L'âme mécanique - Chapitre 10 - Robotique humanoïde.
Robotique humanoïde.
Déferlante de lumières, de carapaces scintillantes, de bras articulés capables d’actes d’une précision défiant les lois de la nature. Abasourdi par le décalage horaire et les images occupées à imprimer mes rétines et mon cerveau, je me retrouvais au milieu d’une foule cosmopolite rassemblant chefs d’entreprise en costume trois-pièces et geeks en t-shirt, jeans et baskets.
Yakoub nous avait conduits à Shanghai, visiter le RS Robotics Show, un salon entièrement dédié à la robotique, qu’elle soit industrielle ou liée à l’automation domotique.
Il m’avait soufflé que nous étions les invités privilégiés d’un acteur majeur : ShuiXPing, accessoirement investisseur dans son programme. Tous nos débours étaient pris en charge par la multinationale, voyage et frais de séjour inclus.
Je n’avais pas eu le temps de prendre un peu de repos à l’hôtel, il nous avait projetés directement au cœur du salon. J'avais le sentiment de pénétrer une arène, prêt à combattre avec moi-même.
J’étais fasciné de voir ces personnes, parfois très jeunes, débattre de technologies de pointe comme s’il s’agissait de leur dissertation scolaire hebdomadaire. Nous déambulions dans les allées du salon, je ne comprenais pas réellement pourquoi Yakoub m’avait traîné ici, ce domaine était loin de trôner au sommet de mes préoccupations principales. Il prit une pause devant le stand ProtoRobotX. Ils affichaient des robots androïdes très proches de la structure humaine. J’étais impressionné par la qualité des expressions faciales des machines ainsi que par la texture de l’épiderme. La technologie avait concrètement effectué un bond en avant. Je ne doutais plus qu’en une ou deux générations, ces machines seraient la coqueluche des personnes fortunées afin d’accomplir toutes les tâches élémentaires. Plus encore si la programmation permettait l’ouverture vers des interactions plus intimes. Ceci étant, au toucher, la peau semblait réaliste, mais ne parvenait pas à masquer la froideur glaciale de la non-vie.
— Imagine que l’on puisse fusionner cette technologie de pointe et mon modèle IA, nous pourrions ramener à la vie des personnes disparues !
— Tu te fous de moi ?
— Non, pas du tout, pourquoi le prends-tu comme ça ?
Je ne pouvais concevoir avoir en face de moi une machine froide, couverte de latex que je devrais reconnaître et admettre comme étant ma Julia.
— Pose ta main sur ce visage.
— Quoi ?
— C’est froid, ce n’est pas la texture d’une peau, ce n’est pas l’idée que l’on se fait d’une personne vivante. Du tissu plastique collé à une machine aussi froide qu’un mort.
— Oui, je te comprends, mais permets-moi de te faire encore découvrir deux, trois choses, nous avons rendez-vous avec monsieur Shui dans une heure seulement.
Nous avons continué à nous promener entre des espaces de présentation, tous plus fous les uns que les autres. Je n’avais pas osé lui avouer que, malgré la froideur de cette peau artificielle, la chaleur des expressions de cette tête sans tronc m’avait bluffé. Cette tête m’avait souri tout en plongeant son regard dans le mien. Ces yeux semblaient tout ce qu’il y avait de plus réel.
Plus loin, j’assistais à la présentation d’un robot humanoïde qui se produisit sur une scène, déambulant comme une véritable personne. Si son visage n’avait pas été remplacé par une espèce de verre opaque masquant une diode rouge, j’aurais pu jurer qu’il s’agissait d’un humain. Des journalistes présents pour l’événement mettaient en doute la véracité de la machine, suspectant un déguisement porté par une véritable personne. Les techniciens durent démonter la plaque de verre afin de prouver à l’assemblée que personne ne se cachait dans un costume bien agencé.
Une hôtesse vint nous convier à la suivre auprès du président Shui, l’heure de notre rendez-vous avait sonné. J’étais heureux, nous arrivions auprès d’un stand sur lequel trônaient des écorchés robotiques. Des humanoïdes sans peau, présentant au public l’assemblage de centaines de muscles, de fibres, de tendons artificiels qui reproduisaient à merveille la morphologie humaine. Si je n’avais su qu’il s’agissait de robots, je me serais imaginé revenir à la visite du musée de l’écorché d’anatomie du Neubourg que Julia avait plus que détestée.
Elle nous fit quitter les allées baignées de lumière du salon pour nous mener à une porte gardée par deux monstres bodybuildés en costumes noirs impeccablement coupés. Elle avançait rapidement dans cet entrelacs de couloirs étroits et mal éclairés, semblant craindre le moindre retard et la colère de son employeur. Nous débouchâmes enfin dans un local semblable à un laboratoire scientifique : un bureau encombré de documents, un plan de travail spécifique pour la microfabrication de composants électroniques, surmonté d’écrans incurvés énormes. Nous étions attendus par sept personnes presque au garde-à-vous, regard vers le sol. Devant eux, un homme d’une quarantaine d’années serré dans un élégant trois-pièces gris, très chic.
