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WP-7
7-La mule
Fiction
Science fiction
calendar Pubblicato 17 apr 2026
calendar Aggiornato 17 apr 2026
time 22 min

7-La mule

Mars, de la Rouge à l’Empire,

Sous les étoiles veillent les vaisseaux voguant,

Leurs coques d’acier prêtes à détruire

Dans le silence froid du néant.


Ainsi commençait le poème de Bartus Simnas, poète du 23ᵉ siècle, écrit en l’honneur de Mondon, ville-monde devenue la capitale de l’Empire. Pour le commandant Otis, être sur Mars était la délivrance. Bien que son vaisseau fut assez grand et eut tout le confort moderne, pouvoir marcher et respirer le bon air frais artificiel de la cité capitale le mettait tellement en joie qu’il n’avait pas attendu que son vaisseau touche terre pour mettre un pied à terre. Coralie le rejoignit immédiatement une fois l’appontage fini.

— Ahhh, enfin libre, dit le garçon en s’étirant.

— J’avoue que je suis content de retrouver la Terre ferme aussi. La priorité est de remplacer le gravitron, j’en ai la nausée de marcher avec des gravités différentes.

— Je te laisse faire, moi je vais faire les boutiques. Y a des promos.

— Quoi ? Mais... On a une mission.

Coralie le regarda, mais il était déjà bien parti.

— On verra ça plus tard, on n’est pas tous les jours à la maison. Puis c’est pas toi qui voulait des vacances ? Chaio chaio.

— Lis au moins le dossier de la miss...

— M’en fout !!

Et Coralie râla, mais que pouvait-elle dire ? La hiérarchie était ainsi faite dans l’armée. Ni une ni deux, elle ouvrit l’holocran de la flèche et commanda une équipe de réparation pour le simulateur de gravité du vaisseau, équipe robotique qui arriva aussitôt.

— C’est pas compliqué quand même, continua-t-elle à marmonner. On fait la mission et seulement après on prend du bon temps. C’est ça, être responsable, dit-elle en validant la commande. En plus c’est pas comme s’il y avait grand-chose à faire. Suivre le journaliste qui publie les petits secrets de l’Empire, s’assurer de son contact et... Kwik. Vraiment, si le haut-commandement savait pour Otis... Pfff.

Elle ouvrit le dossier de la mission. Elle l’avait déjà ouvert plusieurs fois ; elle le connaissait même par cœur, mais elle ne pouvait s’empêcher d’y retourner afin de s’assurer de connaître tous les détails.

Depuis quelque temps, des informations étaient publiées sur MCBSTnews par le journaliste Eb Jransi. Sur l’holocran, les caméras de surveillance en face de l’appartement d’Eb le montraient aller et venir de chez lui comme n’importe qui. De temps en temps, il allait faire les courses ; de temps en temps, il faisait du sport. Il aimait aussi aller travailler dans des endroits cosy de l’Hupperside. Une fois un bar à l’est du quartier, une autre fois à l’ouest. Sa routine était simple.

Les analystes avaient suivi plusieurs de ses contacts et étaient très vite tombés sur un certain José Bermita, administrateur au département des archives. C’était tellement peu discret que ce José avait laissé ses empreintes numériques partout et utilisait son compte pour copier les documents. C’était à se demander s’il ne voulait pas se faire attraper.

À charge de la team WP-7 de faire le ménage.

Coralie regardait un holo d’une équipe en poste. Il montrait un bar cosy d’UpperStreet, le « Bel-Étage-Rouge ». C’était, semble-t-il, là où se faisait l’échange de données. D’un côté José, de l’autre Eb. Eb prétextait boire un verre et travailler, tandis que José venait rejoindre ses amis d’enfance comme il le faisait tous les mois. Après une demi-heure, Eb sortait avec un paquet bleu en main et rejoignait son appartement pour publier les informations que José lui avait fournies. Simple, facile, efficace, mais pas très discret.

Il devait s’imaginer changer le monde en publiant ses informations. Elle en aurait presque rigolé si les archives ne possédaient pas de choses confidentielles. Pire, cela pourrait être les archives de l’administration WP, la seule administration gouvernementale qui officiellement n’existe pas, et ce depuis plus de 200 ans.

Assise à la table du premier salon de « la Flèche », elle regardait le vide rouge de Mars tandis que le nouveau gravitron était mis en place. Rien de compliqué, à ce qu’avait dit le mécano, mais ça allait prendre du temps. Alors elle se dit qu’elle irait dehors, flâner, se promener, bref faire ce qu’elle aimait, mais dans le fond de ses pensées, elle ne pouvait s’empêcher de penser à la mission. C’était comme cela qu’elle avait grandi : d’abord le travail, puis le plaisir, et son esprit ne sera pas libérer tant que le travail n’était pas terminé.

