"Le Défi", extrait 2 : Ode à la secrétaire
"Le Défi", extrait 2 : Ode à la secrétaire
Secrétaire, pour une femme, c'est le métier passe-partout par excellence.
Toutes les entreprises, toutes les administrations, toutes les organisations ont besoin de secrétaires.
Toutes ont besoin de quelqu'un pour rédiger leur courrier, traiter leur paperasse, classer leurs documents, répondre au téléphone, noter les rendez-vous, tenir les agendas, et aussi pour organiser les flux de travail et les processus.
Pour rappeler les délais pour remettre les notes de frais et les timesheets si on veut être payé à temps.
Pour rassembler les informations qui permettent de rédiger des rapports.
Pour servir de courroie de transmission et de poste central à tous les services.
Pour servir d'interprètes aux unilingues dans un environnement international.
Et aussi, de temps en temps, pour rappeler aux patrons ce qu'ils pourraient oublier.
Pour servir de bonniche parfois aussi, pour servir le café et aussi le desservir, pour veiller aux détails et aux menus approvisionnements depuis les ampoules et les stylos à bille jusqu'aux produits d'entretien en passant par l'essuie-tout et le papier toilette, pour rendre de menus services tels qu'imprimer des étiquettes ou composer des brochures à partir de documents préexistants selon des instructions précises.
Pour appeler les réparateurs et les services après-vente quand les appareils tombent en panne.
Ou tout simplement pour ranger ce que les autres ont dérangé.
En bref : pour faire tous les travaux, grands ou petits, qui permettent au reste du personnel de gagner du temps parce qu'ils n'auront pas à les faire eux-mêmes et parce que ces travaux relèvent plus de l'organisation que de leur mission à proprement parler.
La secrétaire, c'est la travailleuse de l'ombre, modeste, discrète, qui s'occupe d'un peu toutes les petites choses, mais indispensable au fonctionnement de tout l'ensemble, et sans laquelle rien ne marche, tout le monde râle et tout s'écroule. C'est l'huile dans les rouages de la machine, sans laquelle tout grince, tout frotte, tout s'use et tout finit un jour par se casser. C'est la synovie dans les articulations, sans laquelle c'est l'arthrose.
Secrétaire, c'est considéré comme un métier de femme. Même si du temps où les femmes ne travaillaient pas à l'extérieur, ou alors rarement, les secrétaires étaient des hommes.
Sans doute parce que c'est un métier de l'ombre, et que le peupler de femmes permet aux hommes de rester en pleine lumière.
Aussi parce que c'est un métier d'aide, comme les soins hospitaliers, et que l'on visualise naturellement la femme dans un rôle d'aidante et de soutien – autrement dit dans un rôle secondaire, pas dans le rôle principal (même si en réalité, son rôle est le vrai rôle principal parce qu'il constitue la base sur laquelle tout le reste se construit et sans laquelle tout tombe en ruines).
Parce que la plupart des femmes sont ménagères, et que c'est le rôle de la ménagère de veiller à la foultitude de petits détails du quotidien pour que tout dans la famille se passe bien, sans heurts et sans accrocs – sans même qu'on ait à s'apercevoir qu'il y a tout un travail derrière, de la même manière que tout l'art de l'acrobate est de laisser croire qu'il fait tout sans effort.
Dans ce type de rôle, une femme a juste à transposer tout naturellement dans sa vie professionnelle ce qu'elle applique d'ores et déjà dans sa vie personnelle, et qui sera beaucoup moins familier à la plupart des hommes. On attendra naturellement d'une femme ce qu'on aura du mal à attendre d'un homme, par manque de confiance ou bien par gêne.
Mais la raison principale, [...] c'est que les femmes n'ont aucun problème pour assumer un boulot vital dans une organisation sans éprouver pour la cause le besoin d'être mises en lumière pour cela.
Elles n'ont aucun problème pour faire preuve d'autorité et assumer des responsabilités sans pour autant en avoir le titre, la reconnaissance, le respect ni le salaire.
Elles ne cherchent pas la carrière, elles ne cherchent pas la célébrité, elles se contentent de se qu'on leur donne et sont déjà heureuses de pouvoir gagner leur vie.
L'important, pour elles, ce n'est pas qu'on cite leur nom. L'important, pour elles, ce n'est pas de pouvoir se vanter d'être cheffe de ceci ou de cela, ou de porter un titre rutilant qui jette de la poudre aux yeux.
L'important, pour elles, c'est que le boulot soit fait. Que le boulot soit fait et que tout se passe bien.
D'ailleurs, beaucoup d'entre elles n'ont pas fait les études qui les prépareraient officiellement à être cadres. Même si, dans la pratique, beaucoup d'entre elles font beaucoup de travaux qu'un cadre ferait – et même si elles le font souvent bien mieux que beaucoup de cadres. Des cadres qui n'hésitent pas à signer de leur nom le travail de leurs collaboratrices, et qui trouvent cela tout à fait normal.
Crédit image : © Pixatitude | Dreamstime.com
© Jackie H, 2026
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