— Lucas, je te présente Monsieur Han Fu Shui, président du consortium AHB. Monsieur le Président, je vous présente Lucas Stanton dont je vous ai déjà entretenu.
J'ignorais si je devais me pencher en avant, s’il existait d’autres signes de déférence en de telles circonstances dans ce pays que je connaissais si peu. Monsieur Shui répondit à mes interrogations de la meilleure des manières, il s’approcha de moi, sourire aux lèvres, main tendue.
— Monsieur Stanton, je suis heureux d’enfin faire votre connaissance.
— Le plaisir serait tout égal pour moi si je savais pourquoi je suis ici et comment vous semblez me connaître.
Je constate alors que le regard de Shui s’assombrit d’un vent glacial, ce froid qui vous transperce jusqu’à l’os. Yakoub se précipite entre nous.
— Président Shui, Lucas n’est absolument pas au courant de nos travaux, il ne connaît que Gemella et rien d’autre !
Shui garde le silence. Un long moment. Et, subitement, il reprend son sourire de façade.
— Bien, alors, présentons à monsieur Stanton l’autre versant de nos travaux, veuillez me suivre, monsieur Stanton.
Yakoub s’approche de moi.
— Sois sympa, sans lui, Gemella, Julia n’existerait même pas en rêve.
Je ne le réponds pas alors que nous pénétrons dans une salle adjacente.
— Monsieur Stanton, vous devez savoir une chose : tout ce que nous allons vous révéler aujourd’hui relève du secret professionnel. Toute divulgation, même minime, du moindre détail des éléments que nous allons vous présenter est passible d’une mise en examen immédiate par le gouvernement chinois !
— Le gouvernement chinois ? Ne représentez-vous pas une entreprise indépendante ?
— En Chine, l’indépendance est relative, monsieur Stanton. C’est un terme technique. Le gouvernement favorise l’essor de toutes les innovations de pointe, mais cela présente une contrepartie non négligeable. Ne l’oubliez jamais.
L’avertissement était clair. Dans ce pays, le lundi, tout pouvait sourire à une entreprise et, le vendredi, ne subsistait qu’un bol de riz. Je me souvins d’une société de fabrication de batteries, devenue leader incontesté des voitures électriques, grâce à un « coup de pouce » significatif du gouvernement. Ils avaient inondé le marché mondial à vitesse grand V, blessant ou coulant sans vergogne l’industrie automobile européenne et même américaine. Dès la fin des aides, les véhicules non vendus ont rempli des hectares de terrain et des milliers de voitures sont toujours occupées à pourrir de par le monde.
— Veuillez prendre place !
Nous nous trouvions dans une pièce semblable à un petit théâtre privé : une minuscule scène faisant face à une vingtaine de fauteuils, rouges, moelleux, confortables à souhait. Nous nous installons donc et je jette un regard interrogateur à un Yakoub tout sourire.
— Attends-toi à une surprise.
Shui frappe trois fois dans ses mains. Alpha apparait et se place au centre de la scène. Je me tourne vers Yakoub.
— Que fait-elle là ?
— Bonjour, messieurs, bonjour, monsieur Stanton, je suis heureuse de vous revoir. J’espère que vous allez bien !
Elle a suivi des cours d’amabilité ou quoi ? Je ne la reconnais pas tant sa posture coincée et sa froideur palpables au premier contact ont disparu. Elle me regarde, souriante, avenante. J’avais remarqué sa grande beauté, mais là, elle rayonne.
— Bonjour Alpha, vous allez bien ?
— On ne peut mieux, monsieur Stanton, je me réjouis de retourner admirer le magnifique panorama qu’offre votre terrasse, si du moins, vous m’autorisez à venir à nouveau travailler chez vous.
— Euh, oui… b… bien sûr !
— Pause système !
Shui venait de déclamer ces mots comme un ordre sans équivoque. Alpha se raidit, redresse la tête et regarde droit devant elle sans plus bouger.
— Monsieur Stanton, appréciez-vous les améliorations que nous avons apportées à la personnalité d’Alpha ?
— Pardon ?
— Voilà déjà quelques mois que vous croisez Alpha durant les activités menées par Yakoub. Il nous a signalé vos commentaires quant à la froideur de notre modèle. Nous avons porté infiniment d’attention à vos remarques et nous avons affiné les réglages de la partie comportementale de notre IA.
— Vous voulez dire que…
— Oui monsieur Stanton, cela représente plusieurs mois que vous côtoyez un androïde de dernière génération.

Illustration : Steve A. Johnson @https://www.pexels.com/fr-fr/@steve/

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Ceci étant posé, pas touche aux textes, aux idées, aux images, tout cela ne t'appartient pas, le droit d'auteur est une réalité dont tu dois tenir compte.
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Une demande vaut une réponse et il y a toujours moyen de trouver un terrain d'entente.
Viens, je ne mords pas ;-)
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