Mon Ami Mosa
L’écrivain qui n’aimait pas les newsletters.
Mosa regrettait déjà son manteau au bout d’une centaines de pas. Mais la saison n’était pas encore assez avancée pour l’oublier sur le portemanteau. Notre ami se serait passé de sortir et encore moins de prendre sa voiture. Une voiture banale, morne comme la pensée marxiste, qui l’attendait en bas de la rue. Au moins, il n’avait pas mal au cœur quand elle subissait des incivilités. Pas comme lorsqu’on avait saboté sa berline cossue. Deux tonnes de bon acier britannique qui auraient pu lui faire dix ou vingt ans de plus moyennant les soins adéquats. Sauf qu’un indélicat ne l’avait pas entendu de cette oreille.
Depuis, Mosa conduisait une poubelle informe. Quand il n’avait pas le choix de conduire, ce qu’il aimait de moins en moins.
Evidemment, la tribu des mal-garés était de sortie. Pendant que les enfants étudiaient les danses “urbaines”, les parents étaient en atelier de stationnement créatif. Évidemment, le méchant monsieur qui voulait quitter son stationnement tout à fait régulier méritait des tartes, selon les dires d’une espèce de tantouze de salle de sport incapable de se satisfaire de son infraction sans la ramener. Déjà que Mosa n’était pas de la meilleure humeur, il regrettait à ce moment de ne pas avoir acheté un Hummer pour rouler par-dessus le petit SUV tout en plastique de l’autre pithécanthrope.(1)
Au volant de son tacot, Mosa se dit qu’il pourrait en faire une histoire. En forçant un peu le trait et en brodant autour, avec un bon petit meurtre et une intrigue bien ficelée à la clé, cela pourrait trouver un public. De toute façon, quand c’est signé Mosa, ça trouve son public.
Mosa retrouva sa bonne humeur avec un Limoncello Spritz qu’il termina dans un parfait synchronisme avec l’arrivée de Rebecca. Rebecca, ses yeux bleus, sa voix et sa signature olfactive qui avaient inspiré tant d’héroïnes dans les romans de l’ami Mosa. Rebecca qui annonça au serveur que monsieur en prendrait un deuxième avant de se commander un verre de vin.
L’écrivain n’aurait pas été plus méfiant si Rebecca avait annoncé qu’ils coucheraient ensemble après déjeuner.
— C’est quoi le piège ?
— Il n’y a pas de piège.
Pas de piège, mais un corsage suffisamment entrouvert pour que Mosa ait envie d’y attarder son regard.
— Et non, on ne va pas coucher ensemble.
— Mais tu veux que je fasse un truc pour lequel tu as besoin de me mettre de bonne humeur.
— Tu vois quand tu veux !
Mosa la regarda droit dans les yeux en plissant les siens derrière la monture ronde de ses lunettes.
— Tu vas écrire une infolettre, mon ami.
— Une quoi ?
— Une infolettre. Tu sais le truc que les gens reçoivent dans leur boîte mail…
— Je sais ce qu’est une infolettre, lâcha Mosa en jouant avec sa fourchette.
Au tour de Rebecca de plisser les yeux, l’air de dire “vas-y lâche toi”.
— J’aime pas les infolettres.
— Mais mon chéri, je ne te demande pas d’aimer. Tu as juste besoin de m’aimer moi. Et de me pondre une infolettre.
— Et pourquoi je ferais ça ?
— Parce que les lecteurs aiment les infolettres. Les lecteurs aiment que celui qu’ils récompensent en achetant ses bouquins aille vers eux. Et tu vas aller vers eux.
— Ça vaut le coup au moins ton truc ?
— Tu verras qu’on en reparlera un matin. Et que tu auras un autre avis sur la question, affirma-t-elle avant de se mettre à choisir un plat sur la carte.
Ils en reparlèrent un matin. Le soleil illuminait Boulogne-sur-Mer. Mosa terminait son entretien avec un journaliste quand elle le rejoignit sur la terrasse, vêtue d’un ravissant pyjama de soie mauve.
— Quel a été votre meilleure décision d’auteur, lui demanda le journaliste ?
— Mon infolettre.

(1) Pithecanthropus erectus ou Homme de Java.
Notes de l'auteur :
Je vous dévoilerai prochainement le titre et le visuel de mon infolettre panodysséenne. Car oui, elle sera panodysséenne.
En attendant, retrouvez-moi sur Bluesky et Mastodon .

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Commento (1)
Harold Cath 24 minuti fa
Mosa n'aimait pas les infolettres, Sim n'aimait pas les rhododendrons… ;-)