— Pfff, je suis pas payée pour rester assise.

Et Coralie ferma tout avant de quitter le vaisseau, laissant les mécanos continuer à travailler sur la Flèche.

***

— Qu’est-ce que ça pousse ici, se remarqua Otis.

Mondon était comme beaucoup de villes du système solaire, un assemblage de demi-sphères en verre, à la différence que sur Mars les villes étaient construites à même le sol rouge. Mondon-Capitale, la plus grosse, avait un rayon courbé de 5 kilomètres. Ce n’était pas une question d’esthétique : il s’agissait surtout d’un moyen simple de produire de la gravité terrestre pour tout le monde. En effet, quelques centaines de mètres sous terre, un gravitron d’une puissance inimaginable attirait tout ce qui se trouvait à proximité avec la force de la bonne vieille planète Terre, seul moyen pour l’espèce humaine d’habiter hors de la Terre.

Otis adorait se balader en ville, y découvrir les nouveautés, les nouveaux cafés. Un temps, il s’arrêta dans un magasin, regarda les vêtements. Les nouvelles vestes lui faisaient envie. Il regarda aussi les nouvelles holonettes. En tant que commandant de l’Empire, il avait accès à des holonettes beaucoup plus performantes, bardées de fonctions interdites pour le commun des mortels. Malheureusement, les modèles militaires étaient aussi dépourvus d’esthétique.

Le fonctionnement était assez simple, dès sa mise à l’oreille, un jeu de miroir envoyait à la rétine des informations sur la réalité visible, que cela soit pour la reconnaissance faciale, trouver son chemin, ou bien d’autres choses plus personnelles. Normalement, il ne pouvait l’utiliser que pour ses missions, mais Otis l’employait de temps en temps pour comparer les prix des vêtements dans le système solaire. Il regarda la veste qui l’intéressait, regarda le prix et demanda à l’IA si le prix était correct. C’était illégal bien sûr, mais qui allait corriger l’un des meilleurs agents de l’Empire ?

Après un certain temps, une voix dans l’holonette lui dit que la même veste était moins chère dans le troisième dôme de Jupiter, beaucoup moins chère.

— Pfff, j’adore Mondon, mais les prix sont démesurés.

Otis rangea la veste et sortit.

Juste à côté du magasin de vêtements se trouvait un des magasins les plus reconnus en matière de confiseries : Choridos. C’était un petit magasin dont les bois sombres rappelaient les anciennes confiseries de la Terre. Il était si reconnu dans le système solaire que des rumeurs disaient que le bloc commun était en guerre rien que pour ses recettes.

Otis rentra, mais ne commanda rien. Au lieu de cela, il attendit un peu que le magasin se vide et, une fois fait, il évita les robots-bras serveurs pour directement s’adresser au responsable, un peu rondouillard, moustachu et bardé de tatouages holographiques qui était en train de remplir les rayons.

— Bonjour Monsieur. Excusez-moi, mais j’aimerais acheter une boîte de chocolats. Un ami m’en a conseillé une ; malheureusement je ne m’en souviens plus.

— Ça va être compliqué, jeune homme.

— Vous le connaissez peut-être, il vient en prendre une tous les mois. Je crois même qu’il doit les commander. J’aimerais justement la même.

— Je peux regarder. Vous avez son nom ?

— José Bermita.

L’homme aux mains charnues posa son bac et alla vérifier dans la base de données des réservations s’il y avait un nom qui commençait par José, ou par B, mais il ne trouva rien.

— Vous êtes sûr pour le nom ?

— Oui, pourquoi ?

— Je n’ai aucune réservation à Bermita.

Otis s’étonna, mais ne le montra pas sur son visage. À la place, il improvisa.

— Bizarre. Écoutez, je vais l’appeler, je reviens. Cela sera plus simple.

Et Otis sortit sans demander son reste.

Un peu déboussolé par la conversation qu’il venait d’avoir, il se dirigea vers le Bel-Étage-Rouge, établissement mondain situé dans le cinquième district de Mondon. Là, il s’installa à la terrasse du bistrot d’en face et commanda sa boisson préférée : un jus fait de citron, de menthe et d’eau gazeuse.

Toujours connecté, il regarda longuement les nouvelles. La guerre à Ukrania le perturbait. Le bloc arrivait, d’une façon ou d’une autre, à passer à travers les défenses ; certaines parties de la ceinture d’astéroïdes étaient déformées à cause des déflagrations des bombes gravitationnelles. Le bloc avait osé utiliser plus que des missiles de croisière, et cela embêtait les plus hautes instances de l’Empire. Comment répondre à cela ? Fallait-il livrer ces bombes à l’armée d’Ukrania ?

