Apollon
Or sur le monde,
or sur la mer,
or dans la chair,
or du mystère.
Lumière qui vient
de trop loin,
frappe et fait voir
ce qui est nu.
Flèche d'or
qui perce
et guérit
la même plaie.
Celui qui voit
sous la nuit,
sous la terre,
sous le sang.
Connaître, c'est brûler.
Savoir, c'est saigner.
L'arc est tendu
sur l'éternel.
Le laurier ferme
sa main verte
sur l'amour
qui s'enfuit.
Délos, tu nais.
Delphes, tu parles.
Tu dis : Connais-toi.
Tu dis : Connais ta fin.
L'esprit se rend libre
dans la forme,
dans la mesure
exacte du chant.
Ta lyre accorde
le monde au silence.
Ton arc rompt
l'accord des vivants.
Tu guéris
ce que tu frappes.
Tu frappes
ce que tu aimes.
La beauté
est un voile
trop clair
sur l'abîme.
Mesure — non
par le nombre,
mais par l'élan
vers la source.
Phébus — non
par l'aube,
mais par l'excès
même du jour.
Hyacinthe tombe.
La fleur s'élève.
Daphné se ferme.
Le laurier s'ouvre.
Tout ce qui fuit
se fait écorce.
Tout ce qui dure
se fait couronne.
La peste et la santé
jaillissent
du même arc
tendu sur l'or.
Cassandre dit vrai.
Personne ne croit.
La vérité n'est pas crue :
gloire et deuil.
Tu conduis les Muses
vers l'unique point d'or.
L'unique se brise.
Le multiple chante.
Apollon, tu es
la distance
qui rend proche,
la clarté qui blesse
en guérissant.
Connais-toi.
Connais ta mort.
Et par cette
limite, passe.
Or sur le monde,
or sur la mer,
or dans la chair,
or du mystère.
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