Glückwunsch! Deine Unterstützung wurde an den Autor gesendet
avatar
Un rendez-vous
Fiction
Absurd
calendar Veröffentlicht am 30, Mai, 2026
calendar Aktualisiert am 30, Mai, 2026
time 6 min
Creative Transparency Label
All audiences
Image / Human image
Text / Human creation

Un rendez-vous

Il y a des jours qui s'enfoncent dans la chair et refusent d'en sortir. Aujourd'hui c'était ça.


Ça a commencé par une trahison de l'esprit. Réveil programmé à sept heures. Je me lève. L'eau sur le corps, le visage lourd, mais l'air était... faux. Épais. Le réseau était mort. Le livre que j'avais posé sous la lampe la veille traînait sous mes côtes, dans les draps. Plus une goutte de thé. Je franchis la porte en panique pour ne pas rater l'heure et c'est là que j'ouvre vraiment les yeux.

Le plafond. Dix heures du matin.

Tout est exactement à sa place. C'était un rêve qui s'était moqué de la réalité. J'appelle. Une voix me dit que ça ira, je peux me traîner là-bas jusqu'à midi.


Avant de sortir, le casque sans fil refuse de vivre. J'ai tout essayé, rien. Le vide me pousse à fouiller un tiroir, et je tombe sur mes vieux écouteurs. Avec ce fil emmêlé que j'aimais tant. Je les branche. Je fonce.

Dans les couloirs souterrains, la géométrie est malade. Pas de portefeuille en poche pour passer. L'escalator qui descend tous les jours a décidé de monter. Les quais sont déserts. Un ventre de faïence vide. Il me reste quarante minutes pour rattraper le temps.


À l'air libre, la lumière tape différemment. Près d'une poubelle, un oiseau sombre tourne en rond. Agité. Il gratte l'air. Je m'approche de ce sac en plastique sale, et juste en dessous, coincée par un pavé de la même couleur morte que le trottoir, une autre forme respire à peine. Un autre pigeon, écrasé, la vie en train de fuir ses petits os.

Je déplace la pierre. L'oiseau libéré était l'ombre du premier. Plus fin, le plumage plus fragile, d'une douceur qui n'avait rien à faire sur ce béton. Ils sont restés là tous les deux. Deux paires d'yeux brillants, cloués sur moi avec une attention terrifiante.


Tu sais... il y a six ans, je courais vers une administration. En retard, déjà. J'avais vu un corbeau brisé sur le chemin. Je n'ai pas ralenti. Cette lâcheté est restée coincée au fond de ma gorge depuis. Aujourd'hui, en soulevant ce bloc de pierre, j'avais l'impression de sauver ce vieux fantôme noir. Bref.


Je reprends ma marche. Un gros chat sort d'un bistrot, se plante au milieu du trottoir. Me fixe de loin. Je presse le pas, mais la bête s'avance. Le truc, c'est qu'il n'y avait pas le choix. Il fallait que ma main trouve cette fourrure. Il était ravi, et moi je laissais filer mes minutes.

J'arrive enfin au rendez-vous, crachant mille excuses. Tout glisse. Tout va bien.

Plus tard. La visite chez un ami. Puis un autre rendez-vous dans mon ancien quartier, là où mes premiers mots ont commencé à gratter le papier l'an dernier. Je m'assois à la terrasse du café.


Et elle apparaît.


Un autre chat que je connaissais. Au moins, on se connaissait quand je traînais mes bottes dans ces rues. Avant même qu'elle n'arrive à ma hauteur, je sens son regard. Discret, lourd de mémoire. Elle passe à côté de moi. Gracieuse. Glissant sur le sol, droite dans sa trajectoire, sans la moindre hâte.

Toujours cette beauté qui serre la poitrine. Ses pattes n'étaient plus de ce roux insolent, mais d'un jaune brillant, d'une finesse à se briser. Sa façon d'avancer... c'était comme si le fracas du monde s'était soudainement tu sous ses coussinets. Le temps avait arrêté de respirer.

J'ai eu envie de faire un bruit, de l'appeler. Mais on n'appelle pas ceux qui nous ont reconnus... et qui choisissent de continuer leur chemin.


Mon rendez-vous s’est bien passé.


Je me lève. Je marche sans chercher de direction, et mes pieds me portent vers le canal. L’eau est immobile, lourde. Sur un banc de pierre, un homme est assis. Il ne mendie pas. Il tient un petit bout de craie blanche et il dessine des cercles parfaits sur le ciment. Un cercle dans un cercle, puis un autre à côté, des dizaines. Le poignet souple, sans jamais s’arrêter. Je ralentis. J’écoute le crissement sec de la pierre contre la pierre.

Il lève la tête. Un visage détruit, creusé par les alcools. Ses yeux sont d’un bleu d’eau sale.


— T’essaies de trouver la sortie, toi aussi ?


La question me rentre directement dans le ventre. Je reste planté là. Je regarde ses spirales de poussière. On tourne tous en rond. L’oiseau piégé sous le béton. Le gros chat qui exige sa tendresse. L’escalator qui inverse son sens. J’ai sorti une cigarette. Je lui ai tendue. Il l’a prise sans un mot, l’a coincée derrière son oreille gonflée. Il a repris ses cercles. Je me suis arraché de là. Le soleil commençait à me grignoter la colonne vertébrale.


La nuit. Enfin.



Intellectual property & credits
© Cover Image Lika / David Chkhaidze
© Author's name / pen name David Chkhaidze
Creative Commons license
cc_by_nc_nd
Attribution required, no modifications,
non-commercial use only
CC BY-NC-ND

Kommentar (0)

Du musst dich einloggen, um kommentieren zu können. Einloggen
Die Reise durch dieses Themengebiet verlängern Absurd
Bernard Ducosson verif
Bernard Ducosson
Mi
Bernard Ducosson verif
Bernard Ducosson
Mi
18, Mai, 2026 min Lesezeit
Absurd
18, Mai, 2026 min Lesezeit
Absurd

donate Du kannst deine Lieblingsautoren unterstützen

promo

Download the Panodyssey mobile app