Il y resta jusqu’à la nuit tombée. Non pas que Mars eût fait le dos rond au soleil ; simplement les lumières du dôme s’assombrissaient afin d’imiter la planète natale de l’humanité.

Otis aimait la nuit ; cela lui rappelait ses classes de l’armée où la plupart des exercices se situaient lorsque tout était éteint. Mais c’était aussi parce qu’il avait une bonne vue et qu’il lui fallait peu de lumière pour discerner les objets ou les gens comme cette personne s’avançant dans la rue, un paquet bleu sous le bras. José, comme tous les mois, avait rendez-vous avec d’anciens amis et venait toujours avec une boîte de chocolat bleu.

Le restaurant nommé « le Bel-Étage-Rouge » avait des salles sur deux étages et ses tables ne désemplissaient pas. L’entrée possédait un maître d’hôtel et, s’il ne fallait pas porter le costume, Otis n’aurait su rentrer dans ses accoutrements de ville. Puis il n’en avait pas besoin. Avec son holonette sur l’oeil, il pouvait suivre ce qui se passait d’où il était assis.

— J’en déduis que tes emplettes sont terminées. Et tu oses me dire que t’as pas lu le dossier.

Otis se déconnecta de son holo et leva la tête. Il s’agissait de Coralie qui l’avait rejoint.

— J’en déduis que le vaisseau est réparé et que t’as déjà consommé tout ton temps libre ?

— J’ai suivi le journaliste, il vient d’arriver au bar. Et toi ?

— J’avais envie de prendre un verre. Mais je t’en prie, accompagne-moi.

Et Coralie tira la chaise et prit place.

— Bon, tu prends lequel, demanda la blonde crolée ?

— Ce n’est pas lui.

Coralie s’étonna.

— Comment ça ?

— C’est une mule. Il n’est même pas au courant qu’il transporte l’information. C’est sa secrétaire la traîtresse. Et elle glisse l’info dans son sac sans qu’il s’en rende compte.

— Sa secrétaire ? Comment tu le sais ?

— Sur l’holo où on voit Eb, il avait un sac bleu typique quand il rentre chez lui. Idem pour les holos de José : il vient toujours avec, comme aujourd’hui. Mais j’ai été au magasin : il n’a jamais rien acheté là. Ce n’est pas lui qui achète, c’est sa secrétaire, et avant de remettre la boîte de confiseries à son boss, elle cache les infos. Tandis que notre bon journaliste en herbe va récupérer le sac à la poubelle ou d’une autre façon. Regarde.

Et effectivement, au bar, assis à boire une boisson sans intérêt, un visage bien connu pour être le journaliste qui avait publié sur MCBSTnews toutes les infos attendait impatiemment que tout le monde soit assis et se régale. Puis il se leva et alla vers la table comme si de rien n’était et récupéra le sac sans être vu.

— N’empêche, c’est pas con.

— Mais pas assez pour nous.

— Donc t’as lu le dossier ? Hein... Tu devrais arrêter de faire semblant des fois.

— Tu m’as dit que tu voulais des vacances. Je pense au bien-être de mes collaboratrices.

— De un, je suis ta seule collaboratrice. Et de deux, on fait quoi ?

— On fait le job. Je viens de recevoir l’autorisation, on est couverts.

— Pour qui ?

— Prends le journaliste, je m’occupe du reste.

Et tous les deux se levèrent.

De l’autre côté du bar, Eb venait de récupérer le sac. Il avait ce qu’il voulait. Mieux : il avait l’un des secrets les mieux gardés de l’Empire et il savait que cela allait faire grand bruit quand cela serait publié. Il en bavait déjà. Des rumeurs, il en avait entendu, mais il avait besoin de preuve. Il avait tané la secrétaire pour qu’elle sorte ce qu’il voulait, la menaçant même. Il en était devenu désespéré, voire prêt à abandonner, mais au dernier moment elle accepta. Elle accepta de passer tous les contrôles et de sortir les preuves que l’Empire utilise depuis des dizaines d’années, des équipes de saboteurs pour se maintenir au pouvoir, les fameuses teams WP.

Il prit sa veste, sortit pour rejoindre son appartement situé non loin, dans un building d’une dizaine d’étages. Il débloqua avec son holo la première porte d’entrée, puis avec le même outil il débloqua sa propre porte. Il rentra en regardant la puce qu’il avait entre ses mains, sans se rendre compte qu’il n’était pas seul.

Il alluma les lampes principales. Son appartement, un 50 mètres carrés tout compris, sentait le neuf. Le building n’avait pas été construit il y avait bien longtemps.

