d’une longue lignée d’artisans de la région et sa femme redoutait le jour où il lui reprocherait de ne pas avoir su enfanter. Mais c’est là que tout se compliqua, car la journée elle se promenait sans manteau pour la protéger du vent frais de l’arrière saison, manquant ainsi de se couvrir quand l’hiver de sa vie arriva. Les démons qui envahissaient son esprit de la peur, lui prirent ce qui lui restait de plus cher: son petit coeur. Ce dernier ne résista pas à l’envie de partir, car il n’avait pas su donner assez d’amour à son époux et cet enfant qui jamais ne vit le jour.
- Elle est bien triste ton histoire, répondit Charlotte les larmes aux yeux et le flaire alerte à la moindre réapparition de sa maitresse, car les clients commençaient à quitter la belle auberge de haute montagne.
Et c’est là que Thierry fit son apparition, les surprenant en pleine conversation avec la vieille vache. Il riait devant cette scène incongrue, mais le fermier fromager ne fut pas de cet avis. Il gronda et trouva cette situation fort peu à propos, car il craignait que son troupeau ne soit contaminé par ce beau chien pourtant tout aussi aveuglé que lui à la vie.
En effet l’amour ne consiste pas à donner ce que l’on a de plus précieux à l’autre, mais de le faire fructifier en soi pour permettre à l’autre d’en découvrir les bienfaits. Et c’est ainsi que notre chien aveugle commença à recouvrir la vue. En effet lui aussi ne comprit pas à sa naissance pourquoi sa mère le donna à un inconnu. Pourtant il l’aimait énormément à présent et c’est Charlotte qui en l’accompagnant de son doux parfum de caniche à l’eau de rose qui lui montra le chemin. Enfin qui le mena à Eloïse la vieille vache, qui savait très bien qu’en donnant son lait avec amour, le fermier en ferait un fromage plein de saveur. Et il pourrait ainsi le servir avec amour à des clients qui le remercierait du porte monnaie du labeur tout aussi effectué avec amour, pour ensemble vivre de l’amour parfait du renouveau à chaque printemps de nos vies.
C’est Léonie qui pu détendre l’atmosphère en invitant le fermier à la maison, au milieu des chiens. Eh oui, à présent elle vivait en amour parfait avec Thierry et ensemble il lui montrèrent qu’il ne craignait rien et que parfois la rudesse de la vie n’empêchait pas de la vive en paix avec ce qu’il était:
Un homme attentionné autant pour ses vaches que pour sa défunte épouse, qui elle ne sut jamais comme exprimer son amour autrement que par la culpabilité de ne pas avoir pu le transformer en vie dans son existence.
Mais cela est une autre histoire et je vous souhaite beaucoup d’amour en partage de cette belle histoire, écrite avec tout l’amour d’une écrivaine pour ses mots et ses lecteurs bien évidemment. Et je recevrais avec plaisir l’amour d’avoir été lu par des yeux bien plus alerte que l’aveugle, qui pense tout entendre sans jamais rien voir de ses propres yeux.

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