Ni une ni deux, il s’approcha de son holocran pour y brancher la clé d’information, mais une main l’en empêcha.

— Je vais prendre ça, dit Coralie.

Eb fut pétrifié.

— Qui êtes-vous ?

— Quelqu’un qui ne vous veut pas que du bien.

— Vous n’avez pas le droit d’être là.

Mais Coralie ne l’écouta pas. À la place, elle lui prit la puce et s’écarta avec force.

— Et c’est à moi.

— Non, c’est à l’Empire. N’empêche, c’est bien trouvé comme stratagème pour sortir des infos. Se trouver une mule haut placée, sans rien lui demander. On a eu un peu de mal à comprendre.

— Je suis journaliste. Vous n’avez pas le droit de...

— Vous êtes plus blogueur que journa... Puis sans déconner, autant les frasques politiciennes, ok, mais les secrets les mieux gardés ? Vous croyez qu’on vous aurait laissé faire ?

À ce moment, Eb comprit.

— Vous êtes une WP.

— Donc vous avez entendu parler de nous ?

— J’avais raison, vous existez. Quand le monde va savoir cela...

— Euh... non. Personne ne va le savoir. Cela fait 200 ans qu’on n’existe pas, et cela va encore durer longtemps. Tant pis pour vous.

— 200 ans...

Puis un blanc s’installa dans la pièce, blanc qui ne se remplit que lorsqu’Eb comprit que son destin ne serait que funeste.

— Je ne publierai rien. Promis.

Mais Coralie ne répondit pas. À la place, elle avait récupéré une lettre sur la commode près de la porte.

— Vous n’avez pas lu votre courrier : l’État vous attaque en justice pour diffamation et réclame des dommages et intérêts, dit la lieutenante.

Coralie s’approcha avec une lettre en papier à la main.

— Cela vous a mis dans une dépression telle. Déjà qu’il y a quelques mois vous n’étiez pas bien à cause de votre rupture et de votre licenciement.

Elle s’approcha encore.

— Mais ce blog où vous publiez des informations secrètes vous a redonné le sourire. Jusqu’à ce que vous receviez cette lettre qui vous intime l’ordre d’arrêter. Pour vous ce fut de nouveau un choc. Vous n’en pouviez plus, vous vous êtes jeté du balcon.

Coralie était maintenant au niveau du visage; elle aurait pu l’embrasser tellement elle était proche, mais c’était la peur qui se lisait sur le visage d’Eb.

— On ne trahit pas l’Empire.

Eb ne sentait plus ses membres. Paniqué, il recula, puis se leva et courut vers la porte. Il essaya de l’ouvrir mais n’y arriva pas. Elle était fermée. Il se retourna et regarda la jeune blonde s’avancer. À sa main, de quoi l’assommer.

— Si j’ai su rentrer chez vous aussi facilement, c’est pas pour vous laisser partir. Il n’y a qu’une sortie pour vous et elle n’est pas de ce côté-là.

***

Le lendemain, la Flèche avait mis le cap sur le système d’Uranus, qui était sous la joute du bloc central. C’était un voyage long, mais au moins le gravitron avait été réparé. Plus aucun mal de mer, où que ce soit.

Otis, assis près de la fenêtre, regardait sur son holo personnel une série de fiction racontant les aventures de baroudeurs de l’espace. Il en était fan depuis sa plus tendre enfance et n’aurait raté un épisode pour rien au monde, rien sauf sa partenaire qui vint s’asseoir en face de lui avec une tête suspicieuse.

— Quoi ? demanda Otis.

Mais à la place, Coralie lut son holo.

— Suicide d’un blogueur. Eb s’est donné la mort suite à une lettre de mise en demeure l’obligeant à arrêter de publier des informations confidentielles. De santé dégradée, il semblerait qu’il n’ait pu supporter les lettres d’avocats.

— Oui, c’est toi. Félicitations.

— J’ai pas fini. Intoxication alimentaire à la tour. Contrairement à ce qui a été dit précédemment, la secrétaire et son patron n’ont pas été empoisonnés par le bloc commun, mais ont fait une intoxication alimentaire suite à une allergie aux bonbons Choridos, maison réputée dans la confiserie. Le patron se défend de toute intoxication, blablablabla...

Coralie releva la tête.

— Les propagandistes ont fait leur travail à ce que je vois. Pauvre maison qui n’y est pour rien, répondit Otis.

— Tu t’es débarrassée de la mule ? Mais il était innocent !

— Ainsi va l’Empire. Qu’est-ce que tu veux que je te dise.

Mais Coralie ne répondit pas et retourna au sofa.

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